Hery Ramiarison, économiste : « On craint une braderie de nos ressources naturelles »

Hery Ramiarison, économiste : « On craint une braderie de nos ressources naturelles  »

L’économiste explique que Pékin est devenu incontournable sur l’échiquier économique mondial, au grand dam des partenaires historiques. Entretien.

Sortir des sentiers battus des bailleurs traditionnels équivaut-il à un financement parallèle ?

Le financement parallèle est un fonds privé hors cadre institutionnel de financement. Il sort du cercle habituel de financement et rivalise avec les apports des bailleurs traditionnels. Il présente des risques du fait de la source même du fonds, qui peut incorporer des argents blanchis provenant d’activités illicites et illégales. Ses modalités d’obtention sont également opaques.

Le mémorandum signé avec la Chine rentre dans le cadre d’un accord bilatéral, une convention de partenariat économique qui respecte un certain nombre de règles et de standards internationaux fixés conjointement avec les bailleurs de fonds traditionnels et les institutions monétaires internationales. Il ne s’agit donc pas d’un financement parallèle.

Le géant chinois est-il un partenaire financier crédible ?

La Chine est une puissance économique qui a une compétitivité accrue dans les industries capitalistiques. Les investissements chinois conquièrent le monde et on enregistre une forte concentration de ces fonds chinois, autant dans les pays émergents que dans les puissances économiques, comme les États-Unis, l’Union Européenne ou encore le Japon. (…) La Chine a une intégration confirmée au marché mondial en accumulant expériences et pratiques. Elle connait parfaitement les standards et les cadres internationaux d’investissement et d’opérations.

C’est un partenaire économique mûr et sérieux. Cependant, il ne faut pas oublier que la première motivation de tout investisseur est la recherche de profit, et il se comportera de façon à le maximiser. Il incombe donc au pays d’accueil de bien réfléchir aux termes du contrat et d’avoir un certain niveau en matière de gestion administrative afin qu’il ne soit pas lésé. L’histoire et les expériences des régimes précédents et celles des autres pays nous montrent que les ressources naturelles intéressent au plus haut point les Chinois. Dans le cadre de cet accord bilatéral, on craint une braderie de nos ressources naturelles, en termes de contrepartie.

Pourquoi un tel bailleur s’intéresse-t-il à Madagascar ?

Un accord de partenariat gagnant-gagnant n’équivaut pas toujours à une redistribution des profits d’égal à égal, chaque signataire y trouvera son intérêt. Sa motivation est dictée par les résultats escomptés. La compétitivité de la Chine dans les industries légères diminue. Du fait de l’« accumulation », le capital humain chinois est de plus en plus qualifié et se voit peu à peu être absorbé par les industries à plus forte capacité technologiques et les secteurs manufacturiers.

Corollairement, les travailleurs chinois s’enrichissent et le coût de production dans les industries à forte intensité de main-d’oeuvre augmente. La grande puissance perd ainsi en compétitivité et voit disparaître des marchés qui utilisent environ 80 millions de travailleurs, l’équivalent de plusieurs millions de dollars d’investissements chinois. C’est la raison de son engagement dans les pays en voie de développement comme Madagascar. Pour faire face à la rude concurrence internationale – et maintenir le niveau de coût de production – de nombreuses entreprises chinoises délocalisent dans les pays à bas revenus. On assiste à une montée en flèche des flux d’investissement en provenance de la Chine en Afrique, dont une poignée atterrit à Madagascar. (…)

Les bailleurs de fonds traditionnels voient-ils ce partenariat d’un bon œil ?

On vit dans un monde concurrentiel, les bailleurs de fonds traditionnels ne peuvent pas exclure la présence chinoise dans le financement du développement de Madagascar. En vertu de la loi du marché, ils n’ont pas le droit de s’immiscer dans nos choix. D’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un financement parallèle – auquel cas, la thèse d’une sanction n’est pas à écarter.  (…)