L’impossible confinement

L’impossible confinement

Au fil des semaines, les cas contacts tant redoutés se sont multipliés à Madagascar. Le confinement est alors apparu comme une solution et un problème en même temps. Les rues autour des marchés d’Antananarivo ont rapidement presque retrouvé leurs activités d’avant : marchands ambulants, promiscuité, saleté… La scène du 13 avril résume l’indiscipline collective de certains habitants des quartiers d’Antananarivo. Les agents des forces de l’ordre ont essayé de convaincre la population du côté d’Isotry, un quartier populaire et populeux de la capitale, de rentrer chez eux. En vain, une poignée de personnes s’en est prise à eux.

L’impossibilité du confinement en Afrique, en général, a été soulevée dès qu’il est apparu que l’arrivée du virus sur le continent était inéluctable. Alors que la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva a appelé à un durcissement des mesures de confinement recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les scènes de vie quotidienne se multiplient dans les grandes villes africaines. « Le confinement est vital pour éviter la contagion. Mais il aurait été impératif de réfléchir aux vraies solutions, d’organiser et de mettre en actions des stratégies et politiques adaptées à la situation socio-économique de Madagascar », suggère l’économiste Zavamanitra Andriamiharivolamena. Cela pour ne pas contribuer davantage à l’aggravation de la situation, et surtout pour anticiper déjà la sortie de crise qui sera encore plus difficile que jamais.

Les dirigeants ne peuvent tout simplement pas compter sur une population qui était en mode survie bien avant la pandémie. « Ventre faim n’a point d’oreille », dit l’adage. La raison va pourtant au-delà de la seule explication économique. à cela s’ajoute la difficulté à Madagascar de faire passer des messages simples de prévention. Les sensibilisateurs contre la défécation à l’air libre en savent un rayon. La réalité est que les dirigeants se retrouvent devant le fruit de plusieurs décennies de raiamandrenisme et de condescendance de la part d’une intelligentsia politique qui a toujours omis de considérer la population comme un interlocuteur. L’analyste politique Serge Zafimahova se veut cependant optimiste. « Il est intéressant de faire un bilan vers la fin de l’épisode de coronavirus. La pandémie peut conduire à un changement de comportement chez les Malgaches. C’est le moment d’apprendre la rigueur et l’autodiscipline, souligne-t-il. On apprend actuellement aux gens des choses basiques comme le fait d’être propre. Mais la communication doit faire valoir la responsabilisation individuelle qui devrait dépendre du fokonolona ».

Tolotra Andrianalizah