L’organisation du sommet du Comesa les 18 et 19 octobre, à Antananarivo est un message fort de revendication de l’appartenance de Madagascar au continent africain.

Pourtant, il n’y a pas si longtemps que cela, lors de la crise de 2009, le pays bruissait de l’incompréhension des Malgaches à voir le chef de la médiation internationale de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) Joaquim Chissano peser de tout son poids pour faire adopter la feuille de route afin d’aller aux élections.

NOUS SOMMES MEMBRES de la SADC, de l’Union Africaine (UA) et des Nations unies. Or, les mécanismes de résolution de conflits au niveau de ces trois entités font que, s’il y a une menace de conflit dans un État membre, c’est l’organisation régionale la plus proche qui intervient en tant qu’entité médiatrice selon le « principe de subsidiarité ». Le comprendre et l’expliquer auraient contribué à faciliter l’appropriation du processus par la population. Il est temps de remettre la diplomatie à la place qu’elle est vraiment, un outil de puissance pour accroître notre influence dans le monde. En son temps, Blaise Rabetafika, représentant permanent de Madagascar auprès des Nations unies de 1969 à 1992, avait présidé avec brio le Conseil de sécurité en 1985 et avait fait rayonner la Grande île dans le monde.

LA DIPLOMATIE EST une déclinaison de la politique générale de l’état : décider de ce que nous voulons devenir, défendre nos intérêts, là est la question. Le mouvement part donc de nous-même par la prise de conscience de notre identité et de nos besoins, et non l’inverse, en subissant la loi des bailleurs de fonds et des prédateurs de nos ressources naturelles. Avec nos 5 000 km de côtes, il est temps d’affirmer une réalité incontournable : nous sommes une île. Si c’est à la fois notre chance et notre point faible, c’est ce positionnement géostratégique à

400 km des côtes africaines dans le canal de Mozambique, au croisement des grandes routes maritimes dans l’océan Indien qui fait notre ADN. Quand la Chine s’engage pour 60 milliards de dollars lors du dernier Forum de coopération Chine Afrique (Focac) de 2015, le Japon pour 30 milliards de dollars lors de la Conférence de Tokyo pour le développement en Afrique (Ticad), en août 2016, et l’Inde pour 10 milliards de dollars lors du sommet Inde-Afrique en 2015, c’est en grande partie dans le cadre d’une vision stratégique d’approvisionnement en matières premières indispensables à leur développement. Dans la sécurisation du transport de ces ressources, Madagascar a une carte à faire valoir au sein des groupements africains à cause de son positionnement géostratégique.

NOTRE SOURCE DE richesse devrait prioritairement venir de la mer. Avant de nous focaliser sur la question épineuse des Îles éparses, il faudrait déjà régler le problème de chevauchement de Zone économique exclusive (ZEE) – vitale pour notre économie – avec le Mozambique, la Tanzanie et les Comores, donc négocier avec ces pays qui appartiennent tous au Comesa et à l’Union Africaine. En tant qu’île, nous avons besoin de l’intégration régionale pour faire porter notre voix car seul, nous ne signifions rien. D’ailleurs, le Japon et l’Inde ont totalement intégré le poids du continent africain pour peser aux Nations unies et surtout au Conseil de Sécurité. En diplomatie, il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des intérêts. Le réservoir de croissance du monde et son futur grenier alimentaire est le continent africain (nous avons 15 millions d’hectares de terres cultivables).

EN TANT QU’ÎLIENS et attachés par nature à notre identité, nous pouvons impulser l’édification d’une conscience africaine, à la fois pour une véritable indépendance et pour un développement Sud-Sud. Cela passe par un financement accru des institutions africaines par les États africains. Par exemple, la création d’un Fonds de stabilisation des cours de matières premières financé par un pourcentage des recettes de leurs exportations, qui sera créateur de richesses pour les États. Qui avait milité pour la création de ce fonds en son temps ? Le président Didier Ratsiraka. Madagascar a rendez-vous avec l’histoire. Allons-nous, encore une fois, nous mettre à contre-cycle de la marche du monde et rater ce recentrage vers l’Afrique ? Je reprendrai, pour conclure, les mots du grand Nelson Mandela sur la vision d’un pays et le concept du mot agir : « agir pour soi, c’est de l’intérêt ; agir pour demain, c’est de la politique et agir pour l’avenir, c’est du nationalisme ».

Mihanta Ramanantsoa

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