YLTPienne, femme active, citoyenne engagée… Fela Mijoro Razafinjato est sur tous les fronts en ce qui concerne les personnes en situation de handicap. Portrait.

Fela Mijoro Razafinjato, c’est d’abord un caractère forgé à l’acier trempé et une joie de vivre contagieuse. Malgré les épreuves de la vie, elle n’a jamais renoncé à sourire.

Bataille

En 1976, une épidémie de poliomyélite fait rage à Madagascar. La petite Fela – la dernière d’une fratrie de huit enfants – contracte la maladie. Le diagnostic est sans appel : elle sera handicapée le restant de sa vie. Ce qui est inconcevable pour la mère, infirmière. Après avoir épuisé tous les recours médicaux et religieux, elle accepte finalement la situation. Au lieu de sombrer dans la dépression, la femme se battra aux côtés de sa fille. « Elle était pleinement investie. Elle m’a inscrite dans un établissement privé pour que je puisse vivre et avoir une enfance normale », se souvient-elle. Les débuts de Fela dans l’éducation résumeront le reste de sa vie : une bataille permanente contre le monde d’abord, puis contre son handicap. « Les premiers jours d’école, je me suis retrouvée toute seule. Imaginez une petite fille isolée et dont les autres se moquent ». Malgré les épreuves, elle persévère et s’attèle à appliquer les mantras de sa mère : « Sois la première, sois souriante et soigne ton image. Tu verras que tu seras acceptée ». Un précepte que Fela appliquera à la lettre. Lors des premiers examens, elle obtient d’excellentes notes et le respect des écoliers qui la considéreront dorénavant comme une des leurs.

Infrastructures

Le BEPC passé avec brio, en 1987 Fela doit de nouveau affronter une épreuve : entrer dans le monde de l’adolescence. Sa mère qui veut le meilleur pour sa fille, envisage de l’inscrire à l’École Sacré-Cœur Antanimena (ESCA), l’un des établissements catholiques les plus prestigieux de la Grande île. Le Frère directeur refuse la candidature de Fela prétextant le faible niveau de son collège et surtout les infrastructures de l’établissement inadaptées à son handicap. « J’avais assisté au bras de fer entre ma mère et le Frère directeur qui était totalement contre et éprouvait presque de l’aversion pour moi. C’était une situation humiliante ». Menaçant de porter plainte contre l’établissement, la mère obtient que sa fille passe le concours d’entrée. Inconsciemment, après la rencontre houleuse, la jeune fille lâche, en larmes : « Je vais m’investir dans la cause des personnes en situation de handicap plus tard, quand je serai grande ». Au collège, son cursus était entièrement en malgache contrairement à celui de l’ESCA. Fela doit donc redoubler d’effort. Elle est admise avec la deuxième note sur une cinquantaine de concourants. « J’étais très fière et ma mère aussi. C’était un combat que nous avions remporté ». Mais son entrée au lycée, section G2, sera le désenchantement. Une fois de plus, elle est rejetée par ses pairs. « Certains craignent que je leur transmette mon handicap ». Cette méconnaissance est encore une réalité, jusqu’à maintenant.

Épreuve

« J’étais seule pendant un long mois. Personne n’a voulu m’adresser la parole, même ma voisine ». Mais comme à chaque fois, l’étude sera sa planche de salut. Au premier test, elle obtient la meilleure note. Comme lors de ses années de primaire, son intelligence finit par rompre les barrières avec ses compagnons de classe. Le bac en poche – avec la mention Bien – Fela intègre l’ISCAM. Cette fois-ci, l’aventure se passera sans aucun accro. Major de sa filière, elle sera lancée dans le grand bain du monde professionnel par Jaona Ranaivoson. « Fraîchement débarqué de la Suisse, il m’a accordé sa confiance pour devenir son assistante malgré la réticence de ses collègues face à mon handicap ». Durant cette période, elle prend de plus en plus de responsabilité en faveur des personnes en situation de handicap. Le véritable virage sera sa participation à un séminaire pour les femmes dans cette situation à Washington en 1995. À partir de là, elle sera entièrement engagée à cette cause. La création du centre Sembana Mijoro sera la traduction concrète de cet engagement. Le rêve de cette femme qui caresse un jour l’espoir de devenir députée ou sénatrice ? « Bâtir un centre Sembana Mijoro dans 15 régions de Madagascar ». Un défi à la portée de cette femme habituée aux combats.

Raoto Andriamanambe

En cinq dates

1987 : entrée à l’l’École Sacré-Cœur Antanimena

1992 : sortie de promotion à l’Institut supérieur de la communication, des affaires et du management

1995 : premier voyage aux États-Unis pour assister à un séminaire pour les personnes en situation de handicap

1998 et 1999 : mariage et naissance de son premier enfant

2003 : Inauguration du centre Sembana Mijoro

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