Coronavirus : porteur de cercueil de la globalisation ?

Coronavirus : porteur de cercueil de la globalisation ?

Personne n’aurait pu imaginer que les secousses sismiques dues à la crise du Covid-19 seraient aussi graves. Y aura-t-il une reprise rapide après une forte récession économique ? Ou cette crise marque-t-elle la fin d’une époque ?

Les signaux actuels sont alarmants. La production s’est arrêtée dans de nombreux pays. Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont brisées. Des industries entières sont au bord de  l’abîme. Le taux de chômage monte en flèche aux États-Unis. L’effondrement économique de l’Italie et de l’Espagne menace de raviver la crise de l’euro. Malgré toutes les interventions des banques centrales, les marchés boursiers restent très agités.

La crise financière de 2008 était juste le préalable à un développement qui  aurait pu nous amener à un nouvel ordre mondial. Après la crise, nous sommes retournés au statu quo. Et maintenant ? Depuis un certain temps, il y a de plus en plus de signes qui montrent que la mondialisation a atteint son apogée. Depuis la crise financière, le commerce mondial et les investissements transfrontaliers n’ont pas vraiment progressé. Aujourd’hui, pendant la crise du Covid-19, les investisseurs tirent plus  que jamais d’argent des pays émergents.

La « déglobalisation » avait progressé en coulisses depuis quelques années déjà. La Chine continue sa démarche de recherche de l’hégémonie économique, à travers, par exemple, le développement de hautes technologies d’avenir comme le réseau 5G. Washington a, pour sa part, finalement compris qu’il fallait mieux dissocier les États-Unis de l’économie chinoise  afin de ne pas renforcer davantage ses concurrents pour la domination mondiale. La crise du Covid-19 a également fait prendre conscience de la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement en Europe. Toutes les entreprises qui recherchent des fournisseurs alternatifs, retourneront-elles en Chine ? La Chine, quant à elle, tente de casser l’emprise américaine grâce à son colossal projet de route de la soie. Mais la Grande-Bretagne, le Japon et l’Australie se repositionnent également. En Russie, en Turquie, en Iran, en Arabie saoudite, en Inde et au Brésil, les dirigeants au pouvoir se préoccupent principalement de leur propre avantage.

Le système économique et politique mondial, établi progressivement après la deuxième guerre mondiale, est au bord de changements fondamentaux. Le multilatéralisme tombe à l’échec au milieu de conflits de pouvoir majeurs. La crise du Covid-19 met en exergue les fractures géopolitiques, économiques et idéologiques de notre temps. Ce n’est pas un hasard si les chefs de gouvernement des vingt plus grandes économies n’ont pas encore pu se mettre d’accord sur une ligne commune pour faire face à cette crise. Celle-ci  n’a pas créé la tendance à la déglobalisation, mais ses ondes de choc pourraient finalement à en favoriser les glissements, longtemps masqués, à faire une percée.

Le monde qui émergera des décombres de l’hyper-globalisation pourrait s’ériger en blocs rivaux. Cela ne signifiera néanmoins pas une rechute vers la mentalité de guerre froide avec des rideaux de fer entre les rivaux du système idéologique. L’économie mondiale restera connectée. Cependant, les économies pourraient se regrouper sous la direction d’une hégémonie régionale pour éloigner les concurrents indésirables à travers des normes et standards incompatibles, des plateformes technologiques et des systèmes de communication, des barrières d’accès au marché et des systèmes d’infrastructure.

Pour sortir du cercle vicieux des crises récurrentes, il faudra enfin s’attaquer aux causes. Même les partisans les plus fidèles de l’économie de marché reconnaissent que la modification des conditions du cadre géo-économique rend inévitable le réalignement du modèle économique. L’ère du néolibéralisme triomphant, c’est-à-dire de la primauté des intérêts du marché sur toutes les autres préoccupations, notamment sociales, touche à sa fin. En cas de défaillance du marché, l’État doit intervenir et investir massivement au sein de la communauté dans les conditions et rapports de production en difficultés. Cela signifiera que non seulement notre démocratie et notre société, mais aussi l’économie de marché elle-même,  ne pourront se permettre une autre décennie d’austérité.

Les débats politiques des prochaines années détermineront  ainsi si le nouvel ordre mondial sera solidaire, fondé sur des règles, et durable.