Interview de Lovamalala Randriantavy, juriste-publiciste : « Il y a un véritable risque d’uniformisation de l’information »

Interview de Lovamalala Randriantavy, juriste-publiciste : « Il y a un véritable risque d’uniformisation de l’information »

Avec Iloniaina Alain, elle a coécrit l’étude sur les impacts de la structure de la propriété des médias sur la couverture médiatique. Elle fait le point sur le sujet.

Quelle est la portée de l’étude que vous avez effectuée ?

Cette étude propose des recommandations en vue de mieux encadrer la pratique du journalisme et de réguler la concentration des médias à Madagascar. Dans la Grande île, il y a certes un embryon de texte légal qui règlemente ce sujet, mais il n’est pas appliqué malheureusement. Notons-le, il y a une véritable anarchie dans la pratique du journalisme à Madagascar. Or beaucoup de journalistes et d’auteurs sont contre cette déconcentration.

De quelle manière la concentration affecte-t-elle la sphère politique locale ?

C’est une entrave au pluralisme et à la liberté d’expression. Il y a un véritable risque d’uniformisation de l’information. La sortie de l’étude a coïncidé avec l’adoption du Code de la communication. Il est dommage que cet aspect n’ait été touché que superficiellement, par les législateurs dans le cadre de ce texte. C’est une occasion manquée.

Quelle est la portée d’une telle concentration sur la population ? 

Les médias sont les porte-paroles et la voix du peuple. La presse véhicule et construit l’opinion publique. Actuellement, il y a un phénomène de « spectacularisation » de la politique. Dans la foulée, il faudrait également lever la décision de suspendre la délivrance de licences aussi bien dans le domaine de la radio que de la télévision. Cela permettrait l’émergence de médias « réellement » privés. Aujourd’hui, l’achat de licence se fait de manière sournoise et en catimini.

Le pluralisme constaté actuellement n’est donc qu’un leurre…

C’est un semblant. Le fait que nous avons une multitude de stations télé, de stations radios et de titres n’est qu’une façade de diversité, mais qui n’équivaut pas au pluralisme tel qu’on le conçoit en temps normal.