Eddie Fernand : « la filière est complètement dérégulée »

Eddie Fernand : « la filière est complètement dérégulée »

Le premier magistrat de la ville d’Antalaha déplore un secteur à la dérive. Il parait bien désarmé face à la crise qui secoue la filière vanille.

Comment expliquer la recrudescence inquiétante des vols de vanille dans la région Sava, la première en termes de production dans la Grande île ?

Le prix de la vanille a exceptionnellement augmenté cette année. Et cela a suscité bien des convoitises à bien des égards. Beaucoup de personnes pensent que ceux qui possèdent de la vanille ont de l’argent et de la richesse. C’est inscrit dans l’inconscient collectif.  Durant cette saison, compte tenu de la hausse de la demande de la vanille verte, l’augmentation du prix touche aussi bien la vanille préparée que la vanille verte. D’où l’accroissement des cas de vols sur pied qui engendrent les violences, alimentant bien souvent les colonnes des « faits divers ».

Les champs de vanille ne peuvent-ils pas être sécurisés ? Des mesures ne peuvent-elles pas être prises pour juguler ces phénomènes ?

Au vu des surfaces cultivées, les planteurs n’arrivent pas à clôturer leur champ. C’est pour cela qu’ils sont si facilement exposés aux vols et aux larcins. Les planteurs n’arrivent pas, non plus, à s’offrir les services de gardiens. Or, pour sécuriser un champ de vanille, il ne faut pas moins de cent gardiens. Ce sera une charge et un coût supplémentaires pour eux.

Quel devrait être le rôle de l’État dans la prévention de cette insécurité qui touche ce secteur économique incontournable pour la Grande île ?

Les criminels et les larcins profitent surtout de la désorganisation de la filière à l’échelle régionale et nationale. À l’époque dirigiste des années 1970 et 1980, l’État était encore capable de surveiller aussi bien amont qu’en aval la filière vanille. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis quelques années, l’administration n’arrive plus à encadrer de manière efficace la filière. Nous faisons face à une véritable dérégulation du secteur.

Les acteurs œuvrant dans la vanille ne sont-ils pas censés avoir des cartes professionnelles qui leur assurent l’exercice de cette activité de manière professionnelle ?

Effectivement, les producteurs doivent avoir une carte pour pouvoir planter de la vanille. Les collecteurs ont l’obligation également détenir le sésame pour pouvoir exercer. De même, cette exigence s’applique aux autres acteurs de la chaine de la vanille : en passant des acheteurs aux préparateurs. En théorie, tous ces dispositifs sont bien prévus et couchés noir sur blanc dans les textes régissant la filière. Néanmoins, dans la pratique, l’État n’a pas la capacité de contrôler et de vérifier tout le processus, aussi bien en amont qu’en aval. Les « brigands » profitent de cette situation et s’infiltrent dans les multiples failles du système. Ce qui crée le véritable sentiment d’insécurité qui règne actuellement.

Comment cette distorsion se traduit-elle concrètement ?

Dans la pratique, quelqu’un qui vous vend de la vanille verte n’est pas forcément un planteur légalement inscrit dans les registres. Ce produit peut être le fruit d’un recel. Ces dernières années, un véritable circuit parallèle s’est installé dans le secteur. Il brasse des sommes faramineuses qui passent à l’insu du système. Cette défaillance se répercute dans la commune que je dirige. Ainsi, en guise d’illustration, il parait inconcevable de constater que la commune urbaine d’Antalaha ne perçoit qu’une part ridicule des ristournes sur les transactions relatives à la vanille chaque année, alors qu’elle est l’une des capitales mondiales de ce produit de luxe. Les transactions se font au dos des autorités. Et nous ne demeurons que de simples spectateurs.