Septième art : les films malgaches font leur cinéma

Septième art : les films malgaches font leur cinéma

Les complaintes sont nombreuses face aux difficultés de la production cinématographique malgache. Comme les irréductibles gaulois, les cinéastes résistent et tentent d’exister.

Les Rencontres du film court (RFC) sont dorénavant une fenêtre d’un cinéma malgache qui s’ouvre sur le monde. Depuis cette année, elles étrennent les couleurs du panafricanisme. Les compétitions ont accueilli un grand nombre de jeunes cinéastes venus des quatre coins de l’Afrique.

« Madagascar sera le rendez-vous de la nouvelle génération de faiseurs de film de toute l’Afrique », se réjouit Laza Razanajatovo, directeur de l’évènement. Ce qui offre une opportunité aux réalisateurs et acteurs locaux de s’enrichir de la multiculturalité du continent noir et de se surpasser. Il s’agit également de prendre un recul et de poser un regard critique sur l’évolution de ce domaine à Madagascar. À l’heure où le numérique a réussi à prendre d’assaut une part considérable du marché cinématographique mondial, les rues de la capitale et des autres villes de province croulent plutôt sous les piles de CD ou DVD. Cet engouement témoigne de l’intérêt que portent les Malgaches pour le 7e art. En une décennie, le nombre de foyers équipés de lecteurs en tout genre a largement augmenté. Et ce, même dans les contrées les plus reculées du pays. Le réalisateur, Ludovic Randriamanatsoa, explique que « le Malgache aime le cinéma. C’est pour cela que, même avec une stratégie que l’on qualifierait de ady gasy, les films s’arrachent comme de petits pains ».

Les rares salles qui subsistent, notamment dans la capitale, affichent complet à chaque projection. Une génération de cinéphiles émerge lentement mais sûrement. Un groupe de jeunes (et de moins jeunes) qui s’informent sur les nouveautés et sur « les » films à voir, trouve leur bonheur, en toute illégalité, sur les plateformes de téléchargement. On note également la naissance de cinéclubs où les amateurs du grand écran se réunissent pour des séances de projection suivies de discussions/débats/commentaires. Entre Madagascar et le cinéma, c’est le grand amour. Cependant, le marché local est loin de satisfaire la demande. De nombreux acteurs du 7e art déplorent l’inexistence de structures. Raymond Rajaonarivelo, illustre réalisateur de Tabataba ou de Mahaleo et parrain à vie des RFC, soutient que « l’État doit jouer son rôle, avec une vraie politique culturelle et cinématographique. Il doit notamment régler les problèmes liés à la production ». Les structures permettent au cinéma d’exister et d’évoluer. Le propos rejoint celui de Ando Raminoson, un cinéaste qui excelle dans les films d’action. « Tant que le cinéma local reste au stade de “cinéma guérilla”, dépourvu de fonds, de distribution et de production, il n’y aura jamais d’industrie cinématographique à Madagascar ». Son film Wrong Connexion, co-réalisé avec Colin Dupré, témoigne de ce manque de moyen, malgré son inventitivité et ses qualités. « Nous étions partis de rien et personne n’a été payé pour son travail. Le peu d’argent qu’on a investi, consistait à la location de matériel et au transport », décrit-il. Néanmoins, l’œuvre a été accueillie par des critiques très enthousiastes.

La passion pour le cinéma coûte donc cher pour une génération talentueuse laissée à son sort. Heureusement, il existe des canaux de diffusion plus lucratifs. La télévision permet de pallier les lacunes de la distribution et de la production. Mais là encore, la situation marche à l’envers. Au lieu de recevoir des droits de diffusion ou des droits d’auteurs, les réalisateurs doivent payer pour envisager de diffuser leurs films. Dans cette jungle, deux entités ont réussi à trouver le bon filon : Scoop digital et Horizon Prod, avec leurs « franchises » Malok’ila et Safelika. « Ce sont les blockbusters à la sauce malgache, affirme Ando Raminoson. Ils raflent les records de vente et de visionnage. » Une aubaine dont la « génération RFC » ne profite pas. « La team RFC est perçue par ces maisons de production comme des cinéastes-élitistes, difficiles à vendre. Cela les pousse à refuser les tentatives d’approche effectuées. Par contre, on trouve que ces structures ne fabriquent en général que des films de distraction. Ce qui n’est pas du tout une mauvaise chose. Les Malgaches ont besoin de distraction. Une nécessité à laquelle ces œuvres répondent parfaitement. Mais Madagascar doit aussi produire d’autres types de films. Le cinéma, au-delà de son rôle de divertissement, a aussi comme fonction de pousser à la réflexion », conclut Ludovic Randriamanantsoa.