2018 : bataille d’idées ou concours de beauté ?

2018 : bataille d’idées ou concours de beauté ?

À peine entamée, 2018 – année électorale – jette déjà son ombre en avant. Si le président de la République se plie aux fervents appels de son parti de se représenter aux urnes, il devrait – respect de la Constitution oblige – démissionner au plus tard en juillet 2018. On entrera donc d’ici peu dans la dernière année du mandat de Hery Rajaonarimampianina.

Le basculement du parti Tim dans l’opposition officielle clarifie d’ailleurs la situation politique, souvent peu compréhensible pour le citoyen lambda, avec des alliances éphémères et contre nature qui se font et se défont à grande vitesse, comme la soi-disant « majorité à géométrie variable » régnant depuis 2014 à l’Assemblée nationale. Aussi longtemps qu’il n’émerge aucun challenger sérieux, il est donc réaliste de s’attendre à un grand affrontement en 2018 entre les représentants des trois camps du paysage politique malgache (HVM vs. Tim vs. Mapar/Armada). Un risque de crise n’est pas complètement à écarter. La méfiance entre les acteurs politiques est connue. En 2013/14, il a fallu quelques semaines avant que le candidat Jean-Louis Robinson se plie aux résultats des urnes. Qu’est-ce qui nous assure que 2018 serait différent ?

À part les soucis d’organisation fiable, la question se pose, avec raison, si ces élections feront vraiment avancer la démocratie malgache. Les derniers résultats de l’Afrobaromètre (2015) ont démontré l’existence d’une énorme méfiance des citoyens envers la démocratie. Seuls 11% des citoyens interrogés ont été satisfaits du fonctionnement de la démocratie. Un triste record négatif en Afrique.  Cette méfiance se montre aussi à travers l’affaiblissement du taux de participation aux élections (73,9% en 1993 – 48,3 en 2013). Lors des municipales, l’abstention dans la capitale a été de 71%. La démocratie électorale perd ses électeurs.

Cette apathie citoyenne pourrait s’expliquer par l’absence d’un véritable choix en politique. Les partis politiques sont souvent dépourvus de programmes, d’idéologies, de projets de société les différenciant les uns des autres. Tout le choix politique se réduit au candidat, sa personnalité et son charisme, et la promesse mise en avant de « développer » Madagascar. Dans le pays, la politique manque de contenu et de vrais débats sur des idées de solutions différentes. Des idées qui prendront au sérieux les citoyens au lieu de les traiter comme des enfants à la recherche d’un père sévère.

« Distribuer des tee-shirts pour convaincre la population à élire ses candidats, c’est l’humilier », dixit Marc Ravalomanana lors de son passage à Toamasina en octobre 2016. Une analyse lucide pour un politicien qui n’était pourtant pas toujours connu comme un adversaire farouche de cette pratique. « Pain et jeux » était déjà la stratégie préférée des empereurs romains afin de conquérir le peuple. « T-shirts et concerts » en serait la traduction malgache contemporaine.

Cependant, le sens même d’une démocratie électorale est l’existence d’un vrai choix entre des programmes différents. Le point culminant de toute démocratie est ainsi cette bataille d’idées, lors des élections, mais aussi entre celles-ci, notamment au Parlement et dans les médias. Refuser de débattre des grandes questions de la nation, et remplacer ce débat par une bataille vide de sens, où triomphe la « bogossité », et où finalement celui qui dispose du plus d’argent s’achète son électorat, c’est la mort de la démocratie.

Si la classe politique continue aujourd’hui cette infantilisation de la population, ce n’est pas toujours par mauvaise volonté. Cette stratégie reste malgré tout la plus efficace afin de rassembler le plus grand nombre d’électeurs. Ce serait donc aussi au peuple malgache lui-même de se demander si, au lieu de s’abstenir, de se laisser acheter et de quémander pour obtenir quelques gimmicks, il ne serait pas temps d’interpeller ses politiciens afin que ceux-ci lui offrent bien plus que des spectacles et des miettes.