Les institutions – leurs fonctionnements et les personnes qui les administrent – ne sont que l’image fidèle de la société dans laquelle elles existent. En effet, nous tolérons des agissements et des manières de faire à chaque sphère de la société car nous y trouvons un quelconque profit ou parce que nous nous identifions indirectement à la pratique, aussi controversée soit-elle. Il est vraisemblable que la société décrie tout bas des agissements des tenants du pouvoir mais en réalité, quand l’occasion se présente, ce dernier refera les mêmes choses qu’il trouvait exécrables, ou du moins qu’il disait exécrables du bout des lèvres. On a tendance à dire qu’au fait, ce n’est pas les personnes qui sont mauvaises mais c’est le système qui le force à agir ainsi.

Au contraire, les systèmes perdurent pour la simple raison qu’ils conviennent à un grand nombre. Car si la majorité se sent vraiment concernée et ne s’identifie pas au système dans lequel elle vit, elle opèrera une transformation immédiate pour se sentir maitre de son élément. Bref, nous ne subissons que les tyrans que nous méritons ou qui nous conviennent. De tout temps, de toutes les sociétés humaines ou animales, les oppressés (par les personnes, des systèmes, des pratiques, etc.) se sont indignés. (…)

Les écrits sur la société civile malgache contemporaine sont nombreux. Comme d’autres dans d’autres pays, elle fait face à de multiples problématiques notamment les guerres de leadership et de représentativité. Il faut aussi le dire, nos sociétés civiles sont devenues des outils de captation de financement venant des bailleurs de fonds. Il est indéniable qu’avec des fonds, il est plus facile de mettre en œuvre des actions et d’avoir plus de largeur dans le fonctionnement des organisations. Cependant, les financements sont devenus le leitmotiv et conditionnent l’existence même de ces initiatives lesquelles devraient pourtant être des actions plus citoyennes que lucratives. (…)

Comme les institutions, qui sont totalement en dysfonctionnement, l’état de la société civile malgache nous renseigne parfaitement sur ce qui se passe dans notre société, nos vies, nos personnes. C’est le gain de profits individuels qui est devenu plus important que la recherche du bénéfice commun. Les OSC se concurrencent au détriment des uns et des autres alors que travailler ensemble et se coaliser pour faire force serait plus intéressant. Les personnes calquent simplement leur manière d’être au quotidien dans leurs manières de gérer les et les associations.

Notre société civile inerte et avide de financements, est un tremplin pour se faire connaitre sans pour autant oser se positionner. Peut-être parce qu’en tant que miroir de ce que nous sommes, elle cristallise notre indifférence par rapport aux abus qui se passent et par rapport à nos responsabilités quotidiennes. Elle nous revoie notre image d’opportunistes, prêts à s’enrichir en faisant taire notre conscience car d’autres l’ont fait et le feront après nous. Finalement la société civile est devenue cette force qui se marchande car nous-mêmes n’osons pas aller au-delà de nos zones de confort pour lutter pour les vraies valeurs qui méritent d’être préservées.

Bref, la société civile est le simple reflet d’une société si vile.

Mbolatiana Raveloarimisa 

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