Des bulles en effervescence

Des bulles en effervescence

La bande dessinée, plus communément admise en tant que neuvième art, est en plein renouveau à Madagascar. Cette discipline artistique est fort respectée sur le Vieux continent et plus largement en Occident. Des bédéistes comme, entre autres, Hergé (Tintin) ou Enki Bilal (La Femme piège), Uderzo (Astérix) pour les Européens, Osamu Tezuka (Astro Boy), Katsuhiro Otomo (Akira) pour les Nippons, Stan Lee (Spiderman), Frank Miller (Batman) pour les Américains, sont statufiés en tant qu’artistes à part entière et ils entrent même dans le panthéon de la culture populaire.

Leurs planches originales sont considérées au même titre que les tableaux de peintres renommés et elles valent de l’or. Une œuvre comme Persepolis de Marjane Satrapi est à la fois un témoignage historique et une réflexion sur l’identité et l’exil. Persepolis est le plus grand succès éditorial de la bande dessinée dite « alternative » européenne des années 2000.

Sous nos tropiques, la bande dessinée recherche sa place. Dans la Grande île, elle s’apparente encore à une distraction et à un passe-temps. Elle a eu son lectorat et son heure de gloire dans les années 80, mais elle a perdu de son superbe en quelques décennies avant que des phénomènes mondiaux comme la vague du manga japonais ou des comics américains n’émergent et ne la réveille de sa léthargie. Nous avons là des exemples de mondialisation qui induisent des émulations positives auprès de nos jeunes. Ces derniers se sont appropriés ces styles pour les réadapter à leur goût et à leur… image. Cela prouve que nous pouvons surfer sur la vague déferlante de la mondialisation, pas seulement la subir.

C’est dans le sens de la vulgarisation de cette culture à part entière que se tient tous les ans le Mois de la bande dessinée à travers le festival Gasy Bulles, célébré tout le long du mois de juin. La manifestation vise à « démocratiser » cette culture. Cette année, il sera placé justement sous les couleurs du dessin de presse. N’oublions pas que Madagascar a et a eu de grands caricaturistes comme les regrettés Aimé Razafy ou Ramika, caricaturiste de La Gazette de la Grande île qui est mort poignardé. Pov et Elisé Ranarivelo sévissent toujours en étant des locomotives pour des jeunes qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus talentueux.

Notre devoir de mémoire et nos engagements pour un avenir meilleur peuvent et doivent transiter par la promotion de la culture et notamment par l’art. La bande dessinée n’est pas qu’une distraction même si c’est sa fonction première. Elle doit dépasser ce cadre strict. C’est aussi un médium puissant qui peut transmettre des messages de manière efficace. L’image est parlante, surtout dans le milieu de l’enfance et dans les milieux ruraux où l’analphabétisme est encore une réalité à Madagascar. À travers notre association Tantsary, nous avons publié un recueil de bandes dessinées sur le thème de la corruption. Certes, les feed-backs ont été positifs, mais nous avons besoin qu’ils se traduisent en actions concrètes.