Le pouvoir du sport est immense. Malheureusement, il est encore assez mésestimé dans un pays comme Madagascar, pour qui la course au développement peut s’en priver. 

Madagascar est sur le toit du monde. Une image rare pour être soulignée. L’un des clichés marquants de l’année 2016, est la consécration de l’équipe nationale malgache en pétanque. Cette discipline est reine en France, mais les Malgaches l’ont domptée parfaitement.

TOUT LE MONDE en a parlé, aussi bien dans les quotidiens d’informations que les réseaux sociaux. Le sujet a même été commenté dans les chaînes de télévisions internationales… Notre pays est enfin reconnu en tant que tel. Momentanément, il a su décoller les étiquettes qui lui collaient à la peau : aux oubliettes Madagascar, le fameux dessin animé réalisé par DreamWorks ou le titre peu flatteur de l’un des pays les plus pauvres de la planète. Cette victoire, c’est celle de toute une nation. À travers la pétanque le peuple malgache a senti de nouveau ce vent de l’espoir et cette fierté nationale malgré la situation morose. Par extension, on peut dire que le pays a besoin de cette reconnaissance, la population a besoin de croire que la nation peut lui donner un avenir meilleur. Comme cette victoire à la Coupe du monde de pétanque l’a illustré, le sport joue un rôle primordial dans ce sens. De nombreux pays se sont faits connaître par le biais du sport sans être une grande nation, dans le sens économique du terme. L’exemple du Kenya et de l’Ethiopie – deux grandes nations de coureurs de fond – souligne parfaitement cette réalité. Lors des grands évènements internationaux, que cela soit les championnats du monde d’athlétisme ou les Jeux olympiques en passant par les grands marathons de par le monde, on trouve toujours des Kenyans ou des Éthiopiens trustant le podium. Dans le même schéma, citons également la Jamaïque, avec ses sprinters menés par le célèbre Usain Bolt qui est une méga-star planétaire. À travers lui, et ses illustres prédécesseurs, la petite île a sa place sur le globe terrestre.

LE POINT COMMUN entre tous ces pays est que l’état y promeut la jeunesse et le sport. Si leurs athlètes ont pu devenir ce qu’ils sont, il y a surtout la volonté étatique de miser sur eux. Bien sûr, la notion d’entrainement et d’abnégation pour réussir est indissociable à cette réussite, mais il s’agit surtout d’une politique générale. Si certains pays misent sur le tourisme pour asseoir leur économie, comme c’est le cas pour l’île Maurice, certains parient sur les disciplines sportives. Même si ce n’est nullement une solution miracle, ces dernières permettront de résoudre un certain nombre de problèmes. Il est de notoriété publique de savoir que la pratique du sport et de l’activité physique concourt à des bienfaits physiques et psychologiques. En plus d’améliorer la santé et le bien-être, l’activité physique est réputée protéger contre les maladies cardiovasculaires, l’obésité, certains cancers et le diabète de type 2. Le sport constitue également un élément important de l’éducation, de la culture, de l’intégration et de la vie sociale et contribue à la lutte contre l’échec scolaire, la plupart des footballeurs dans les grandes équipes sont issus de milieu défavorisé. De ce fait, le sport est un ascenseur social efficace.

C’EST UN VECTEUR de socialisation chez les jeunes, car l’expression corporelle est d’abord, et avant tout, un moyen d’expression. C’est un facteur de socialisation de par les modalités de son enseignement, un enseignement collectif : les terrains de sport comme les salles de classe sont propices au rapprochement d’enfants de milieux et de sensibilités différents. De ce fait, le sport est un mode privilégié de l’expression du corps au même titre que le langage est le mode dominant d’expression de la pensée. Dans la même foulée, il est un indicateur social, un marqueur d’identité culturelle. Il est l’expression des cultures, d’où l’importance de sa pratique dès le plus jeune âge. Les perspectives de développement à Madagascar ont souvent laissé sur le banc de touche les disciplines sportives alors qu’elles font partie des instruments de soft power pouvant amener le pays aux tables des négociations internationales. Mais le revers de la médaille n’est pas à occulter. À l’heure actuelle, les influences économiques, politiques et sociétales dont le sport peut se prévaloir, sont encore sous-estimées à Madagascar. Bien plus important, il véhicule des valeurs d’humanisme, d’égalité ou de solidarité dans le respect du fairplay.

Njaka Tsirofo Rasoloarison

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