Le néolibéralisme : le plafond de verre africain

Le néolibéralisme : le plafond de verre africain

La promesse au détour des années 90 était alléchante : le libéralisme permettra à l’Afrique de sortir de l’ornière de la pauvreté. Autopsie d’un échec.

Après des années de galère, la société Les Moulins de Madagascar (LMM) a rendu les armes. La dernière minoterie en activité dans la Grande île a baissé pavillon. Elle était incapable de faire face au prix agressif appliqué par les importateurs de farine locaux, facilité par l’ouverture des frontières. Cette mauvaise fortune de LMM symbolise cette époque de libéralisation « sauvage » traversée par la Grande île.

C’est un paradoxe pour Madagascar qui a une superficie énorme non exploitée en agriculture, mais qui importe la majorité de ses PPN. Et les divers accords commerciaux ratifiés au fil des décennies ne vont pas l’aider. Pis, ils sont en train de tuer à petit feu son industrie, à la grande indifférence générale. Pour Alpha Diallo, économiste et analyste sectoriel chez HBC, « l’Afrique est devenue un camp de redressement très strict dévoué à la cause néolibérale ».

Ce constat amer est partagé par Tendai Makanza, l’un des formateurs de l’atelier organisé par l’Alternative au néo-libéralisme en Afrique australe (Ansa). Ce programme veut agir comme un point focal, un guide et un catalyseur visant à promouvoir l’union des peuples, des mouvements dans la région et au-delà, et à forger des alliances dans la recherche commune d’alternatives au néo-libéralisme. « Les conséquences de la prévalence du néolibéralisme est la différence inouïe qui caractérise la classe dite pauvre et la classe aisée. Cet écart est flagrant et très important », a martelé Tendai Makanza. Cette situation est consolidée par le rôle, encore marginal, joué par le Continent noir dans l’économie mondiale.

L’Afrique subsaharienne demeure spécialisée dans l’approvisionnement des industries du centre capitaliste en matières premières agricoles, énergétiques et minières. Cette participation capitale nourrit le développement de l’économie « capitaliste ». Le continent est souvent relégué au second plan : il reste ainsi un acteur marginal dans le commerce mondial des services avec uniquement une part de 2,2% pour les exportations et 4% pour les importations.

Des chiffres qui expriment indéniablement sa marginalité. Tendai Makanza et Ajay Lachhman ont mis en exergue les « dérapages » découlant de la libéralisation industrielle. Une faille qu’ils nomment le « piège de la libéralisation industrielle ». « En choisissant cette voie économique, un pays risque, entre autres, de tuer son artisanat, de rendre moins performant son secteur agricole sans oublier la dépendance créée », notent les deux formateurs du programme Ansa.

L’ANSA – à travers son programme socio-économique initié au sein du Conseil de Coordination des syndicats d’Afrique australe (Satucc) – promeut « l’expression pertinente d’une perspective articulée et de grande portée, parfaitement adaptée à la critique de la réalité planétaire qui s’est imposée au cours de la décennie passée ». Un programme que ses concepteurs s’évertuent à utiliser dans les négociations politiques et économiques de leurs pays respectifs et qu’ils espèrent faire tache d’huile à Madagascar. L’Ansa met un point d’honneur sur la priorité de l’industrialisation.

Pour que cette politique aboutisse, il est primordial selon Tendai Makanza et Ajay Lachhman de « motiver la consommation locale avant d’entamer le commerce extérieur ». Les groupements économiques locaux, comme le Sim, s’époumonent depuis longtemps à exiger la mise en place de conditions optimales pour que l’économie locale soit favorisée. Ce serait le début d’une vraie indépendance.