Covid-Organics : un élixir pour le déconfinement

Covid-Organics : un élixir pour le déconfinement

Madagascar a fait la une des médias du monde entier pour avoir lancé un traitement curatif et préventif contre le Covid-19 : le Covid-Organics, développé essentiellement par l’Institut malgache de recherches appliquées (Imra). Après avoir annoncé en grande pompe la découverte d’un traitement, Andry Rajoelina a été plus mesuré durant le lancement du « remède », une tisane biologique, réalisée à partir de plantes malgaches, dont l’artémisia.  L’accueil du remède a été plus ou moins enthousiaste. Les longues files d’attente dans les fokontany, où s’effectue la distribution par les agents mandatés, témoignent de l’engouement de la population, tananarivienne dans un premier temps. Les scientifiques ont été plus réservés.

Ainsi, l’Académie de médecine a fait part, dans un premier temps, de ses doutes concernant la distribution à la population du Covid-Organics. « Il s’agit de médicament dont les preuves scientifiques ne sont pas encore élucidées et qui risque de porter préjudice à la santé de la population, en particulier à celle des enfants », avait-elle prévenu. Dans un nouveau communiqué, elle a fait machine arrière en indiquant finalement ne pas s’opposer à son utilisation. « Comme le Covid-Organics n’est pas un médicament, mais un remède traditionnel amélioré, l’Académie de médecine ne s’oppose pas à son utilisation sous forme de tambavy et la laisse à la libre appréciation de chacun sous réserve de respect de la dose indiquée, notamment pour les enfants », s’est-elle ravisé après une rencontre avec le président de la République. Elle a aussi recommandé la mise en place d’un système de suivi médical pour les personnes qui consomment le tambavy.

L’Imra a aussi affiché une valse-hésitation. Le 20 avril, son directeur général affirme à l’antenne de la télévision nationale, après l’intervention du chef de l’État, que le Covid-Organics « guérit ». Le lendemain lors du lancement au sein de l’établissement Imra, il se dédit en soulignant qu’il « améliore la santé ». Un rétropédalage pointé du doigt communément par Hilda Hasinjo, notre journaliste, et Toavina Ralambomahay, tous les deux conseillers municipaux auprès de la Commune urbaine d’Antanananarivo (CUA). « L’Académie nationale de médecine de Madagascar n’éclaire pas dans son communiqué du 23 avril 2020, prévaut donc la parole présidentielle qui a la décision finale politique », écrivent-ils dans un communiqué. « Cette tisane donne des résultats en sept jours. Deux malades du Covid-19 ont déjà été guéris grâce au Covid-Organics. L’une des deux patientes rétablies n’est autre que ma tante», a affirmé Andry Rajoelina, de son côté lors de son lancement.

Sur le réseau social professionnel, Linkedin, le professeur Stéphane Ralandison, doyen de la Faculté de médecine de Toamasina, la seconde plus grande ville du pays, n’a pas caché son scepticisme. « Je vous épargne des données pharmacodynamiques car on est soi-disant dans l’urgence et que les remèdes traditionnels ne s’exigent pas de telles règles. Mais au moins, où étaient-ils testés ces médicaments ? Sur quels profils de patients ? Quels étaient les effets attendus puis obtenus ? Par quels moyens les a-t-on mesurés ces effets ? (…) Avouez que ce n’est pas bien scientifique tout cela ! », assène-t-il. Si elle reconnaît que certaines substances peuvent atténuer les symptômes du coronavirus, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également rappelé qu’il n’existait pour l’heure aucune preuve qu’elles peuvent prévenir ou guérir la maladie.

Dans les établissements scolaires, du Covid-Organics a été distribué aux élèves de terminale, troisième et septième qui ont repris les cours à l’issue de la décision de l’administration d’adopter des mesures de déconfinement partiel. Car l’enjeu est de relancer la machine productive, de sauver l’année scolaire des élèves et de revenir rapidement à une certaine «normalité». Même si la méthodologie employée est loin de faire l’unanimité.  « Il ne faut pas contraindre les élèves à prendre (du Covid-Organics), car nous sommes encore dans une phase d’observation clinique. Les parents doivent donner leur autorisation. Ils savent plus que d’autres l’état de santé de leurs enfants ainsi que les substances auxquelles ils sont allérgiques», a noté l’organisation de la société civile, KMF/CNOE -Éducation des citoyens.

La réponse à cette question n’est pas seulement médicale, mais hautement politique. «Le Covid-Organics guérit-il? Oui ou non! S'(il) est préventif et curatif, il n’y a plus de raison de maintenir “l’état d’urgence” qui est une décision politique. L’état d’urgence engendre des conséquences juridiques redoutables. Pour ne citer que la restriction du droit d’aller et de venir; la restriction de la liberté d’expression (suppression des émissions radios, etc.); la restriction de la liberté d’entreprendre (réquisition d’entreprises privées, obligation de fermeture de commerce, etc.); la réquisition de fonctionnaires; l’attribution de marchés publics exceptionnels; l’ordre à tous les citoyens de porter un masque en pleine rue quand il était de bon ton d’interdire le voile; la distribution du Covid-Organics au frais de l’Etat, etc. », soutiennent Hilda Hasinjo et Toavina Ralambomahay. Le véritable risque est que la population néglige les gestes-barrières ainsi que les mesures de distanciation sociale, même si elles n’ont jamais été totalement assimilées.