Dépités de Madagascar

Dépités de Madagascar

13 décembre 2018. La grande salle de séance de l’Assemblée nationale sonne creux. Douze députés seulement sont présents pour voter la Loi de finances. C’est dans cette triste ambiance que cet acte législatif par lequel le Parlement vote le budget de l’État se déroule. Les autres députés sont partis en tournée, certains font déjà campagne pour la présidentielle.

Cette image restera comme emblématique d’une législature faite de haut et de beaucoup de (coups) bas, sous les yeux de citoyens dépités. D’autres nombreuses lois ont été adoptées par une poignée de parlementaires qui n’en comprennent pas forcément les enjeux. Faute d’une réelle volonté de transparence, nous n’aurons pas accès à l’ensemble des lois adoptées et surtout au nombre de députés qui les ont adoptées.

Que retiendra-t-on de la précédente législature ? Des scandales en cascade, des esclandres, la violence verbale… Au milieu de cette tempête, certains députés essayent tant bien que mal d’accomplir leur mission mais ils sont éclipsés par les mauvaises pratiques de leur compère. Les parlementaires ont loin d’avoir montré leur plus beau visage. Le Palais de Tsimbazaza était devenu le royaume de l’abstentionnisme et de la gabegie, sur de fort relent de corruption.

C’est un lieu de pouvoir sur lequel se concentrent le plus de critiques des citoyens. Les séances plénières, retransmises à la télévision, donnent souvent lieu à une litanie de demandes plus ou moins réalistes et de flagorneries ridicules. C’est une occasion pour les parlementaires de se faire voir et de se faire valoir, quitte à se tourner en ridicule bien souvent. Pourtant, Madagascar « met un pognon de dingue », pour paraphraser Emmanuel Macron, dans cette Assemblée nationale.

L’Assemblée nationale est le palais de la démocratie. Ses occupants sont élus par des citoyens qui leur confèrent un mandat et des missions : adoption ou proposition de loi et le contrôle de l’Exécutif. Dans un pays où les sans-voix restent très peu audibles, les députés sont utiles. Il s’agit aussi d’assurer l’équilibre pour que le président de la République ne soit pas tenté de se lancer dans une gouvernance en mode solo.

Il est donc temps de réinventer cette Assemblée nationale. Elle doit devenir cette maison commune et ce lieu de confrontation d’idées ainsi que l’espace de liberté pour toutes les oppositions qui pourraient critiquer avec lucidité et avec des arguments recevables, mais non plus dans l’esprit d’une quelconque surenchère financière afin de glaner quelques mallettes d’argent… La liste des candidats aux prochaines législatives suscite un sentiment mitigé avec la présence de ceux qui ont contribué à ternir l’image de la Chambre basse et celle de nouveaux candidats/acteurs politiques désireux de tout changer et de donner une nouvelle impulsion.

Aujourd’hui, il est nécessaire d’établir un agenda de réforme pour l’Assemblée nationale pour qu’elle puisse réellement devenir un lieu de représentation nationale. Réinventer la chambre basse commence par revenir aux fondamentaux que nous détaillerons dans ce second numéro hors-série de votre revue Politikà. Dans une démarche didactique et pédagogique, qui s’adresse à tous, la revue a passé au crible les rôles et les défis qui attendent les prochains occupants des travées du Palais de Tsimbazaza.

Les clés de la révolution seront aux mains des électeurs. L’enjeu est de donner de la légitimité aux députés avec un taux de participation élevé. Si tel est le cas, l’idée qu’une révolution démocratique et citoyenne sera bien en marche au palais de Tsimbazaza pourrait être entérinée.