Le Pr Blanche Nirina Richard, économiste de la santé, nous livre son point de vue sur l’état actuel du secteur de la santé dans la Grande île.

Quels sont, selon vous, les principaux enjeux de la santé publique à Madagascar actuellement ?

Pour moi, les principaux enjeux de la santé publique à Madagascar sont de cinq ordres. En premier lieu, l’état de santé de la population. Les questions traditionnelles, comme la santé maternelle et infantile, la nutrition, les maladies transmissibles, sont loin d’être résolues et les maladies et décès dus aux affections dégénératives ainsi que les accidents s’y ajoutent. En second lieu, l’accès aux soins qui a trait à la cause du médiocre état de santé, la question récurrente de la faible utilisation des Centres de santé de base, délivrant les soins de santé primaires, est toujours d’actualité. Ensuite, la qualité des soins. Les services de santé, non seulement, ne sont pas accessibles à la majorité des citoyens, mais de plus, là où ils existent, leur qualité ainsi que le rôle du personnel de santé sont perçus comme étant insatisfaisants. En quatrième point, il s’agit du financement de la santé. Les financements nationaux et internationaux s’avèrent insuffisants pour maîtriser les dysfonctionnements institutionnels et professionnels du secteur santé à Madagascar. Le système de protection sociale malgache reste inégal et injuste pour la prise en charge des risques en général et notamment les maladies. Et, enfin, la place à accorder à la médecine traditionnelle.

À cause du système qui prévaut actuellement, la santé soit qualifiée comme étant un bien qui se vend sur le marché et non plus un droit fondamental de tout un chacun. Qu’en pensez-vous ?

La question du caractère public ou privé de la santé ne peut être tranchée de façon simple. Le principe même de la déontologie médicale excluant de fait tout risque de privation totale des populations de la consommation des soins fonde l’impossibilité de concevoir les soins médicaux sur une pure logique mercantile. En effet, les caractères discriminants qui caractérisent le bien ou service privé n’entrent pas en ligne de compte dans la distribution des soins. Et si le caractère privé d’un bien ou service est lié à la pratique d’un prix rémunérateur pour celui qui offre, et d’autre part à la mise en concurrence sur un marché qui est réel entre offreurs, mais aussi entre différents biens ou services alternatifs, l’on peut déduire que la santé en général n’entre pas dans cette catégorie. Quant au point de vue du caractère public d’un bien ou service – qui sous-tend l’idée généreuse d’une consommation totalement libre pour tout citoyen – c’est-à-dire sans contrepartie monétaire, l’on peut convenir que les soins médicaux ne sont pas systématiquement concernés quand on connaît les conditions de bénéfice d’une couverture sociale partielle ou totale.

Quelles sont les solutions pour avancer vers un redressement du secteur ?

Il importe de renforcer les systèmes d’information sanitaire pour que les données à partir desquelles les choix stratégiques et les décisions prises ne soient pas entachés de biais de définition et de mesure qui rendent peu fiables les analyses à partir desquelles se prennent les décisions politiques, stratégiques et techniques. Mais encore, rappelons Les conditions préalables à la santé, formulées dans la Charte d’Ottawa lors de la première Conférence internationale sur la promotion de la santé organisée par l’OMS et l’Unicef en 1986 : “la paix, un abri, l’éducation, la nourriture, un revenu, un écosystème stable, des ressources durables, la justice sociale et l’équité”. L’amélioration de la santé exige d’être solidement ancrée sur ces prérequis fondamentaux qui, pour la plupart, font défaut à Madagascar.

Propos recueillis par Karina Zarazafy

 

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE