Banque de développement : un avenir encore incertain

Banque de développement :  un avenir encore incertain

Pour être compétitif et se développer, le secteur productif malgache doit innover. Mais les appuis nécessaires – notamment financiers – ne sont pas disponibles. Un vrai problème de fond (s).

L’accès au crédit dans les banques commerciales est difficile et coûteux tandis qu’une banque de développement, considérée comme une planche de salut économique, reste hypothétique.

Au mois de juin, un atelier sur le système bancaire à Madagascar s’est tenu et a vu la participation, entre autres, du ministère de l’Économie, celui de l’Industrie et les professionnels des banques. La question d’une banque de développement a été soulevée lors des discussions. Les acteurs du secteur économique ont pris conscience que la Grande île n’a pas le soutien financier nécessaire pour enclencher pour le « vrai » développement. Pour cause, « le système financier, dans son ensemble, n’accorde pas encore une totale confiance aux investisseurs. Le marché financier n’octroie pas encore de prêts à long terme. C’est pourtant ce qui est nécessaire pour démarrer l’économie », soutient Mamy Ratolojanahary, directeur général au ministère de l’Économie et de la planification.

Ce constat est partagé par les industriels depuis des années. Ils n’ont cessé de se plaindre du manque de volonté étatique à faire avancer les choses. « Nous ne pouvons tenir les banques comme seules responsables de notre difficulté à obtenir des prêts. L’État non plus n’a pas fait le nécessaire pour que cela se fasse », explique Fredy Rajaonera, directeur général de la Chocolaterie Robert et Président en exercice du Syndicat des industries de Madagascar (Sim). Une déclaration qui trouve un écho auprès des professionnels des institutions bancaires. « La banque ne peut supporter à elle seule le développement du pays. Toute une structure devrait être mise en place au cœur du système économique malgache, comme ce qui se fait dans le monde », prévient Rachid Mouthajy, président de l’Association des professionnels des banques qui regroupe tous les acteurs du secteur à Madagascar.

« Mais il est clair que pour que le tissu industriel soit fort, il nous faut investir dans l’innovation. Ce que le système banquier actuellement ne nous permet pas de faire. Les taux appliqués sont beaucoup trop importants pour nous », nuance Fredy Rajaonera. Une banque de développement facilitera l’octroi de fonds. C’est un système financier qui devrait canaliser les épargnes en investissement. Dans les pays développés, à l’instar de l’Allemagne, elle leur a permis de redécoller après la deuxième Guerre mondiale. La Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) est l’organisme allemand d’appui qui accompagne la création d’entreprises que cela soit des petites, des moyennes ou des grandes structures.

Il est également en charge de la coopération avec les pays en développement comme Madagascar. Mais pour avoir une structure aussi puissante que la KfW, il faut bien commencer par s’armer d’une grande volonté de le mettre en place. « Tout est en phase de réflexion. Nous n’avons pas encore d’ébauche claire sur la structure, note Mamy Ratolojanahary. Il est clair que l’État, comme les entreprises et les particuliers, ont besoin d’une telle structure. Pour l’instant, les études sont en cours. Nous ne sommes même pas encore en mesure de dire quel organisme pourra supporter cette structure. »

Dans son fond ou dans sa forme, rien n’est encore sûr. « Il n’y a que les banques qui pourraient gérer une telle structure. Tout au plus, l’État en serait actionnaire et aura un droit de regard. On sait d’ailleurs que ses caisses ne lui permettent pas encore de faire autant d’investissements. Par exemple, les devises issues des produits de rente pourront y être versées », précise notre interlocuteur. La seule certitude est que les consultations ont commencé.

Pour signifier leur bonne volonté d’avancer dans ce sens, les industriels malgaches ont soumis leur proposition pour la création d’un Fonds national pour le développement de l’industrie (FNDI) qui devrait être géré par l’Agence nationale pour le développement de l’industrie (ANDI). Cette proposition est incluse dans la politique industrielle. Mais pour le moment, du côté de l’Administration, c’est silence radio. L’on ne sait donc pas exactement quand sera mise en place cette institution. Et à entendre les avis approximatifs sur le sujet, nous ne sommes pas sûrs que la formule utilisée répondrait vraiment aux critères d’une banque de développement.