Interview de Coralie Gevers, country manager de la Banque Mondiale: « la vision doit venir de l’État »

Interview de Coralie Gevers, country manager de la Banque Mondiale: « la vision doit venir de l’État »

La Banque mondiale est engagée dans la Grande île essentiellement sur le plan social. Coralie Gevers, est la responsable des opérations à Madagascar et aux Comores. Interview.

Les indicateurs économiques de la Grande île sont dramatiquement au rouge. Selon vous, pourquoi le pays n’arrive-t-il pas à se défaire de ses lests, malgré les aides et les appuis venant de toute part et de tous les horizons ?

Il y a différents facteurs qui minent le développement à Madagascar. Les crises multiples, tout au long de l’histoire malgache post-indépendance, l’instabilité politique ainsi que les changements de gouvernement ne jouent pas en faveur du développement. L’incapacité des autorités à pérenniser et à continuer les projets entamés est aussi à déplorer. Ensuite, le secteur privé n’a pas vraiment la possibilité de s’épanouir à cause de l’environnement.

Madagascar a été toujours accompagné par les organismes internationaux et les Partenaires techniques et financiers. De nombreux programmes et projets ont été initiés et mis en œuvre. Selon vous, sur quelles problématiques les plans de développement initiés successivement dans le pays depuis de nombreuses années, ont-ils butés ?

Les visions et les projets de développement doivent prioritairement venir de l’État. À mon avis, la Grande île n’a pas toujours eu de plan sectoriel bien défini. C’est ce qui a handicapé depuis longtemps le développement de Madagascar. Mais l’on peut constater de manière très positive que le changement est en train de s’opérer. L’éducation nationale a déjà le sien, le Plan sectoriel de l’éducation (PSE) (un plan mis en œuvre par les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle. Le processus est appuyé par la Banque mondiale, NDLR). Et d’autres secteurs sont aussi sur le point de mettre en place leur plan de développement. Comme ce sont des visions, il faut qu’elles soient ambitieuses. Néanmoins, il est impératif que l’État se donne les moyens de les réaliser.

Par où devrait-on commencer pour initier un développement effectif et qui serait profitable à toute la population ? Quelles sont les vraies priorités ?

Au sein de la Banque mondiale, nous pensons que le plus important est d’investir dans le capital humain. C’est pour cela que, dans notre plan pour la Grande île, nous investissons, de manière très importante, sur le développement de la petite enfance, l’éducation, la santé, la nutrition et la protection sociale. La Banque mondiale investira d’une manière très conséquente sur le développement humain pour les 10 prochaines années. Un autre grand axe prioritaire concerne également la croissance inclusive. Dans cette optique, l’amélioration de la gestion fiscale et du climat des investissements sont des points à ne pas négliger.

La majeure partie de la population malgache vit encore en milieu rural. Quelles sont les politiques adéquates pour que ce dernier puisse être un relais de croissance ?

L’amélioration des productivités rurales doit se faire dans une optique autre que celle de la subsistance. Il ne faut pas occulter l’investissement dans les infrastructures énergétiques qui est une garantie de développement de Madagascar. On ne peut pas développer le secteur productif sans accroître les capacités énergétiques du pays. Ces points ont été discutés avec les dirigeants du pays. Ils seront mis en œuvre dans le nouveau Cadre de partenariat pays (CPP) qui a été présenté fin juillet (le nouveau CPP de la Banque mondiale avec la République de Madagascar, approuvé par le Conseil d’Administration le 27 juin, a été présenté officiellement le 27 juillet, NDLR).