Sortir des sentiers battus des bailleurs traditionnels (UE, France, Banque mondiale…) équivaut-il à un financement parallèle ?

Le financement parallèle est un fond privé hors cadre institutionnel de financement. Il sort du cercle habituel de financement et rivalise avec celui des bailleurs de fonds traditionnels. Il présente des risques du fait de la source même du fonds, qui peut incorporer des argents blanchis – issus des activités illicites et illégales. Ses modalités d’obtention sont opaques. Le mémorandum que Madagascar a signé avec la Chine rentre par exemple dans le cadre d’un accord bilatéral, une convention de partenariat économique qui respecte un certain nombre de règles et de standards internationaux fixés conjointement avec les bailleurs de fonds traditionnels et les institutions monétaires internationales. Il ne s’agit donc pas d’un financement parallèle.

Le géant chinois est-il un partenaire financier crédible ?

La Chine est une puissance économique qui a une compétitivité accrue dans les industries capitalistiques. Les investissements chinois font le tour du monde et on enregistre une forte concentration de ces fonds chinois, autant dans les pays émergents que dans les puissances économiques, comme les États-Unis, l’Union Européenne ou encore le Japon. En 2014, l’Empire du Milieu a injecté des flux importants d’investissement direct étranger aux États-Unis de l’ordre de 7,5 milliards de dollars. La Chine a une intégration confirmée au marché mondial en accumulant expériences et pratiques. Elle connait parfaitement les standards et cadres internationaux d’investissement et d’opérations. C’est un partenaire économique mûr et sérieux. Cependant, il ne faut pas oublier que la première motivation de tout investisseur est la recherche de profits, et il se comportera de façon à maximiser ce revenu. Il incombe donc au pays d’investissement de bien réfléchir aux termes du contrat et d’avoir un certain niveau de gestion administrative afin qu’il ne soit pas lésé. L’histoire et les expériences des régimes précédents et des autres pays nous montrent que les ressources naturelles intéressent au plus haut point les Chinois. Dans le cadre de cet accord bilatéral, on craint une braderie de nos ressources naturelles, en termes de contrepartie.

Pourquoi un tel bailleur s’intéresse-t-il à Madagascar ?

Un accord de partenariat gagnant-gagnant n’équivaut pas toujours à un accord « fifty-fifty », chaque signataire y trouve son intérêt et sa motivation est dictée par les résultats escomptés. La compétitivité de la Chine dans les industries légères diminue. En effet, du fait de l’accumulation, le capital humain chinois est de plus en plus qualifié et se voit peu à peu absorbé par les industries à plus forte capacité technologique et les secteurs manufacturiers. Corollairement, les travailleurs chinois s’enrichissent et le coût de production dans les industries à forte intensité de main-d’œuvre augmente. La grande puissance perd ainsi en compétitivité et voit disparaître des marchés qui utilisent environ 80 millions de travailleurs, l’équivalent de plusieurs millions de dollars d’investissements chinois. C’est la raison de son immixtion dans les pays en développement comme Madagascar. Pour faire face à la rude concurrence internationale – maintenir le niveau de coût de production – de nombreuses entreprises chinoises se délocalisent dans les pays à bas revenus. On assiste à une montée en flèche des flux d’investissement en provenance de la Chine en Afrique dont une poignée à Madagascar. Les investissements énormes en infrastructures, la mise en place de zones économiques spéciales financés par des fonds chinois sont les prérequis des délocalisations des firmes chinoises dans les pays hôtes comme la Grande-île. Nous pouvons trouver en ce partenariat Madagascar-Chine des arguments de dynamisation du tissu économique malagasy, mais en réalité ils vont soutenir les présences chinoises.

Les bailleurs de fonds traditionnels vont-ils ce partenariat d’un bon œil ?

On vit dans un monde concurrentiel, les bailleurs de fonds traditionnels ne peuvent pas exclure la présence chinoise dans le financement du développement de Madagascar. En vertu de la loi du marché, ils n’ont pas le droit d’influencer quoi que ce soit d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un financement parallèle – auquel cas la thèse d’une sanction n’est pas à écarter. Même s’ils peuvent se sentir contrariés par la venue d’un concurrent de taille, la Banque mondiale et consorts ne peuvent pas empêcher la libre circulation des flux d’investissements chinois vers Madagascar.

Que représente ce partenariat pour Madagascar, un pays en déficit de financement ?

Le mémorandum signé projette le financement de la mise en place de zones économiques spéciales, la construction d’infrastructures et de villes intelligentes. Ces actifs constituent en partie une bonne base de l’industrialisation. Des actifs spécifiques que nous n’aurions pu acquérir sans ce partenariat. D’autre part, on peut également voir notre tissu économique revitalisé par le transfert de compétences, l’innovation et la recherche-développement générées, permettant à notre capital humain d’accumuler des plus-values nécessaires à la mutation vers une économie plus compétitive.

 

 

 

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