Rachid Mouthajy, président de l’Association professionnelle des banques (APB): « Nous ne pouvons pas faire plus que ce que la législation nous autorise à faire »

Rachid Mouthajy,  président de l’Association professionnelle des banques (APB): « Nous ne pouvons pas faire plus que ce que la législation nous autorise à faire »

Le président de l’Association professionnelle des banques (APB) défend la ligne de conduite des institutions bancaires dans le secteur du développement.

Pour beaucoup, les banques commerciales ne soutiennent pas assez le développement économique du pays…

Nous entendons cette remarque de la part des associations et certains groupements des opérateurs économiques. Mais savez-vous que le ratio crédit-dépôt des banques en 2015 est de 75% ? 75% des dépôts collectés par les banques sont réinjectés dans le circuit pour le développement économique du pays en appuyant les entreprises en crédits. Ce coefficient est en perpétuelle progression car il était de 60% en 2011. Sur les 5 000 milliards d’ariary de dépôts bancaires, 3 500 milliards ont été transformés en crédit pour financer les entreprises, tandis que 850 milliards ont été investis pour financer l’État en bons du Trésor. Nous ne pouvons pas faire plus que ce que permettent de faire les dépôts de nos clients et la législation actuelle, soyons clair là-dessus. Par exemple, nous ne pouvons pas financer l’informel car nous sommes soumis à un ratio réglementaire de risques et notre activité est très fortement réglementée et encadrée par nos autorités de tutelle : la Banque centrale à travers la Commission de supervision bancaire et financière (CSBF). Il n’est pas envisageable de financer une entreprise qui n’a pas d’état financier et qui n’a pas effectué des bilans dans les normes en vigueur à Madagascar. D’ailleurs, la Banque centrale exige des banques de lui remonter les bilans à travers la centrale des bilans.

Les taux d’intérêts appliqués localement sont très élevés, ce qui ne permet pas d’aider les opérateurs. Qu’avez-vous à répondre ?

Ils se situent entre 12 et 18%. Il faut savoir que le taux d’intérêt critiqué correspond en général, à une moyenne de tous les établissements financiers existants. Aussi bien les microfinances, les banques que les autres institutions financières. Dans le calcul de ce taux rentrent en compte plusieurs facteurs comme l’inflation – qui est de 7,5% dans la Grande île – le coût du risque, les frais de gestion des crédits et le coût de récupération de sureté qui se révèlent très compliqués, notamment par des problèmes de justice face à certains clients de mauvaise foi. Pour avoir un crédit à moindre taux d’intérêts, il existe des alternatives comme la souscription à des mécanismes de fonds de garantie malgache comme la Solidis garantie ou la garantie de la Banque mondiale. Le système de garantie supporte les risques avec la banque en cas d’insolvabilité. Pour les institutions bancaires, le taux est donc allégé.

N’y-a-t-il donc pas d’autres solutions pour encourager le développement économique via les banques commerciales ?

L’APB a approché les autorités et les groupements des opérateurs pour proposer deux nouvelles formules innovantes : le crédit-bail et l’affacturage, un système de gestion de créances. Si une entreprise a des factures envers un ces clients, la banque intervient pour avancer les fonds et soulager sa trésorerie. En contrepartie, les recettes de l’entreprise lui sont reversées au fur et à mesure qu’elles rentrent. Le crédit-bail consiste à payer en totalité l’acquisition d’un matériel si une entreprise ne peut pas s’en acquitter d’un seul trait. Par la suite, il appartient à celle-ci de verser mensuellement une certaine somme à la banque sous forme de loyers. C’est comme le système de la location-vente. Nous avons proposé ces alternatives car nous sommes conscients que pour être compétitives, il faut que les entreprises puissent renouveler leurs outils de production.