Nivo Ratiarison, Directeur de cabinet du MRCI : « Dura lex, sed lex »

Nivo Ratiarison, Directeur de cabinet du MRCI : « Dura lex, sed lex »

Le Directeur de cabinet du MRCI accepte de revenir, sans détours, sur le processus ayant entraîné l’adoption du Code de la communication. 

Quelle est votre réaction par rapport à la polémique née de l’adoption – qualifiée de marche forcée – du Code de la communication?

J’estime que les journalistes doivent être reconnaissants envers l’Exécutif. Le gouvernement a considéré le texte issu des divers ateliers organisés. La mouture proposée a été utilisée en tant que dossier de base, ce qui est déjà très important. L’Exécutif aurait pu mettre sur pied un nouveau texte ex-nihilo mais il ne l’a pas fait et a tenu à travailler à partir des textes déjà élaborés par les professionnels de la presse.

Les journalistes n’ont nullement la prérogative des lois. Ils ne peuvent pas imposer un texte au gouvernement ou au parlement. Les amendements apportés l’ont été d’une manière à prendre en compte les intérêts publiques.

La contestation des journalistes était quand même légitime au regard des amendements apportés sur le Code.

La raison d’existence du métier du journaliste est de lutter. Les revendications sont légitimes, je suis moi-même journaliste. Néanmoins, je déplore la manière dont elles ont été menées. Pour moi, l’une des erreurs fondamentales a été de ne pas avoir accepté la rencontre avec le président de l’Assemblée nationale au moment où le texte était à la Chambre basse.

Les représentants des journalistes ont délibérément fait le choix de ne pas parler avec ce représentant d’une institution de la République, alors que cette rencontre aurait pu débloquer la situation. Il faut noter que le mémorandum transmis par les journalistes a été considéré et débattu par toutes les forces en présence au sein de l’Hémicycle. Mais bien évidement, certains points ont été acceptés, d’autres non.

Le passage sur la couverture nationale, réservée exclusivement aux médias publics, a été fortement critiqué. Cette mesure ne va-t-elle pas à l’encontre de la pluralité de l’information? 

Je ne comprends pas cette polémique. On peut toujours procéder à des couvertures «  multipoints  » qui ne s’opposent pas à la couverture nationale, dans l’esprit revendiqué par les détracteurs de la loi. Les stations peuvent procéder à des extensions. La Radio Don Bosco couvre presque tous les districts de la Grande île. Techniquement, la couverture nationale renvoi à une question de fréquence (onde courte SW pour la radio, soit satellitaire soit VHF pour la télévision).

C’est un investissement très lourd, je ne vois pas comment est-ce que les médias privés pourraient y arriver. Franchement, qui osera entreprendre une telle aventure? À titre d’information, l’État malgache loue le décodeur à 16 000 euros par mois.

Le divorce est-il définitivement consommé entre le MRCI et les journalistes ?

Le ministère n’a plus son mot à dire. La loi est promulguée, «dura lex, sed lex». Chacun devrait prendre ses responsabilités. Pour ma part, j’estime que c’est une victoire pour le journalisme. Je rappelle que le leitmotiv du Code de la communication est la dépénalisation des délits de presse. Ce n’est qu’ensuite que les autres thèmes s’y sont greffés.

Nous sommes assez révolutionnaires grâce à ce texte en ce qui concerne la liberté de la presse. Grâce au Code, nous avons tourné la page sur de nombreux chapitres. Je ne vais pas dire si c’est une bonne ou une mauvaise loi. Nous ferons le bilan après.