En dix ans, le slam, art oratoire a cappella, a gagné le cœur de la jeunesse malgache. Au point d’avoir été à la tribune lors du Sommet de la Francophonie.

À l’origine, cet art a été conçu sous forme de rencontres et de compétitions qui revendiquent « un fort caractère démocratique, en faisant voler en éclats les frontières et les échelles de valeurs habituelles entre les poètes traditionnels et les poètes de la rue ».

« UN MONDE DE LIBERTÉ, sans censure ». Voilà comment Tanjona Rabearivony, médiateur culturel, définit l’univers du slam. Pour Caylah, l’une des plus célèbres représentantes de la discipline, « le slam est un art oratoire. Je ne rejoins pas l’avis des autres. Il ne vient pas forcément des États-Unis. Nous avons aussi des éléments culturels qui s’apparentent au slam à travers le hainteny, le sova ou encore le beko ». Le slam, « poésie vivante », comme l’intitulé du texte de Tagman – de son vrai nom Antonello Geraldi Tilahimena – se pratique dans une entière liberté. L’homme, en plus d’être l’actuel président de l’association des slameurs de Madagascar, Madagaslam, a été le grand vainqueur de la 10e édition du concours Slam national qui s’est déroulé dans la capitale du 28 novembre au 5 décembre. « Dans le slam, chacun peut faire passer son message en toute liberté », dit-il. Ce qui est appuyé par Tanjona Rabearivony. Ce dernier soutient que le slam est en fait une « confrontation directe du poète avec son public. C’est un art très subjectif dans la mesure où le slameur peut choisir le message qu’il veut transmettre à son public, à sa manière ». C’est de cette forme de confrontation directe des mots que le slam tire son nom. Au fil du temps, cet art est devenu un instrument au service du social. « Le slam est un outil d’intégration sociale pour changer les mentalités. Nous travaillons avec des mineurs qui sont en milieu carcéral, et nous nous servons de cet art pour leur réintégration sociale », nous confie Caylah.

CET ART SIED à la culture malgache. « L’œuvre du slameur découle automatiquement de la réalité dans laquelle il vit du contexte et de l’histoire », soutient Tanjona Rabearivony. Un argument confirmé par Haingo « Mystik », slameuse. « Je suis une personne très engagée dans la politique et le social si bien que j’ai tendance à me pencher un peu plus sur ces questions dans mon art » souligne-t-elle. Culturellement, les Malgaches sont réputés pour le respect des us et coutumes. Parmi ces pratiques, encore très prégnantes dans leur quotidien, il y a le respect des raiamandreny et des zokiolona (les aînés). Un respect qui se traduit la plupart du temps par le fait que les aînés n’ont jamais tort, si bien que cela limite la liberté de pensée et d’expression de la jeunesse. Pour Tanjona Rabearivony « cette question n’est qu’une facette de notre histoire et de nos pratiques ». Ce mode de pensée est selon lui quelque peu erroné car le règlement des différends ou des malentendus de manière directe fait également partie de la culture malgache. Le slam peut donc aider à dépasser cette réalité, avec respect.

« NOUS AVONS UN ADAGE comme « basy atifin-kavana, tsy afenina fa arangaranga » (Quand l’on tire sur un proche, on ne cache pas le fusil, on le met en évidence) » note-t-il. Ce qui correspond à une des grandes valeurs véhiculées par le slam : l’audace. Et les adeptes de la discipline refusent d’être catalogués comme étant parmi les élites. « On peut en faire dans toutes les langues et à travers diverses cultures. On peut même inventer des langues ou des sonorités via cet art », soutient Caylah. C’est dans cette promotion de la liberté de pensée qu’œuvrent les slameurs. « Le slam poésie donne un espace et une vie à la poésie », déclare Mystik. En plus de donner une scène, un univers aux personnes pour s’exprimer librement, sans barrière culturelle ou linguistique, le slam s’inscrit comme un outil à la disposition des artistes pour partager leurs œuvres de façon directe et d’en recevoir directement les feed-back. Ce qui en fait un bon modèle de pratique démocratique.

Karina Zarazafy

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