Impact économique : l’économie infectée

Impact économique : l’économie infectée

De la fermeture des frontières au confinement de la population, Covid-19 asphyxie sévèrement l’économie du pays et menace la paix sociale.

L’économie est aussi affectée par une infection virale. « L’économie malgache est frappée de plein fouet à travers trois facteurs interdépendants : la conjoncture économique internationale, le confinement de la population et la gestion socio-économique de la crise », plante d’emblée l’économiste Zavamanitra Andriamiharivolamena.

Symptômes

La faible productivité, la prédominance du secteur informel et la corruption sont les cocktails fatals qui alimentent la crise. La Grande île n’échappe pas à la conjoncture économique causée par Covid-19, et les conséquences sont alarmantes. Les instances internationales en annoncent la couleur. « La croissance en Afrique subsaharienne devrait se rétracter fortement entre 2019 et 2020, passant de 2,4 % à une fourchette comprise entre -2,1 et -5,1 %, plongeant la région dans sa première récession depuis plus de 25 ans », note la dernière édition d’Africa’s Pulse, le rapport semestriel de la Banque mondiale consacré à la conjoncture économique africaine. Le ministère des Finances et de l’Économie table sur une croissance mollement positive. Le taux a été révisé à 1,5%, par rapport aux 5,5% initialement prévu. L’inflation s’accroîtra. Elle passera de 6,6%, selon les projections initiales, à 7,2%. Les pertes de production dans la région pour 2020 vont se chiffrer entre 37 milliards et 79 milliards de dollars. Pour Madagascar, les voyants sont déjà au rouge : jusqu’à mi-avril, rien que dans le seul secteur tourisme, 44 000 emplois directs ont été impactés. Le secteur des entreprises franches risque d’être durement touché. À la même période, près de 150 000 emplois sont menacés. Les recettes d’importation chutent de 20%.

« Madagascar hérite encore de son système social archaïque et sa structure économique est fortement dépendante de l’extérieur, aussi bien les investissements ou les aides financières que les produits de consommation courante», renchérit Zavamanitra Andriamiharivolamena. Les relations économiques et commerciales internationales ont rendu le pays vulnérable face aux aléas ou chocs socio-économiques, politiques ou climatiques. Les chômages techniques, le faible pouvoir d’achat, la hausse des prix des denrées alimentaires… ne sont que des symptômes du marasme de l’économie malgache causé par la pandémie Covid-2019.

Conséquences

L’épidémie est tombée à un moment assez critique avec, en toile de fond, la guerre économique entre la Chine et les États-Unis. « Dans un premier temps, la Grande île a subi directement les effets de la conjoncture économique qui a affecté, depuis quelques mois, ses principaux partenaires commerciaux et économiques, à savoir la Chine, les États-Unis, l’Europe ou récemment encore quelques pays voisins comme La Réunion, l’île Maurice ou l’Afrique du Sud. Maintenant, c’est Madagascar concrètement qui est sous confinement », affirme Hery Lanto Rakotoarisoa, président du Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP).

Les conséquences de la crise se font ressentir à tous les niveaux. En effet, plus de 80% des biens de consommation courante de Madagascar sont importés. C’est la raison pour laquelle des tensions inflationnistes se font ressentir depuis le début de la crise. Aussi, la quasi-totalité des exportations malgaches est bloquée. Pour les entreprises locales, la crise sanitaire a provoqué un arrêt ou une réduction des activités de production. Ceux qui veulent ou peuvent continuer à produire, doivent s’adapter aux mesures économiquement contraignantes comme la distanciation sociale et trouver des solutions aux problèmes de transports. Les revenus des ménages malgaches qui vivent au jour le jour, sont gelés. L’explosion sociale est à craindre malgré les mesures sociales (voir article p.46) mises en vigueur.

Réanimation

« Toutes les entreprises sont actuellement en réanimation intensive, se plaint Hery Lanto Rakotoarisoa. Dans une situation exceptionnelle, il faut bien envisager les pistes de négociation pour le bien des employés. Dans notre discussion avec l’État, nous avons avancé que le sauvetage des parties économiques est essentiel pour que la crise sanitaire actuelle n’engendre pas d’autres crises sociales ». Ainsi, suite à l’appel du secteur privé, mené par le président de l’Alliance pour l’industrialisation de Madagascar (AIDM), Rivo Rakotondrasanjy, les mesures d’urgence économique ont été avancées par l’État pour maintenir en vie le secteur privé durant cette situation jugée exceptionnelle. Elles concernent entre autres le report de l’échéance de l’impôt synthétique, le paiement différé des charges patronales, la suspension des contrôles fiscaux et des avis aux tiers détenteurs ainsi qu’une négociation avec les banques portant sur le report des échéances bancaires et les crédits immobiliers  des entreprises et des particuliers.

Les mesures ont été saluées par le secteur privé. « Des dispositions fiscales et financières ont été adoptées pour éviter un chômage technique massif. L’objectif est également de lisser dans le temps les conséquences de la crise. Mais cela va toutefois peser sur la relance et le développement des entreprises dans le moyen terme », décrypte Zavamanitra Andriamiharivolamena. Du côté étatique, le dispositif mis en place coûte la bagatelle de 115 milliards d’ariary à la caisse de l’État. Ce dernier peut-il faire plus ? Rien n’est moins sûr car l’assiette fiscale est tenue et les taxes douanières, par exemple, représentent une manne financière importante. « En somme, les entreprises du secteur privé auront donc toujours l’obligation de payer les 115 milliards d’ariary. L’échéance a été seulement décalée », souligne le président du GEFP. « La Grande île risque de manquer de liquidité. C’est un scénario qu’il ne faut pas écarter si le confinement et le ralentissement économique continuent », note un spécialiste.

Effort

Consciente des répercussions que va entrainer la crise sanitaire, l’Administration a tenté de jouer la carte de la transparence et de l’écoute. « Dans cette bataille sur toutes les sphères, l’Administration est aux côtés du secteur privé », a rassuré Valéry Ramonjavelo, secrétaire général de la Présidence, lors du lancement de la conception du plan de mitigation, le 7 avril. « Nous n’avons pas des centaines de milliards d’euros à injecter, comme dans les autres pays avancés, mais nous pouvons tout de même féliciter les efforts de l’administration publique », félicite le président du GEFP.

Comment relancer la machine économique, dans un tel contexte ? La question est sur toutes les lèvres. Les Partenaires techniques et financiers sont inquiets. Les patrons sont au bord de la déprime. Le pays a subi des crises récurrentes, mais celle du Covid-19 est presque inédite par son ampleur. « Nous déplorons l’absence d’une véritable politique claire et cohérente au niveau des administrations et instances étatiques dans la gestion socio-économique de la crise sanitaire », tacle Zavamanitra Andriamiharivolamena. « Cette situation est inédite et critique. Personne ne peut prévoir les impacts de la crise. Les monnaies risquent de se déprécier. Les comportements des marchés et des individus auront des impacts importants », assène Marcelle Ayo, country manager de la Société financière internationale (SFI) pour Madagascar, Maurice, Les Comores et Seychelles, toujours dans le cadre du lancement de la conception du plan de mitigation.  Dans ce marasme ambiant, certains pensent qu’une réelle opportunité se présente néanmoins pour un pays comme Madagascar. L’occasion est belle pour pouvoir redonner sa place à la production locale (voir article p.26). « Dorénavant, il faut favoriser un nouveau mode de consommation en soutenant les circuits-courts. Il est important de réduire la distance entre consommateurs et producteurs », lance Lantosoa Rakotomalala, ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat.