Le bref mais très médiatisé passage de Ban Ki-Moon en capitale malgache aura permis à un très haut personnage de pointer du doigt des maux auxquels les Malgaches font face depuis des décennies : corruption, absence de redevabilité, pauvreté, instabilité, malnutrition, exploitation illicite des richesses naturelles. « Le linge sale se lave en famille. C’est comme si, pour certains, cette visite est l’occasion de montrer que le pays est instable », a déploré le Premier ministre, rapporté par l’Express de Madagascar du 11 mai 2016.
« Laver le linge sale en famille », mais quelle famille  ? Quand un pays se délite et que le désastre est abyssal, ce n’est plus une famille : c’est la cour des miracles. Laver le linge sale en famille en privé, mais comment et par quel (s) moyen (s) ? Comment régler nos problèmes internes lorsqu’on fait face à un gouvernement qui s’entête à rester sourd aux appels et aux revendications, d’ailleurs légitimes ? Car elle semble sourde, cette présidence. Sourde aux appels des enfants de la rue que l’on croise à quelques centaines de mètres à peine du Palais d’Ambohitsorohitra. Sourde à cette société civile qui, à force de promener son bâton de pèlerin sans jamais se faire entendre, en est devenue aussi fragile que dispersée. Sourde aux syndicats que l’on voudrait de toute façon museler car trop gênants, trop bruyants ou trop encombrants. Sourde aux interpellations de toute l’armada diplomatique qui s’évertue à rappeler au pouvoir l’alarmante pauvreté qui mine le pays. Sourde aux voix citoyennes qui commencent à gronder de toutes parts.
Une présidence sourde aux appels au secours, mais attentive dès lors qu’elle se sent menacée par quelques petites manifestations, quelques déclarations d’un retour au pouvoir, quelques contestations, et prête à se fendre de menaces à la moindre occasion. Sourde, mais aussi muette : aucune réponse réconfortante, ni même une lueur d’espoir qui permette de croire à un changement possible, à la fin des corruptions, à un début de progrès durable. Rien qu’une inquiétude que l’on partage tous, au jour le jour, parce qu’on a fait le choix d’être un Malgache, vivant à Madagascar en 2016.
Ban Ki-Moon n’aura fait que rappeler avec un peu plus de vigueur ce que le président Hery Rajaonarimampianina connait déjà, pour avoir martelé des solutions et alternatives à ces écueils pendant sa campagne électorale. Mais si le président Rajaonarimampianina ne semble pas écouter les voix malgaches, écoutera-t-il le Secrétaire général des Nations unies ? D’ailleurs qui le président écoute-t-il ? Qui a l’oreille attentive de la présidence de la République ? Qui a la voix assez porteuse, assez menaçante ou assez enjôleuse pour retenir l’attention d’Ambohitsorohitra ?
Une solution est possible. De la même manière qu’ils prennent les sorties médiatiques de leurs opposants politiques au sérieux, la présidence et le gouvernement devraient aussi prendre au sérieux ces interpellations de la société civile. Des interpellations qui ne demandent que cela : être écoutées, prises au sérieux, traitées avec conscience et ouverture d’esprit ; et répondues sans mépris, ni intimidations. Nous ne cherchons pas la lune. Nous ne cherchons pas l’impossible. Mais parfois, la surdité se soigne.

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