Pour une nouvelle approche de la réconciliation nationale

Pour une nouvelle approche de la réconciliation nationale

Nous vivons dans un monde de violence multiforme qui favorise la montée de l’extrémisme ainsi qu’un mouvement de repli sur soi. Dans les pays sous-développés, tels que Madagascar, la déception et le découragement gagnent du terrain. Conséquences : les gens deviennent de plus en plus individualistes et de moins en moins citoyens/sujets. On assiste à une crise de l’individu parallèlement à la faillite du collectif. Or, un individu ne peut exister au sein d’une société que s’il est capable de penser, de s’exprimer et de vivre en sujet. De même qu’un individu n’est « viable » que s’il est un sujet pensant, libre et autonome. En résumé, il s’agit de replacer l’humain au centre de l’engagement d’une part, et d’autre part, d’en faire un sujet libéré et autonome en le faisant porter avec d’autres, un projet de société que refuse un individu égoïste. C’est un combat politique, un humanisme de combat.

Face à la conjoncture ou plutôt aux ressentis des citoyens, quelle serait alors la forme de cet engagement ? On pourrait proposer un panel de propositions allant du curage de caniveaux dans les bas quartiers, à la distribution d’aliments ou de vêtements aux déshérités, jusqu’à prêcher la Bonne Parole, même dans les endroits les plus reculés et les plus pauvres du pays, en passant par des manifestations publiques du genre Wake up. Je pense plutôt que nous pouvons exécuter de profonds et féconds travaux de recherche allant dans le sens de la refondation de la République, sinon de la Nation. L’objectif étant d’enrichir, de nourrir ce que l’on désigne communément, quoiqu’indûment, par réconciliation nationale ou concertation nationale, terme plus approprié à mon avis.

Si elle doit se tenir, l’idée de concertation nationale au lieu de réconciliation nationale – qui semble recueillir de plus en plus d’opinions favorables – est de se focaliser sur les aspects assez peu développés, voire mis de côté lors des conférences sur les réconciliations nationales successives. Les dimensions économiques, historiques, sociales, sociétales avec les maux qui leur sont propres, doivent faire l’objet d’un diagnostic exhaustif, sans état d’âme, sans échappatoire, de tous ces maux qui nous rongent, qui rongent notre pays, qui portent atteinte à notre intégrité, à notre vouloir vivre ensemble, à notre histoire commune, à notre développement économique et sociale.

Le père Sylvain Urfer dans L’écume et la vague. Où va Madagascar ? (Éditions Foi & Justice) l’exprime comme suit : « (…) se focaliser sur la seule dimension politique de la crise ne mène à rien. Il faut voir plus large : l’impasse politique est le reflet d’une crise globale de la société, qui concerne la culture et ses valeurs, la famille et l’éducation, l’économie et le travail, l’Église et le monde associatif… ». Plus explicitement, il s’agit d’identifier les fondamentaux que sont les éléments historiques, socioculturels, sociétaux, psychologiques, économiques, voire administratifs qui rendent compte du fonctionnement de la politique et de ses retombées sur la vie des administrés. D’où cette idée d’une nouvelle approche de la réconciliation nationale.