Portrait de Ivelohanta Randrianarimalala, la pasionaria pour le social

Portrait de Ivelohanta Randrianarimalala, la pasionaria pour le social

Issue elle-même d’un centre d’accueil, Ivelohanta Randrianarimalala incarne le foyer pour les cinquante jeunes mineures de l’Akany Faravohitra. Portrait d’une femme plus que déterminée.

Faravohitra. Midi. La quiétude de la Haute ville d’Antananarivo n’est perturbée que par les chamailleries des jeunes filles et par des rires enthousiastes. Tout comme le soleil qui est à son zénith, les jeunes mineures – placées par le ministère de la Justice après quelques écarts disciplinaires – profitent des rayons du soleil prodigués par l’Akany Avoko.

Rédemption

Quelques-unes ont été maltraitées, d’autres abandonnées, certaines promises à la rue. La demeure – une imposante maison traditionnelle – est séparée des locaux de ce département ministériel par une simple clôture. Celle-ci représente la rédemption pour la plupart de ces filles. Ivelohanta Randrianarimalala y officie en qualité de directrice. Le rôle de cette « mère » consiste à donner un foyer à plusieurs dizaines de jeunes mineures, à les éduquer et à leur offrir un avenir, car elle a connu la même situation.

Enfant, ses chances pour un futur radieux étaient hypothéquées : à 7 ans, elle perd sa mère. La petite Hanta n’a jamais connu son père. Elle se rappelle ce moment où elle avait rejoint un foyer situé à 15 kilomètres de la capitale. Les autres membres de ce qui était sa famille étaient éparpillés un peu partout, avant que la cadette de la famille ne la rejoigne dans ce même établissement.

Déterminée

Elle était déjà douée à l’École primaire publique d’Ambanidia, mais aussi à Ambohidratrimo. Les années passent, mais malgré son aptitude à assimiler rapidement les cours, elle rate son bac par deux fois. La troisième tentative sera la bonne. C’est à l’époque que la vie de la jeune pensionnaire du centre d’insertion –18 ans à ce moment-là – prend un tournant.

La chance lui sourit. Par le biais d’un projet commun du foyer d’Ambohidratrimo et du Presbyterian Church, elle s’envole pour le Pays de Galles, au Royaume-Uni, en tant que volontaire pour s’occuper des enfants défavorisés. « Les enfants gallois étaient en difficulté, mais ils étaient mieux lotis que les nôtres », relativise la sortante du Youth Leadership Training Program (YLTP), le sourire aux lèvres. Ses responsables remarquent sa disposition pour le social et soulignent sa détermination, une qualité qui l’accompagnera toute sa vie. Un choix déterminant interviendra après son diplôme d’assistante sociale décroché à Antananarivo : exercer à Madagascar ou travailler au sein de l’Unicef à l’étranger. Pour elle, le choix est vite fait. Elle restera.

Mission

2006 : le centre d’accueil, créé en 1962 par le Collectif des Églises protestantes de Madagascar (FFPM), connait des difficultés majeures. « Le foyer était en difficulté, il allait fermer ses portes. Cela m’a vraiment préoccupée. L’Église protestante a lancé des appels pour le maintenir. C’est après cela que le FFPM m’a contactée et m’a désignée pour s’occuper du centre. En 2015, je suis devenue la plus jeune directrice que l’établissement a connue depuis son existence », raconte celle qui a encore cinq années dans son mandat. La première mission était simple et compliquée à la fois : ressusciter l’institution après sa fermeture en juin 2015.

La grande bâtisse traditionnelle menace de s’effondrer sur ses occupants. « Il fallait la rénover. C’était difficile, mais nous avons réussi, du moins en grande partie. Des travaux doivent toujours être faits », raconte Hanta, tout en indiquant les différentes pièces de l’établissement. Les ruissèlements témoignent des pluies récentes et les murs qui lézardent, annoncent les tâches qui doivent être effectuées. « Il n’est pas rare que, faute d’équipements, des sœurs dorment ensemble sur le même lit », explique notre guide du jour. Bien que beaucoup d’âmes charitables aident le centre, il a un grand besoin d’appuis pérennes. Au premier étage, d’autres lits, recouverts de drap rose, finement alignés donnent le ton. « Je veux que le centre soit prêt pour une visite d’un donateur à tout moment », précise-t-elle.

Au total, l’effectif atteint une cinquantaine de jeunes pensionnaires, toutes affairées avec des bénévoles européens à des tâches diverses comme la confection et le tressage, pour les unes, les autres sont rivées devant leur écran pour apprendre l’anglais. Éduquer et préparer ces jeunes filles à la vie professionnelle, une fois sorties de cet établissement, c’est le challenge de Hanta, petite par la taille mais animée d’une grande volonté. 

Misaina Rakotondratsima