Interview de Andry Ravololonjatovo, directeur du système d’information du ministre de la Culture, de la Promotion de l’Artisanat et de la sauvegarde du Patrimoine : « Nous sommes en train de former une génération de suiveurs »

Interview de Andry Ravololonjatovo, directeur du système d’information du ministre de la Culture, de la Promotion de l’Artisanat et de la sauvegarde du Patrimoine : « Nous sommes en train de former une génération de suiveurs »

Directeur du système d’information du ministre de la Culture, de la Promotion de l’Artisanat et de la sauvegarde du Patrimoine

Quel regard portez-vous sur le système éducatif actuel ?

L’éducation est la base de la société. C’est une brique fondamentale dans la « construction » du citoyen. Elle permet également la transmission de valeurs et, intrinsèquement, de dissocier le « bien » et le « mal ». Elle est l’assise de l’édification de l’Homme.

La politique malgache dans ce domaine est-elle efficace ?

Elle n’est pas très efficace, soyons honnête. Ce qu’on propose aux élèves et aux étudiants est loin d’être en adéquation avec la réalité et les mutations profondes qui sont en train de s’opérer. Les curricula actuels sont bien trop généralistes à bien des égards. En ce qui concerne l’enseignement supérieur en particulier, je ne pense pas que certaines filières puissent réellement préparer les étudiants à devenir des actifs efficients ou des entrepreneurs inventifs.

Il ne s’agit pas d’une critique gratuite mais j’estime que des programmes d’enseignement adaptés peuvent être proposés : par exemple ceux qui se basent sur les talents des Malgaches. Nous sommes habiles en ce qui concerne les travaux manuels, il faut donc promouvoir les filières y afférentes comme l’artisanat ou la vannerie. Le constat est simple : si l’on ne s’en tient qu’à ce système, nous ne formerons qu’une génération de suiveurs.

Que suggérez-vous ?

Il faut impérativement préparer une génération prête à l’action. Éducation doit rimer avec action. Nous en apercevons déjà les germes avec le développement qualitatif et quantitatif des start-ups qui sont des incubateurs de créations ou les lieux d’apprentissage comme le Coder Dojo. Le programme scolaire est à mettre à jour pour qu’il soit plus pragmatique, plus réaliste et centré sur les besoins impérieux du marché, tout en façonnant l’Homme. Certains pays, comme les Philippines, ont décidé de mettre en route un cursus complètement centré sur l’aptitude technique. Le pays produit actuellement des techniciens qui œuvrent dans les quatre coins du monde. C’est un choix à faire. Madagascar ne doit pas rester en marge de la marche du monde.