Francophonie : Madagascar sommé de réussir

Francophonie : Madagascar sommé de réussir

Le Sommet de 2016 sera le deuxième organisé dans la zone océan Indien, après celui de Maurice en 1993. Il sera placé sous les thèmes de la croissance partagée et du développement responsable.

Comme l’aéroport d’Ivato, les deux nouvelles routes en construction ou encore le Village Voara, la phase préparatoire de l’accueil du sommet de la Francophonie est encore un vaste chantier. « Si les infrastructures sont prêtes pour le Sommet de la Francophonie, tant mieux. Sinon, les travaux continueront » a déclaré Hery Rajaonarimampianina.

.Le président malgache est lucide et réaliste sur l’ampleur du défi qui attend Madagascar : 80 pays, des Chefs d’État, 3 000 personnes (le Maroc sera le plus fort contingent avec 300 personnes), une flopée de journalistes, etc. seront à accueillir du 26 au 27 novembre à Antananarivo. Même si les ambitions ont été revues à la baisse, tous les protagonistes parlent d’une même voix : le sommet aura bel et bien lieu. Cette communication est régulièrement appuyée pour balayer d’un revers de la main les rumeurs persistantes – et infondées – qui relaient que Madagascar ne sera pas en mesure d’accueillir le monde francophone en novembre prochain.

« Les représentants de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) sont satisfaits de l’avancement des travaux », explique Hugues Ratsiferana, Président du Comité d’organisation du 16è Sommet de la Francophonie. Ce, malgré les retards importants accumulés dans les travaux titanesques menés dans la Ville des Mille et le désintérêt de la majorité de la population. Mamy Rajaobelina, Délégué général de l’organisation du Sommet de la Francophonie, tente de nuancer ce dernier point. « C’est la première fois que nous tiendrons un sommet de cette envergure. C’est assez nouveau pour la population. L’appropriation a mis un peu de temps mais elle est déjà bien présente », démontre-t-il. La grande île n’a plus tellement le choix. La diplomatie a pesé de tout son poids pour que cet évènement se déroule sur le sol malgache.

« Le choix de Madagascar a été obtenu de façon unanime auprès des 80 pays membres à Dakar en 2014. L’organisation de ce genre d’évènement nécessite que nous fassions des efforts. Beaucoup de pays aspirent à héberger un tel sommet. L’on connait ses impacts sur les plans diplomatique, géopolitique, économique ou socio-culturel » explique le Délégué général. Ainsi, Madagascar n’a pas le droit de rater le coche comme ce fut le cas en 2010. Pourtant, en 2008 Marc Ravalomanana avait usé de toutes les stratégies pour que le pays puisse accueillir le monde francophone. Il avait littéralement remué ciel et terre pour obtenir cette organisation.

Un évènement qui aurait pu placer le pays sur l’échiquier diplomatique international et qui aurait accru son aura de son « super-président ». Mais il n’en fut rien. Une année après, la Révolution orange éclatât. L’OIF décide en décembre 2009 de déplacer le raout en Suisse. Le régime actuel va donc concrétiser le rêve caressé par le self-made man. « C’est l’aboutissement du processus de la normalisation de la situation à Madagascar. Le retour à l’ordre constitutionnel a permis ce renouveau du positionnement du pays », glisse le Délégué général. Une manière pour la Grande île de boucler la boucle en somme. Malgré les écueils qui demeurent nombreux, madagascar s’affichera sous ses plus beaux atours, même si le village Voara – censé être l’écrin du Sommet – ne sera pas terminé à temps. « Le complexe Voara, réparti sur 8 ha, est à différencier du Village de la Francophonie d’une superficie d’un ha qui sera livré à temps », note Hugues Ratsiferana.

Dans le chapitre infrastructurel, le sommet occasionnera un impact majeur pour Antananarivo, sans parler des retombées ultérieures induites dans le secteur du tourisme et les quelques points de croissance générés. « Avec les 80 pays, des partenariats économiques nouveaux seront établis. De nouvelles filières commerciales seront créées. Ainsi, nous aurions l’occasion d’œuvrer pour le progrès de Madagascar pour le pousser sur le chemin de la croissance » glisse Mamy Rajaobelina. Sur le chapitre financier, Madagascar a adopté une démarche « frugale ».

Officiellement, 7 millions d’euros seront alloués pour ce Sommet. Une somme dérisoire en comparaison des fonds mobilisés par d’autres pays hôtes comme le Canada, même si cette somme a toute son importance pour un pays comme Madagascar affecté par la pauvreté. « On n’aura pas le sommet deux fois. C’est une chance inouïe que nous avons eue, après l’avoir raté en 2010 », conclut positivement notre interlocuteur.