Textile : le fil d’Ariane du développement

Textile : le fil d’Ariane du développement

Le textile à Madagascar revit avec la réintégration de Madagascar à l’accord commercial AGOA. Cependant, l’embellie est encore fragile. Tour d’horizon dans les mailles du secteur.

Des petites mains s’affairent fiévreusement dans un atelier avec les bruits infernaux des machines comme bande-son. « L’ouvrier malgache est qualifié et particulièrement habile. C’est une véritable satisfaction pour nous », nous confie, ce Français chef d’une entreprise franche qui travaille avec les plus grandes griffes internationales.

Comme cette usine sise à Ambatomaro, les entreprises franches ont profité de l’abondance de la main-d’œuvre locale et d’une législation favorable dans le secteur textile pour s’implanter au pays. Néanmoins, de nouveaux horizons sont à explorer pour faire du textile le fer de lance de l’économie locale. « C’est un levier de développement nécessaire mais pas suffisant », tient à tempérer Holijaona Raboanarijaona, Président d’Émergence Madagascar, une organisation qui promeut l’émergence économique locale.

Politiquement et économiquement, le retour à l’ordre constitutionnel a permis au pays de retisser les liens rompus à cause des évènements de 2009. En 2008, la Grande île était le premier exportateur de textile et d’habillements en Afrique. La crise a grevé les efforts accomplis jusqu’alors.

La réintégration de Madagascar dans l’African growth and opportunity act (AGOA) en 2014 avait été vécue comme une véritable délivrance qui devait éponger une grande partie du chômage minant le pays. Le secteur textile est un relais de croissance qui peut induire un développement rapide comme l’expérience au Cambodge, au Vietnam ou au Bengladesh l’a démontré. 137 entreprises textiles sont actuellement implantées dans la Grande île. Cette dernière a la capacité d’en recevoir plus.

« Le textile a l’avantage d’offrir une technologie abordable. L’implantation des usines est facile. La main-d’œuvre abondante et malléable », note le Président d’Émergence Madagascar. La Grande île doit développer un secteur textile transversal. Jusqu’à présent, selon le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP) – qui regroupe 82 membres, dont la plupart sont dans le secteur textile –, 70% des matières premières utilisées à Madagascar sont importés. Pourtant, les régions Diana, Sofia et le Sud-est produisent du coton pour l’exportation.

Depuis le mois de juillet 2014, 23 entreprises implantées à Madagascar exportent vers les États-Unis. Néanmoins, les groupes asiatiques les plus puissants n’ont pas encore eu le courage de remettre leur machine en marche. Ils avaient quitté le navire en 2009. L’on serait donc tenté de penser qu’ils jugent que tous les feux ne sont pas encore au vert. Les indicateurs politico-économiques envoyés par le pays n’incitent pas à l’euphorie. Ce qui implique le nombre encore limité d’emplois générés.

30 000 postes ont été créés jusqu’au mois de mai 2016, selon les chiffres du GEFP. Le groupement ambitionne de porter à 200 000 ce nombre d’ici 2020. Pour ce faire, Madagascar doit mettre en œuvre certaines réformes. Selon Lindsay Whitfield, chercheuse et écrivaine, spécialiste des politiques industrielles de l’Afrique subsaharienne, « c’est une question de politique et non de capital ». Il faudrait plus d’implication de l’État dans l’élaboration d’une « politique de l’industrie textile ». Toutes les dimensions transversales doivent être considérées : matières premières, formation technique de la main-d’œuvre, recherche sur la structure des marchés, etc.

Malgré les belles promesses cousues de fil d’or montrées par le textile, tout n’est pas rose. Le secteur est parmi les plus décriés quand il s’agit du respect de droit des travailleurs. Selon une étude menée en 2015 par la Fondation Friedrich Ebert, à la demande du syndicat industriel global IndustriAll, plus de 40% des employés des entreprises franches de textile sont privés des prestations sociales élémentaires et 25% des entreprises sont dépourvues de structures syndicales. D’après un inspecteur du travail, plus de 50% des litiges portés au sein de l’inspection du travail sont en relation avec une entreprise franche de textile. D’où la nécessité de redresser d’urgence la situation en donnant la primeur à un travail décent qui passe par la priorisation de la sécurité sociale.

Bien évidemment, les brebis galeuses sont minoritaires et les entreprises exemplaires sont légion. Du côté du patronat, l’on estime que l’appartenance de toutes les entreprises franches à une organisation patronale pourrait améliorer la situation. Ces efforts doivent être menés de front pour que le textile puisse continuer à tisser sa toile dans l’économie malgache.