D’une façon ou d’une autre, cet artiste ne laisse jamais indifférent. Il ne fait rien comme personne, c’est même sa marque de fabrique. Lui, c’est Faniry Alban Rakotoarisoa, plus connu sous son nom de scène Ganstabab, ou Bàbà, pour les intimes. Chez Air France, il est agent d’escale. Dans la scène culturelle, il est slameur. Au niveau citoyen, il est politicien et chef de file d’un parti.

Non-conformiste

Même ceux qui l’abhorrent ont – ne serait-ce qu’une fois – entendu un de ses tubes : Hanambady aho, Avelao izy, et le sulfureux Atosika tsara. Ce titre a certainement créé le plus grand tapage social musical qu’aura connu Antananarivo probablement depuis les débuts de Samoëla, dont il partage un certain goût pour le non-conformisme. Ganstabab, tout le monde pense le connaître. Mais derrière l’homme de scène et une verve incomparable se cache un forçat du travail, un petit garçon déterminé devenu un homme. Au fil des années, il a gardé cette pugnacité comme marque de fabrique. Son cursus académique est éclectique : de l’école primaire publique d’Antanimbarinandriana à la faculté de gestion d’Ankatso après avoir décroché son bac à Ambatondrazaka, très loin de sa chère capitale. Entretemps, Faniry Alban est passé par l’Institut supérieur de la communication, des affaires et du management (Iscam) et l’Institut supérieur de technologie (IST) d’Antananarivo. Des formations auprès du Youth Leadership Training Program (YLTP) de la Friedrich-Ebert-Stiftung Madagascar ainsi qu’une autre auprès de l’ambassade américaine, respectivement en 2010 et 2016, viennent s’ajouter à ce cursus.

Déboires et désillusions

Ces deux dernières formations l’ont particulièrement encouragé à entrer dans la politique. Ainsi est né l’Antoko politika madio (APM), un des benjamins dans l’univers des partis politiques du pays. À l’image de son leader, la jeune formation ne fait pas dans le sentiment. « J’ai toujours pris mes responsabilités, même à l’école. J’ai été un engagé. Toutes mes activités, mon cursus, la musique, mon vécu dans l’art oratoire traditionnel, tendaient vers la politique ». Un peu amer, il lâche parfois qu’« il est trop tard pour sauver le pays. » La faute aux leaders politiques, bien sûr. Ganstabab note qu’aucun des dirigeants successifs du pays ne s’est réellement préparé à diriger le pays. C’est ainsi que ce jeune parti a décidé ni de soutenir un candidat ni d’en présenter en 2018. Cependant, Ganstabab n’a jamais envisagé de laisser le pays dans son état actuel et de le quitter pour d’autres cieux plus cléments. Le père de famille, sa femme et ses enfants y sont trop attachés, malgré ses déboires et ses désillusions. Ainsi, les polémiques et les piques adressées à son encontre ne le feront pas fléchir.

Censures

En bon révolutionnaire qui se respecte, Ganstabab aime casser les codes. Avec ses tubes, il franchit et repousse régulièrement les limites. Comment ? « En disant tout simplement la vérité, en disant haut et fort ce que les gens, en général, refusent d’évoquer à haute voix mais savent pertinemment au fond d’eux », réplique celui qui marche sur les traces des Ifanihy, Samoëla et autres artistes adeptes du vazo miteny. Ganstabab use du slam qui a des similitudes avec l’art oratoire malgache (kabary) dont il est un fervent pratiquant. Dans ses œuvres, il recourt largement aux proverbes malgaches. À cela s’ajoutent des argots bien placés. S’il avoue avoir trouvé son inspiration dans un morceau du groupe Ny Ainga, son rendu sur les ondes s’apparente plutôt aux productions de Grand Corps Malade. « Je fais passer des messages. Je pense avoir le cœur aussi pur que possible », se contente d’affirmer l’artiste. Dans les faits, un de ses derniers tubes a créé une polémique sans pareille. « Je regrette ce que les gens ont perçu dans Atosika tsara, parce que nous avions notre vision. Malheureusement, la réalisation du scénario ne s’est pas passée comme on l’aurait voulu », confie-t-il. Ganstabab s’est fait lyncher par les médias et les réseaux sociaux pour avoir fait appel à deux jeunes filles mineures pour incarner ses deux compagnons de scène actuelles : Narindra et… Narindra. L’artiste préfère positiver et tirer une leçon de cet épisode sans aucun doute douloureux. Surtout, il trace sa route, comme il l’a toujours fait. Même s’il va souvent à contre-courant, tout en esquivant les balles. L’art d’être un gangster, en somme.

Misaina Rakotondratsima et Raoto Andriamanambe

 

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