Le tourisme est un autre potentiel à exploiter. Il est sur la phase ascendante à Madagascar, mais les défis et les entraves sont multiples pour en faire un pilier de la croissance.

Au début de cette année, de nombreux magazines internationaux ont cité Madagascar comme étant une destination « incontournable ». Pêle-mêle, Vogue, Washington Post ou encore le Daily Telegraph ont recommandé aux touristes d’inscrire la Grande île dans leurs agendas 2017. Dans la publication en date du 4 janvier, New York Times a même été très laudatif en plaçant le pays dans le Top 20 des destinations à visiter. C’est une nation insulaire considérée comme un paradis de l’écotourisme, mentionne le quotidien américain.

UNE EMBELLIE, puis le retour sur terre. Avant la « crise de la peste », le secteur tourisme se portait bien. Les chiffres l’attestent, en 2016, l’arrivée des touristes internationaux a enregistré une hausse de 20% avec un total de 293 185. Ils ont apporté une valeur en devises de 702 millions de dollars. De même, la haute saison a démarré sur les chapeaux de roues cette année. « Avant le mois d’août, nous avons enregistré un accroissement d’environ 16% par rapport à l’année dernière », détaille Todiveloniaina Rasolondraibe, directeur des formations au métier du tourisme auprès du ministère de tutelle. Cependant, cette embellie est à relativiser par rapport aux autres destinations reconnues. Les statistiques restent bien loin du million de touristes recensés annuellement par l’île Maurice – alors que l’offre n’y est « que » le balnéaire. L’épidémie de la peste a pesé sur un secteur en quête de stabilité. « Des établissements ont eu des annulations ou une diminution de leurs activités », précise Rita Ravelojaona, présidente de la Fédération des hôteliers et restaurateurs de Madagascar (Fhorm).

QUELQUES TOUCHERS de croisière ont été annulés pour le mois de novembre. Ce qui ne manquera pas d’impacter sur l’ensemble du secteur. Avec l’arrivée d’un paquebot, près de mille touristes potentiels peuvent débarquer dans une ville. Cependant, bien que fatale sur le coup, l’épidémie de peste ne saurait occulter les multiples entraves du tourisme : manque d’infrastructures et de main-d’œuvre réellement qualifiée, l’insuffisance et l’immaturité des vols domestiques et régionaux. « L’offre ne satisfait plus la demande en termes d’hébergement, explique Todiveloniaina Rasolondraibe. Pour les transports, le tourisme dépend de la connectivité aérienne. Le retard et l’annulation des vols pénalisent les touristes qui ont déjà leur propre timing ». Surtout, le budget alloué à la promotion est dérisoire, même si l’Office national du tourisme de Madagascar (ONTM) se démène avec le peu de moyen qu’il a pour prioriser la promotion de la destination Madagascar à travers l’organisation de divers salons dans le pays, mais également la participation aux salons internationaux. Or les touristes sont séduits par les images. Dans cette perspective loin d’être radieuse, la nouvelle stratégie d’ouverture du ciel favorise cependant le développement du secteur. « Les résultats sont concrets car cela renforce la compétitivité de la destination. La réduction et la promotion offertes par certaines compagnies aériennes sont plus que positives », ajoute un agent de voyage auprès d’Assisten Travel.

MADAGASCAR A UN PLAN ambitieux pour son tourisme. Il veut accueillir un million de touristes d’ici 2020. Maintes fois, Roland Ratsiraka a dit vouloir maintenir ce cap et cet objectif. La question est de savoir comment y arriver et quel type de tourisme on veut promouvoir : le tourisme balnéaire, le tourisme d’affaires, le tourisme écologique, le tourisme culturel ou bien le tourisme de luxe ? Certains établissements présentent des offres tellement exclusives qu’elles excluent la population locale d’implantation dans son schéma de développement. C’est le cas d’un grand hôtel bien huppé à Nosy Be qui offre un service all inclusive, si bien que même les vendeurs de souvenirs ne peuvent accéder à la plage du site. Ce n’est sûrement pas ce genre de développement touristique que les acteurs du secteur veulent. Car « le secteur est potentiellement générateur d’une chaine de valeurs importante », souligne Rico Rakotovazahade la Fédération nationale des guides (FNG). Madagascar a encore les cartes en main pour valoriser le tourisme durable et solidaire qui apporte un bienfait sur l’ensemble de la société. « L’investissement joue un rôle prépondérant. Il faut prendre en compte plusieurs variables pour atteindre ce chiffre d’un million de visiteurs comme la communication ou le secteur aérien. Tout un travail doit être mené », conclut Rita Ravelojaona.

Hilda Hasinjo

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