Madagasinoa : cela va de soie

Madagasinoa : cela va de soie

La relation Madagascar-Chine ne date pas d’aujourd’hui. L’ancienne génération de migrants chinois est parfaitement intégrée dans le microcosme social local. Il est temps d’enclencher la seconde sur le plan économique.

L’accueil est solennel. Le trait de Hery Rajaonarimampianina est sérieux. La Première dame est impeccablement vêtue d’un manteau rouge, un clin d’œil évident aux couleurs de la révolution. Le tout puissant Xi Jinping est l’hôte du jour. Au cœur du mois de mars, cette visite officielle n’est pas que symbolique. La Grande île a été intégrée officiellement à la ceinture économique de la route de la soie, en marge de cette visite d’État incluse dans le cadre du Forum annuel économique de l’Asie sur l’île Boao, dans la province de Hainan.

Le mémorandum sur l’intégration de madagascar prouve, une fois de plus, que l’appétit d’ogre de l’Empire du Milieu pour l’Afrique est loin de s’affaiblir. Même si la « Chine-Afrique » a connu d’autres périodes plus flamboyantes, les investissements que Pékin compte effectuer dans la Grande île sont loin d’être négligeables. Citons, pêle-mêle, la mise en place d’une zone économique spéciale, la mise en place d’une autoroute reliant Antananarivo et Toamasina, la construction d’un grand port dans la baie de Narinda, sur la côte Nord- Est de l’île et l’édification d’une « ville intelligente » avec le géant de l’électronique Huawei. Dans sa quête de compétitivité, ces accords présentent pour Madagascar des actifs spécifiques et permettant un puissant take-off. C’est surtout rassurant pour la Grande île qui est encore quelque peu boudée par les bailleurs de fonds traditionnels.

Madagascar profite donc de la mansuétude chinoise au lieu de s’époumoner à convaincre ses partenaires habituels, exigeants en termes de réformes « qui sont lourdes et qui nécessitent beaucoup de temps », dixit Hyacinthe Befeno, membre du  Collège des conseillers économiques du président de la République (CCE). Lors de la visite officielle du ministre chinois des affaires étrangères étrangères dans nos murs, en janvier dernier, il a été énoncé que la coopération sino-malgache cible cinq secteurs prioritaires : l’agriculture, la pêche, le tourisme, l’aviation régionale et les infrastructures. Les poumons essentiels de l’économie en somme.

Hery Rajaonarimampianina a indiqué que les règles de jeux des financiers asiatiques sont très claires et ils exigent même des projets « bien définis » et « rentables » en amont de toute décision d’investissement. « Les bailleurs de fonds asiatiques, tout comme les investisseurs privés du continent, ont les mêmes critères que les bailleurs et les investisseurs occidentaux en matière d’investissement » a-t-il souligné. C’est une manière pour lui de tordre le coup à certaines idées reçues selon lesquelles la Chine offrirait des prêts sans être très regardante en termes de démocratie ou de gouvernance. Néanmoins, malgré cette explication diplomatique, pour ne pas froisser les partenaires traditionnels, il est connu que Pékin conserve, en Afrique, d’excellentes relations avec des pays largement mis au ban des autres nations.

« Le déficit en infrastructure de transport et d’énergie constitue un handicap pour le développement du pays. Ces investissements joueront des rôles cruciaux », soutient Noelisoa Rahaingomanana, Directeur de la planification globale auprès du ministère de l’Économie et de lq planification. Si l’Empire du Milieu fait les yeux doux à l’Afrique, c’est pour satisfaire ses besoins fondamentaux : assurer un accès aux matières premières pour son industrie lourde, offrir des perspectives de développement aux entreprises chinoises, asseoir son influence et gagner de nouveaux alliés.  Moins visible avant l’année 2000, la Chine s’est imposée, dès 2009, comme le premier partenaire commercial du Continent noir.

Cette dynamique internationale est profitable pour Madagascar, coincé entre le marteau – ses besoins pressants d’investissements – et l’enclume – les Partenaires techniques traditionnels exigent des réformes à marche forcée. De par la situation géographique, la Grande île constitue un carrefour stratégique et peut jouer un rôle de pont entre les deux continents. La Chine est en quête de nouveaux marchés, pour redynamiser sa croissance et consolider son pole position sur l’économie mondiale.

« Madagascar étant un prolongement naturel de la route de la soie maritime, il peut tirer son épingle du jeu », avait esquissé le Chef de l’État. Néanmoins, cette euphorie ne doit pas occulter les revers de la médaille de la relation « Chine-Afrique ». Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, n’avait pas hésité à dire au journal allemand Die Welt que « l’Afrique risque aujourd’hui de devenir une colonie chinoise, les Chinois ne veulent que les matières premières. La stabilité ne les intéresse pas ».