Relever le défi de l’industrialisation

Relever le défi de l’industrialisation

L’industrialisation inclusive et durable » était le thème du dernier sommet du Comesa qui s’est tenu à Madagascar. Ceci montre une fois de plus que l’industrialisation est sortie de la tour d’ivoire des universités du continent et qu’elle est comprise comme une nécessité au plus haut niveau des dirigeants africains. Aussi positif que cela puisse paraître, on constate quand même un certain décalage entre cette volonté affichée, les beaux discours y afférents et la réalité sur le terrain.

Dans une solidarité remarquable, les groupements patronaux ont publié un communiqué il y a quelques semaines dans les grands journaux du pays. Ils pointent du doigt les problèmes persistants. Il est difficile de parler d’une économie capitaliste de marché à Madagascar si les règles ne sont pas respectées. La concurrence déloyale règne là où « certains » sont plus égaux devant la loi et l’administration que d’autres. Ces « certains » semblent souvent disposer de relations politiques.

Des observateurs évoquent que la politique est devenue un business à Madagascar. A contrario, le business se politise. L’alliance malsaine entre les pouvoirs politique et économique entrave le développement. Les critères politiques ne sont pas les mêmes que ceux du marché. Ainsi, il est compréhensible qu’un sous-investissement massif perdure à Madagascar, où tout est à refaire et à rétablir. Tout en gardant la conscience tranquille, qui pourrait conseiller aux investisseurs malgaches et étrangers d’investir des millions d’ariary aussi longtemps que ce climat persiste ? Pour être honnête, il faudrait leur conseiller de chercher d’abord un soutien politique, au plus haut niveau, même cela est risqué en tenant en compte l’instabilité chronique.

Il n’est donc point surprenant que l’industrialisation tarde à se réaliser. Les investissements industriels sont nécessairement de très grands placements. Certes, ils sont plus durables que d’autres mais leur rentabilité n’aura lieu qu`à moyen et à long terme. Pour ceux qui cherchent rapidement à gagner de l’argent, l’industrie n’est pas intéressante. Ils investissent plutôt dans des affaires à court terme comme le négoce ou l’importation. Ce n’est pas ainsi qu’un pays progresse économiquement. La visite d’un supermarché à Madagascar plaide pour l’industrialisation. En voyant que plus de 90% des produits non-agricoles sont importés, on constate un problème.

Un pays qui ne produit pas ne sera jamais riche et aura toujours une population sous le joug du chômage. Une nation qui ne produit pas ne développe pas les talents et l’ardeur de sa population. Alors, si la nécessité de l’industrialisation est comprise, il faut pousser la politique à agir. Le communiqué des groupements patronaux est louable mais insuffisant. Le ministère chargé de l’Industrie œuvre continuellement pour l’industrialisation mais il ne reste qu’un petit rouage au sein d’un gouvernement ayant plusieurs priorités et qui travaille dans le cadre d’une situation marquée par une instabilité chronique.

La politique à Madagascar discute rarement de questions politiques. Le plus souvent, les agissements politiques portent autour d’alliances ou de mésalliances, de personnalités, de postes, de remaniements… Si le pays veut réussir son industrialisation, il faut aussi qu’il sorte de cette « politique politicienne » dénuée de sens et de contenu. L’industrialisation « inclusive et durable » est une thématique trop importante pour la laisser au seul gouvernement. Il faudrait qu’elle devienne une priorité nationale qui rassemble autour d’elle une alliance large incluant les groupements patronaux, les syndicats de travailleurs, les organisations paysannes et la société civile. Pour une fois, les partis politiques devraient penser à l’avenir du pays au lieu de la prochaine élection. Ce n’est qu’en mobilisant un effort collectif sortant de l’attentisme et du « mora mora » habituels que le pays réussira son pari d’industrialisation.