Défenseur de l’entrepreneuriat, Rivo Rakotondrasanjy aime cultiver les plantes du développement local. Portrait de cet entrepreneur au verbe et à la niaque uniques.  

« Ah vous parlez du projet de transformation du manioc en carburant ! C’est simple, vous continuez tout droit et à votre droite, vous verrez une maison assez singulière », apostrophe un quadragénaire. À quelques mètres effectivement, le calme du petit hameau d’Amboanjobe est rompu par le bourdonnement des générateurs, garants du fonctionnement des installations du projet
Obio Hamy.

Parcours
Les gens sont plutôt amusés par cette douce utopie née de l’imagination fertile d’une femme, Ando Rakotomalala. Mais dans ces cuves en acier inoxydables sommeille peut-être l’indépendance énergétique des foyers malgaches et la bouée de sauvetage de l’environnement. En effet, 250 000 ha de forêts disparaissent à Madagascar chaque année à cause du charbon et du bois de chauffe. Rivo Rakotondrasanjy nous accueille devant les rutilantes cuves. Il a fait du projet de Ando Rakotomalala le sien. « Le moteur qui sert à broyer les maniocs ont été conçus par des sortants de l’Ecole Polytechnique de Vontoronona et nous travaillons avec des étudiants en biochimie issus de l’Université d’Antananarivo », annonce-t-il fièrement. Il l’avoue lui-même, Obio Hamy est un condensé de son parcours personnel et professionnel, fait de passion, de niaque et de persévérance. L’objectif est de produire de l’éthanol domestique à base de manioc. « Le projet est né de l’idée de Ando Rakotomalala. Ensuite, moi-même et Zo Razanamasy s’y sont greffés. Le manioc pousse n’importe où dans l’île. Cette plante est très résistante. Elle peut se développer sur les surfaces arides sur les Hautes terres centrales par exemple. Nous ambitionnons de produire près de 5 000 l de biocarburant d’ici 5 ans », lance Rivo Rakotondrasanjy.

Relance économique
Bien avant cette aventure Obio Hamy, l’homme était déjà une figure bien connue du milieu de l’entreprenariat. Il a endossé plusieurs costumes : Vice-Président du Jeune patronat de Madagascar (JPM), Vice-Président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Antananarivo (CCIA), Secrétaire général du Fivondronan’ny mpandraharaha Malagasy (FIVMPAMA), etc. Il a jonglé avec succès avec ces rôles. C’est peut-être un relent de son passé de footballeur sous le maillot de l’As Saint-Michel, une équipe emblématique des années 70. Il a écumé toutes les catégories d’âge des « nerazzurri » avant de raccrocher les crampons en 1996. Jusqu’à présent, l’homme se passionne pour le ballon rond. « C’est à l’image de la géopolitique actuelle », esquisse-t-il avec sourire. L’ancien président du Collège industrie de la CCIA exprime également ses talents sur le terrain des réseaux sociaux. Omniprésent sur Facebook, il n’hésite pas à lancer des piques acerbes ou à louer une initiative avec détachement et un humour grinçant. Il a créé le groupe « Débattons de la relance économique » qui est actuellement à près de 4 800 membres. Cette plateforme est assez différente des autres. Les discussions volent souvent bien haut avec des propositions concrètes et des questionnements pertinents.

Legs
« J’ai lancé le groupe le 5 décembre 2013. Le régime de la Transition avait fait appel aux citoyens, aux économistes et autres pour formuler des idées sur la relance économique de Madagascar. Malheureusement, les évènements ont pris une tournure différente. J’ai décidé de publier mes propositions sur la page qui est devenue Débattons de la relance économique », se souvient Rivo Rakotondrasanjy. À sa manière, la création de ce groupe sur Facebook est une « pierre levée » pour concrétiser un de ses motto : la liberté de penser. C’est un legs de ses 15 années passées au sein du collège Saint-Michel, l’un des établissements les plus réputés de la Grande île. L’agnostique convaincu qu’il est – il déclare avoir décroché avec le christianisme en classe de troisième – ne cessera pas de faire référence à cette éducation jésuite qu’il a reçue. « Les Jésuites m’ont appris l’humanisme. Ils m’ont surtout inculqué la liberté de choisir », affirme notre interlocuteur. Rivo Rakotondrasanjy a « foi » au développement du pays. « Nous pouvons développer notre économie à partir d’une bonne structuration et d’un paysannat fort. Les fonds souverains nous privent d’une partie de notre indépendance. Il faut que nous croyions à nos ressources propres », soutient Rivo Rakotondrasanjy. Au fond, le développement est comme la religion, il faut croire et agir en conséquence.

En 5 dates 

1977 : rencontre avec Mahaleo au cinéma Mahasoa ; il deviendra un fan inconditionnel du groupe

1983 :  il remet en cause la chrétienté et, depuis, il défendra ardemment la laïcité de l’État

1997, 2000 et 2006 : naissance de ses enfants

2013 : création du groupe sur Facebook « Débattons de la relance économique »

2015 : création de Obio Hamy, un projet qui vise à transformer le manioc en biocarburant

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