La responsabilité sociale en santé : un changement de paradigme face à une urgence sanitaire

La responsabilité sociale en santé : un changement de paradigme face à une urgence sanitaire

La halte quasi-mondiale induite par la pandémie Covid-19 est marquée par une détresse sanitaire. Elle nous invite à interroger notre système de santé national, et plus individuellement, notre approche au quotidien de notre santé et celle d’autrui.

Les deux premiers points de la constitution de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) disposent que : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. La possession du meilleur état de santé qu’il est capable d’atteindre constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que soit sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale. » Le concept de santé va donc au-delà du médical pur. La santé n’est pas seulement le fait de dire que « je suis malade, on me soigne. Je suis guéri ». Elle ne relève pas seulement que du soignant. La dimension de bien-être, de non-discrimination et de justice sociale implique naturellement plusieurs autres domaines et personnages, car la santé inclut ainsi des facteurs économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Toujours selon l’OMS: « les principaux problèmes de santé seront identifiés conjointement par les gouvernements, les organismes, les professionnels de santé et le public. » Et on pourrait ajouter à cette phrase : « à qui reviennent aussi la charge de l’élucidation de ces-dits problèmes. »

La responsabilité sociale en santé

Une définition universelle ne peut être donnée à la responsabilité sociale en santé. Elle ne peut être la même à Sambava ou à Laval (Canada) ; ni pour un médecin, un chef d’entreprise ou un activiste. Par contre, le socle commun en est cette vision holistique qui admet que la santé est régie par plusieurs facteurs qui sont médicaux, juridiques, culturels, éducationnels, géographiques, économiques, politiques, religieux… De ce fait, cette responsabilité sociale en santé n’est pas duplicable d’un pays à un autre, car les réalités ne sont jamais les mêmes. Cela est un fait positif dans ce monde où le copier/coller est à la mode: cela est juste impossible. Dans les pays avancés comme le Canada par exemple,  la responsabilité sociale en santé a une portée internationale, c’est-à-dire qu’elle tend vers une responsabilité envers d’autres pays et communautés. Tandis que dans un pays comme le nôtre, cette responsabilité œuvre pour l’amélioration du système de soins propre. Par ailleurs, si on se base sur ces définitions et ces descriptions beaucoup pourraient dire que la santé a toujours été inclusive et les politiques y afférentes ont été entreprises de manière holistique. Cela n’est cependant pas évident, comme le démontrent les illustrations suivantes.

La responsabilité non-médicale du médecin

Une des responsabilités sociales du médecin est sûrement la communication. La preuve en est que durant des mois avant cette pandémie de Coronavirus, les lynchages médiatiques et sur les réseaux sociaux du corps médical ont été nombreux, quasi-journaliers. Bien que certains de ces jugements hâtifs étaient véridiques, la majorité en était fausse. Ils sont faux dans le sens que le manquement n’était pas d’ordre médical, mais d’ordre communicatif. Il est du devoir du médecin d’expliquer, par exemple, l’intervention qu’un malade devra subir, pour éviter les quiproquos comme lors d’une chirurgie des vertèbres cervicales dont la suture se trouve en avant, au niveau du cou. Par contre, il n’est sûrement pas du devoir du médecin d’expliquer les démarches administratives lors d’une hospitalisation, dont il peut lui-même ne pas être au courant. Mais dans ces deux cas, une bonne communication est garante d’une meilleure prise en charge du patient. Il n’est sûrement pas adéquat de ne pas se laver les mains en disant que cela ne relève pas de sa juridiction, alors que ce problème pourrait impacter sur la santé et la prise en charge du patient. La question qu’il faut se poser est: que faire? au lieu de chercher qui est le coupable. Un personnel médical ne pourra jamais se substituer à un personnel administratif, et vice versa. Cependant, des réunions périodiques où chacun pourra discuter des entraves rencontrées, de quel ordre que ce soit, ainsi que des rencontres informatives seraient sûrement une solution à ces manquements dans la prise en charge des malades, surtout hospitaliers.

Le système de santé mis à nu

L’effeuillage du système de santé est rendu facile par le coronavirus, car la santé publique est souffrante à Madagascar. Concernant les vindictes sur les réseaux sociaux évoquées précédemment, une des grandes causes des mécontentements est la non-assistance des médecins aux personnes nécessiteuses. Cette situation relève cependant du système de santé, des politiciens, des décideurs, mais pas du médecin seul. Cette responsabilité est économique à l’échelle nationale. Car dans un système de santé comme le nôtre, où tout est payant – de la consultation à l’achat des médicaments – il est quelque peu injuste de pointer du doigt les seuls soignants. Une politique claire devrait être mise en place par rapport à la santé, et par extension, à tous les services publics. Si la politique veut se porter garante du bien-être de la population en prenant en charge toutes les dépenses y afférentes, il faut qu’elle l’énonce et qu’elle l’exécute. C’est de là que part la responsabilité sociale qu’ont  l’État et les politiciens. Dans d’autres pays nettement plus riches, on a constaté que le système de santé a été mis à mal à cause de la privatisation excessive et d’une non priorisation des recrutements de professionnels de santé et de la dotation en matériel des hôpitaux. Aujourd’hui, leur erreur se fait ressentir. Cette responsabilité relève des citoyens qui choisissent les politiciens qui les gouvernent. Ils votent aussi pour le système de santé, à condition que ce système soit énoncé dans le programme du candidat.

Les lois et la santé

La responsabilité sociale en santé est aussi juridique et culturelle. Des lois interdisent à certaines personnes l’accès à la santé, et cela touche un peu plus les femmes que les hommes. Selon une étude effectuée par le système des Nations Unies en 2013, les complications dues à l’avortement constituent la deuxième cause de mortalité maternelle à Madagascar. Dans notre pays, l’accès à un avortement sécurisé, sans risque, est entravé par le code pénal qui criminalise l’avortement. En plus de la loi, la culture malgache et les convictions religieuses de beaucoup de citoyens sont également un frein à l’évolution de cette loi. Le bien-être et la santé des femmes sont donc mis à mal par un article de loi et par les convictions de leurs concitoyens; alors que la mort et le handicap pourraient été épargnés pour beaucoup.

Impact

La santé est l’affaire de tous. L’individu peut accéder à la santé en suivant les consignes de prévention, en respectant une bonne hygiène et en respectant l’autre. La faculté de Médecine a le devoir de bien enseigner aux étudiants en Médecine le métier et le savoir-être au sein des centres hospitaliers. Les médecins ont le devoir de soigner et d’aider pour que chacun puisse avoir accès aux meilleurs soins possibles, en commençant par la communication et en passant par une remise en question régulière des problématiques rencontrées. L’État a la responsabilité d’avoir une position claire par rapport à la santé publique, tout en évitant toute discrimination. Il doit être garant de la justice sociale. Les organisations étatiques ou non œuvrant dans les domaines de la santé, l’éducation, la protection des minorités, etc., ont un impact important sur la santé de la population. Tout ce beau monde devrait travailler de concert avec pour but ultime: une société en pleine santé.

Dr Lovatiana Randriamboavonjy