Nous vous proposons l’intégralité du discours inaugural prononcé par Raymond Ranjeva lors du lancement de la formation Youth Leadership Training Program, cuvée 2017.

Prendre la parole à une séance inaugurale est une épreuve redoutable. En pareille circonstance, la tentation est grand de parler de soi. Il est vrai qu’on peut faire part de son expérience et participer ainsi à la formation de nouvelles générations. Malgré les épreuves et les échecs, le sens du devoir accompli vous procure la sérénité et le sentiment de paix qui sont des biens inestimables, sans toutefois sombrer dans l’indifférence et le silence.

JE NE PRONONCERAI PAS UNE LEÇON ACADÉMIQUE mais souhaiterai partager avec vous des propos simples. C’est parce que l’avenir peut paraître sombre pour notre peuple et notre pays que je veux me tourner vers vous avec ma conviction de foi dans un avenir autre pour Madagascar. Un futur digne des bénédictions prodiguées de générations en générations par nos anciens puisque nous ne sommes que de simples maillons d’une longue chaîne donc redevables envers ceux qui nous ont laissé un héritage ; envers ceux qui à présent à nos côtés comptent sur nous ; envers ceux qui nous laisserons un héritage qui devra être un monde meilleur. Des solutions illusoires comme les promesses d’enrichissement rapide sans exigence éthique, on nous en propose autour de nous et dans le vaste monde. Des compétences, des technologies et des capitaux on nous en parle tous les jours ! Mais pour quels résultats ?

DANS NOTRE SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE, y a-t-il encore place pour une démarche réflexive pour l’élaboration de projets de vie et de carrière ? La préoccupation majeure n’est-elle pas de plaire et de satisfaire les besoins immédiats ? Pour un politicien, par exemple l’horizon de la réélection risque d’être sa préoccupation principale. Notre drame tient à une interprétation de la mondialisation condamnant les pays pauvres à n’être que des marchés de consommation ou des spectateurs passifs et envieux d’un monde où le vol et la mendicité sont la part dévolue aux jeunes. L’Histoire nous rappelle que les leaders se sont imposés lorsqu’ils ont inscrit leur projet dans la durée : la pierre et les œuvres monumentales, les écrits à dimension universelle ou les institutions juridiques.

Y A-T-IL ALORS UNE PLACE POUR UN LEADERSHIP À MADAGASCAR ? La subversion des esprits nous écrase lorsqu’on accepte l’idée d’un individualisme égoïste du malgache rejetant tout leadership ! L’assise de la capacité à diriger se fonde sur l’être du leader : un profil d’humilité où la conscience légitime de sa propre valeur ne s’épanouit qu’avec le succès des co-auteurs-Andriamasinavalona l’a posé en principe de gouvernement « Ny hahatsangy ho hary ny vahoaka sy ny zanaka no no voninahitry ny mpanjaka sy reharehan’ny Raimandreny ». Nous sommes loin de la conception de Raimandreny prédateurs âpres à la redevance du valim-babena ! Le premier pour un leader est l’impératif de la conscience morale qui nous enjoint de respecter, protéger et promouvoir l’autre, la vie et la dignité. C’est surpasser l’égoïsme, le narcissisme, l’avidité et l’esprit de vengeance ! Le second élément est que la conviction que l’effectivité du leadership va au-delà de la capacité d’animation de groupe, de l’information-éducation-communication ou même des efforts ou de l’abnégation personnelle. Dans l’état actuel notre monde et de notre société, il nous faut découvrir cette conviction dans cette réalité qui est au-delà de nous tous. La conscience de l’éthique de la justice et de la paix. La question se posera alors : ou le leader chemine dans l’hostilité en refusant de s’accepter les uns et les autres afin de réduire l’autre à la soumission à son projet. Ou il chemine pour découvrir et faire découvrir la plus haute destinée qui nous attend tous ; si le choix en est ainsi il revient alors au leader de faire pour que cette démarche soit effectuée ensemble dans la confiance réciproque et l’harmonie. Nous reconnaître solidaires par-delà la solidarité dans la pénurie du seul fait de notre commune origine. Pour notre réussite ; une solidarité politique, économique et culturelle avec la répudiation de la culture de l’exploitation, de la spéculation et de l’enfermement, tous les trois facteurs de pauvreté.

NOTRE CHANCE EST D’ÊTRE UN DES RARES PAYS où le rapport entre ressources et population est encore positif. En citant la maxime de Bodin « il n’est de richesse que d’homme », je rappellerai que cette maxime a été utilisée pour justifier la colonisation : c’est un crime que de laisser les inépuisables richesses à l’état de gisement ou entre les mains de « non-civilisés ». L’univers sous nos yeux a changé et un monde nouveau surgit. L’épuisement des ressources est une vérité élémentaire, la course à l’accaparement des terres est une donnée d’évidence, l’écrasement idéologique nous imposant le sentiment d’impuissance et d’isolement est un mal pernicieux rampant. Ces maux sont sous nos yeux.  Nous avons besoin de bâtisseurs d’un monde nouveau, d’un nouveau langage et de gestes qui brisent l’enchainement fatal des divisions de l’histoire et les illusions trompeuses des idéologies modernes.

DANS CE MONDE, LE LEADER EST CELUI QUI TEND LA MAIN pour encourager, soutenir ceux qui entendent construire un Madagascar sur les quatre piliers de la vérité, de la justice, de la paix et de la fraternité. Cette œuvre de construction est un chantier ouvert à tous et pas uniquement aux spécialistes, savants ou faiseurs de rois et d’opinion. Il est de portée universelle et passe par de petits actes quotidiens ! Le leader aura à cœur d’utiliser un langage qui exprime les petits actes de la vie quotidienne. C’est en ce sens que les jeunes ont une place capitale dans l’élaboration du futur. L’ardeur de leurs convictions et leur foi en l’avènement d’un monde meilleur, peuvent aider à libérer le monde de l’histoire des fausses routes où se sont fourvoyés leurs aînés.

CES CONVICTIONS QUI SONT MIENNES sont dérangeantes pour quelques-uns ! Elles n’ont pas de parti ni d’idéologie ! Elles n’ont qu’un seul objet : être utiles pour libérer le pays de la tétanie de la résignation ou du pseudo-confort de l’unanimisme. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’appartenir à un peuple de vaincus qui n’attend que des gestes de bienveillance des tuteurs pour survivre. C’est la raison de l’appel à vous qui aspirez à exercer de façon effective votre capacité directoriale ou votre leadership. Puissiez-vous alors incarner ce souhait d’Andriamasinavalona : « Hahatsangy ho hary ny vahoaka sy ny zanaka ».

Raymond Ranjeva

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