Le monde après le Covid-19: la prise de conscience ne suffira pas 

Le monde après le Covid-19: la prise de conscience ne suffira pas 

Vivons-nous une nouvelle ère, ou reprendra son cours, une fois l’épidémie endiguée ? Le Covid-19 a montré que  l’économie de marché avec une privatisation sans rivages est incapable d’assurer l’intérêt général face à une menace vitale ou systémique.

La pandémie du Covid-19 a poussé la quasi totalité de l’humanité à s’isoler et à diminuer toutes activités économiques. En toute logique, les conséquences pour l’environnement s’avèrent des plus salvatrices avec, entre autres, la baisse des émissions de gaz à effets de serre. Autant les PIB ralentissent, autant mieux se porte la Terre. Néanmoins, ce ralentissement de l’économie est inquiétant d’un point de vue social, écologique et humain.

Accélérateur des inégalités 

Le Covid-19 est un révélateur, mais aussi un accélérateur des inégalités : l’isolement des plus vulnérables, comme on le voit à Madagascar, les rend davantage plus vulnérables et les exposent à la maladie. L’un des cas les plus emblématiques a été la contamination par contact du vendeur de raokandro, à Isotry. Il a fallu une épidémie pour nous rappeler le sens des limites et de la mesure, notre vulnérabilité et pour mettre en évidence la fragilité du système ultra-consommateur et égoïste que nous avons construit. Malgré tout, les États du monde entier ont essayé de supporter leurs populations directement, surtout les plus vulnérables. Ce qui doit être naturellement le rôle de l’État est devenu une « faveur ». Toute personne censée doit donc admettre le rôle providentiel de l’État, du moins dans le secteur médico-social.

« Aux États-Unis, derrière la crise sanitaire, se profile déjà la crise immobilière. Dans un pays où la protection sociale et l’épargne sont très faibles, des millions d’Américains licenciés en raison du coronavirus se retrouvent en grande précarité et risquent de ne plus pouvoir payer leur loyer, faisant craindre des expulsions en série comme lors de la crise des “subprimes” en 2008. » Le Covid-19 nous recentre donc sur des questions essentielles : l’accès à l’alimentation et à la santé apparaissent comme les deux besoins les plus vitaux. Des chocs d’origine sanitaire ou autre, ne manqueront pas de se reproduire si nous ne changeons rien. Cette période est une occasion pour se reposer la question du sens de nos vies, de nos activités, de notre rapport par rapport à l’autre et à notre environnement; de ce qu’on produit : comment ? Pour quel usage ? Comment devrions-nous construire des transitions vers de nouveaux modèles de sociétés relocalisées mais ouvertes (le télétravail, par exemple), justes, solidaires, mais surtout soutenables au long terme ?

Profits

L’économie mondiale gardera des cicatrices du Covid-19. Le virus constitue « la plus grande menace pour l’économie mondiale depuis la crise financière (de 2008) », selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Il est inévitable que l’épidémie ait un impact considérable sur l’économie et la société », admet le président chinois Xi Jinping. La prise de conscience est réelle, les Nations mèneront-elles des actions concrètes ? L’on est en droit d’être pessimiste.

Les prises de conscience ne suffisent pas. Depuis 1992, les Nations ont pris une conscience considérable du changement climatique, et, pourtant, aujourd’hui, un grand pays comme les États-Unis, ne veut pas encore admettre cette réalité, parce que les profits passent avant tout. Après la crise financière de 2008, il a été conclu que le système centré sur le capital financier – qui ignore totalement le capital humain – est bancal et fragile. Il était urgent de « moraliser » le capitalisme. Et puis… plus rien, ou si peu. Aux États-Unis, durant les mandats de Barack Obama, un timide effort a été fait pour mieux encadrer la finance. Sans plus.

Une partie du système va changer. On constate que les pays qui ont une approche socialiste comme la Chine, la Russie et Cuba ainsi que les pays sociaux-démocrates nordiques, sont ceux qui ont le mieux maitrisé l’épidémie. Le monde politico-économique mondial est encore attaché aux profits que le libéralisme a pu procurer, aussi le concept d’État-providence aura encore du mal à passer. À la sortie de cette pandémie, la bataille au sommet du monde – entre les États-Unis, la Chine, l’Union européenne – va s’intensifier et ils vont augmenter leurs productions pour ne pas se faire distancer. La planète ne sera donc pas épargnée, la pollution va revenir… Par contre, les pays vont tous peut-être investir un peu plus dans le secteur médicosocial. Le monde adoptera donc une pensée plus social-libérale que social-démocrate. Dans le projet Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM), le président de la République s’était déjà positionné en tant que social-libéral. Nous en avons vu quelques prémices à travers les décisions et les actions sociales pour soutenir les plus défavorisés, durant la crise du Coronavirus. Il reste à savoir si celles-ci vont durer ou si elles seront justes des actions ponctuelles comme les tsena mora? Les acteurs politiques, les journalistes et les citoyens ne doivent pas enterrer cette prise de conscience. Chaque fois que ce sera nécessaire, il faudra rappeler aux politiques l’importance de l’investissement dans le capital humain. 

Il y a donc cette prise de conscience face à l’impuissance du tout-libéralisme confronté à des situations d’urgence sociales et sanitaires. Une prise de conscience que la plupart espère durer au-delà de cette crise. C’est le rêve de ceux qui prônent une politique progressiste.

Haja Randrianomenjanahary, Acteur politique social-démocrate et humaniste écologique