Corruption : l’économie gangrénée

Corruption : l’économie gangrénée

La corruption a assurément un effet corrosif sur la croissance et les affaires. Sous nos latitudes, tout le monde semble s’en accommoder. Pourtant, elle engendre des impacts négatifs.

Devant la corruption, la réaction des investisseurs est divisée. Certains s’en accommodent bien volontiers, d’autres sont complètement outrés. « Des investisseurs australiens étaient venus en prospection dans la Grande île. Ils avaient apporté un projet très sérieux concernant l’énergie. Mais rien que pour avoir un rendez-vous avec un responsable ministériel, on leur avait réclamé une somme faramineuse. Cela les avait fait fuir illico presto », raconte un intermédiaire malgache qui s’amuse des réactions de ces investisseurs face à ce que les Malgaches appelleraient, dramatiquement, une triste « normalité ».

« Il n’y a pas de petite ou grande corruption. Il faudrait panser toutes les plaies afin d’endiguer ce fléau.  Et aux yeux de la loi, toute personne s’adonnant à la corruption est passible des peines prévues par la loi », explique Tiaray Fanahimanana, magistrat financier et vice-président du Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM).

« La corruption n’est pas une affaire de niveau de vie ou de pauvreté, c’est une question de conviction et de valeur », soutient Tsiry Razafimandimby, conseiller technique au sein du Bureau indépendant de lutte contre la corruption (Bianco). Au-delà des impacts de ce fléau dans la société, les réalités vécues par les opérateurs ou les startuppers apportent des preuves substantielles de l’impact négatif de la corruption sur l’activité économique, tant au niveau macroéconomique que microéconomique.

Les auteurs mauro, Ades et Di Tella, Lambsdorff1 ont noté qu’au niveau macroéconomique, la corruption a des effets « délétères » sur le PIB par habitant et la croissance. Dal Bó et Rossi expliquent, quant à eux, qu’au niveau microéconomique, elle est associée à une baisse de l’efficience dans l’allocation et l’utilisation des facteurs de production2. « Les pays les moins corrompus sont ceux qui sont largement développés. La raison en est que les opérateurs économiques ont confiance en l’État et inversement.

Ce qui n’est pas le cas pour Madagascar qui doit faire beaucoup de travail afin de convaincre les investisseurs. La corruption leur engendre des coûts supplémentaires », explique Claude Fanohiza, directeur exécutif de Transparency International – Initiative Madagascar. Les pays scandinaves font figure d’exemples. Il explique que l’Indice de perception de la corruption (IPC) est pratiquement la seule source d’information en termes de corruption à Madagascar. Ces dernières années, la Grande île a dégringolé dans les classements internationaux. Elle a perdu deux points en 2016 avec 26 points – contre 28 en 2015.

Mais la réticence des investisseurs n’est pas le seul problème économique engendré par la corruption. Les bailleurs de fonds conditionnent également leurs aides et appuis à la transparence, la bonne gouvernance et la lutte effective contre la corruption. « La signature d’un accord ne signifie pas automatiquement déblocage de fonds. Et tant que les mesures de lutte contre la corruption ne sont pas effectives et palpables, les décaissements seront gelés », explique un membre de la délégation de l’Union européenne, en marge de la signature d’une convention de financements à Antsiranana, en avril. Pour un pays dépendant presque entièrement de ces aides et financements extérieurs, de tels freins handicapent largement le développement. « Tellement de phénomènes de société sont amputables à la corruption, si nous ne parlons que des cas de vindictes populaires », rappelle Claude Fanohiza.

Pots-de-vin, bakchichs, dessous-de-table et autres formes de « taxes » illégales découragent fortement l’investissement. Ainsi, les coûts de transaction dus à la corruption (retards, distorsions, etc.) augmentent l’incertitude quant à la rentabilité des capitaux investis et accroissent le coût de production. In fine, la rentabilité s’en retrouve affectée. Contrairement aux prélèvements fiscaux officiels, la corruption est incertaine et imprévisible. C’est ce que constatent couramment les industriels et les opérateurs économiques locaux qui doivent ferrailler quotidiennement avec l’Administration, notamment le fisc. La corruption agit comme une taxe sur le capital, mais elle est difficile à cerner et à programmer. Un investisseur potentiel averti viendra dans la Grande île avec des pincettes. « Un opérateur aura tendance à privilégier les activités à échéance plus courte telles que les échanges commerciaux et la spéculation que l’investissement à long terme », note un économiste. D’où la pleine vitalité du secteur tertiaire, au détriment du secondaire à Madagascar.