Opposition à l’Assemblée nationale : une configuration incertaine

Opposition à l’Assemblée nationale : une configuration incertaine

Les législatives détermineront la nouvelle composition de l’Assemblée nationale. Elles dégageront aussi le nouveau rapport de force. La question est de savoir si durant cette législature, la place de l’opposition sera occupée.

Les spéculations vont bon train. « Les partisans de Andry Rajoelina ont plus de chance », disent les uns. « Les “zanak’i Dada” ne vont pas se laisser faire », rétorquent les autres. « Les indépendants seront les pions centraux », entend-on ailleurs. Dans tous les cas, les élections qui vont venir devraient mettre en exergue une configuration de l’échiquier politique : qui sont les opposants à Andry Rajoelina?

Avis de la HCC

« Tout dépendra du nombre de siège obtenu par le parti Tiako i Madagasikara (Tim). À l’heure actuelle, et vu que son président nationale est l’un des finalistes de la présidentielle, le Tim est le prétendant logique au rôle de principal opposant à l’Administration Rajoelina. Mais, pour être une opposition crédible, il faudra que le Tim obtienne un nombre de sièges conséquent à l’Assemblée nationale », lance Garry Fabrice Ranaivoson, Journaliste politique au sein de L’Express de Madagascar.

Léonnon Davis Rakotoarijaona, son pendant au sein du quotidien Midi Madagasikara, quant à lui, pense que « de par le fait que Marc Ravalomanana a pu quand même présenter un nombre assez important de candidats, il pourrait se constituer en opposition crédible ».

« Les positions de la Haute cour constitutionnelle (HCC) tendent à rendre difficile l’avènement d’un chef de l’opposition. En effet, il n’y a eu aucun chef de l’opposition sous les présidents Rajaonarimampianina et Rivo Rakotovao », fustige Toavina Ralambomahay. Pour étayer sa thèse, il met en exergue une interview du président de la HCC publiée dans L’Express de Madagascar. « C’est pour cela […] que la Cour a recommandé de séparer les élections présidentielles et les législatives.

Les législatives doivent servir à chercher une majorité claire pour le Président de la République. Si on arrive à dégager une majorité présidentielle, on aura un système politique beaucoup plus stable », avait-il expliqué. L’avis daté du 28 mars 2018 qui explique également « (…) que le choix de cette dénomination est librement consenti par les membres de ce groupement politique qui ont bien voulu exprimer leur soutien à l’endroit du Président de la République et pour permettre aux électeurs d’identifier les candidats décidés à soutenir la politique générale de l’État; qu’une telle perspective répond à une pratique d’un régime semi-présidentiel tel le cas de Madagascar pour permettre de donner une plus grande cohérence dans le fonctionnement des Institutions de la République(…) »

Géométrie variable

Pour Toavina Ralambomahay, membre du parti Humaniste et Écologiste, le risque de l’absence d’une opposition à l’Assemblée nationale est grand. « Comment voulez-vous qu’il y ait un chef de l’opposition quand (presque) aucun des candidats ne s’est proclamé opposant avant le scrutin ?, questionne-t-il. Et nous l’avons vu, il n’y avait aucun député HVM avant le vote de 2013, et pourtant, le HVM était majoritaire à l’Assemblée ».

Se basant sur des bruits en coulisse, le journaliste politique de Midi Madagasikara esquisse que « des candidats du parti Tim, laissés pour compte par Marc Ravalomanana pourraient rallier le camp de Andry Rajoelina une fois élus ». Journaliste politique depuis plus de dix ans, Davis Rakotoarijaona recueille les révélations des politiciens presque quotidiennement. Parfois, certains lui confient leurs frustrations.

Ces donnes pourraient conforter la variabilité de la géométrie au sein de l’Assemblée nationale. Les pratiques n’ont pas changé et ne sont pas encore prêtes de changer. Ce sont les têtes qui changent. Une fois de plus, ce fait pourraient affaiblir la force de l’opposition. « D’autant plus que la majeur partie de ces candidats indépendants ont soutenu la candidature de Andry Rajoelina lors de la présidentielle, notamment au second tour », renchérit Garry Fabrice Ranaivoson.

Force

Mais l’inverse aussi est possible. Mais pour des candidats, la posture à l’Assemblée nationale pourrait dépendre de la configuration du gouvernement. Plusieurs candidats indépendants ont été parmi les aspirants ministres lors des bousculades pour la formation de l’équipe gouvernementale de Christian Ntsay. Et ils le sont toujours, potentiellement. Une nouvelle désillusion pourrait amener certains d’entre eux à devenir des frondeurs.

« Étant donné que les règles du jeu politique à Madagascar et surtout à l’Assemblée nationale permettent que les prises de position soient circonstancielles et tournent au grès des intérêts, il n’est pas garanti qu’un député indépendant s’aligne dans les rangs de l’opposition, analyse Garry Fabrice Ranaivoson. La plupart pourraient juste demeurer dans la position du “frondeur ponctuel”, avant de se taire une fois leurs aspirations personnelles satisfaites ».

Quoi qu’il en soit, chaque partie est confiante pour ce qui est des résultats. Les partisans du président en place, en sélectionnant des candidats à fort potentiels et dont le soutien à Andry Rajoelina pendant les deux campagnes électorales ont été indéfectibles, espèrent rafler le maximum de sièges sur les 119 districts dans lesquels sont présents le parti Orange. Le Tim et ses partisans ne le sont pas moins. Ils pensent même pouvoir arriver en tête. « Nous pourrions être la majorité à l’Assemblée nationale. Nous avons aussi notre force », lance Serge Zafimahova, candidat dans le deuxième arrondissement et non moins coordinateur de campagne de Marc Ravalomanana lors des dernières élections.