Ambition et vitesse : à quand l’indépendance économique ?

Ambition et vitesse : à quand l’indépendance économique ?

Quelques jours avant la fête nationale, la Présidence avait publié dans plusieurs journaux un article intitulé « souveraineté économique ».  On y annonçait qu’on devait « finir avec la dépendance [économique] et la mendicité. » Une analyse lucide rejoignant la vision du Professeur Carlos Lopes,  invité par la FES la même semaine, pour promouvoir la vision d’une industrialisation verte en Afrique et à Madagascar.

L’industrialisation constitue le chemin clé pour achever une indépendance restée incomplète. Le constat est clair : l’économie malgache reste figée au stade colonial. Une économie dont le secteur formel dépend fortement de l’extérieur et qui, surtout, est incapable de produire pour les besoins de sa propre population. Industrialiser équivaut à surmonter le piège extractiviste, à créer de la valeur ajoutée dans le pays même, au lieu de se contenter des miettes qui résultent de la seule exploitation et exportation à l’état brut des ressources naturelles et minières. L’industrialisation valorise également les capacités physiques et intellectuelles d’une population, jusqu’ici contrainte à l’inactivité et au sous-emploi.

Avec l’acheminement de la Loi pour le développement industriel de Madagascar (LDIM), le gouvernement se trouve sur le bon chemin. Cette loi aura le potentiel de sonner une véritable transformation révolutionnaire de l’économie du pays. Néanmoins, comme le Professeur Lopes l’a exhorté, ce qu’il faut surtout, c’est de l’ambition et de la vitesse. « Si vous laissez l’industrialisation au seul ministère chargé de l’industrie, c’est perdu d’avance », avait-il martelé. Il est clair qu’un processus aussi transformateur que l’industrialisation ne peut pas être traité comme une politique sectorielle. Il faut que tout le gouvernement et le pays entier s’y mettent afin de réaliser cette transformation structurelle.

L’ambition est nécessaire afin d’éviter que chaque ministère travaille pour soi et parce qu’un tel processus ne se lance pas avec quelques ajustements ici et là. Il faut surtout mobiliser des ressources afin de bâtir les infrastructures nécessaires. Depuis quelques mois, on observe une certaine frustration du gouvernement vis-à-vis des bailleurs traditionnels. Les fonds, libérés au compte-goutte, empêcheraient un développement plus rapide. Ce n’est peut-être pas faux.

Mais force est de constater que l’obsession malgache envers la communauté internationale est unique au monde. Aucun pays au monde n’a été développé par les bailleurs. Le processus de développement est toujours un processus intrinsèque. Les Partenaires techniques et financiers peuvent assister positivement ou négativement, mais en aucun cas, ils ne sont les moteurs de ce processus. Le Professeur Lopes a mentionné à plusieurs reprises l’exemple éthiopien.

L’Éthiopie a connu un essor fulgurant ces dernières années. La construction du grand barrage pour la Renaissance éthiopienne est le projet le plus symbolique de l’émergence de ce pays. Il a été presque complètement autofinancé. La Banque mondiale avait refusé de le faire, les autres bailleurs traditionnels aussi. Addis-Abeba, qui a jugé que ce projet « catapulterait » le pays vers la modernité, a décidé de faire cavalier seul. Dans un grand effort patriotique, tous les Éthiopiens, de la diaspora et des plus riches aux plus modestes, ont contribué à un effort purement national.

Le même élan ne serait-il pas possible à Madagascar ? Ce n’est pas l’argent qui manque, c’est sa redistribution qui pose problème. Sous nos cieux, la pauvreté publique contraste avec une richesse privée cachée. Le Professeur Lopes a parlé lucidement de « l’informalité des riches. Celui qui s’attaquerait à ce problème – à ces élites économiques parasitaires qui disposent souvent d’une protection politique – sera le sauveur de ce pays. Le développement est un processus collectif qui nécessite des efforts communs. Ambition et vitesse sont les deux ingrédients d’une politique transformatrice. Ambition parce qu’il faut trancher, décider et oser.

Et vitesse parce que l’état actuel des choses, où 47% des enfants malgaches sont mal nourris, ne se prête pas à une concertation au mora mora. Il faut le dire peut-être une fois sans voile diplomatique : ce retard qu’on prend tue. Il tue chaque jour, chaque heure des enfants de ce pays.