Interview de Serge Zafimahova : « Les incompétents ont besoin de transhumance pour survivre »

Interview de Serge Zafimahova : « Les incompétents ont besoin de transhumance pour survivre »

Le membre du think tank Club développement et éthique (CDE) nous partage ses points de vue sur le nomadisme politique.

La transhumance devrait-elle être inhérente à la pratique politique ?

Absolument pas ! Ce sont les décideurs politiques, à l’origine des nominations, qui favorisent le nomadisme, pour « verrouiller » leur poste. Mais ce n’est pas du tout une obligation. La transhumance est plutôt un facteur de blocage du développement. Et vous remarquerez bien que ce ne sont pas les meilleures personnes qui s’adonnent à cette pratique, ce sont les médiocres.

La politique est assimilée à l’art de se mouvoir à tous les régimes et de créer des amitiés là où l’on a des ennemis. Est-ce une conception juste ?

Je ne suis pas d’accord. Cette conception contribue aux obstacles qui empêchent notre pays d’avancer. Les dirigeants choisissent souvent de faire confiance aux « caméléons » plutôt qu’aux gens compétents. Or, ces derniers ne perdront pas leur temps à faire du lobbying pour garder leur place. Les incompétents ont besoin de transhumance pour survivre. Certains traversent le temps et les régimes sous les radars des observateurs, alors qu’ils voguent de cabinet en cabinet sans être réellement inquiétés…

La Loi sur les partis est censée encadrer les dérives liées à cette pratique. Selon vous, remplit-elle ce rôle ?

Cette Loi n’a jamais été respectée. Certaines de ses dispositions ont été régulièrement foulées aux pieds alors qu’elle pouvait éviter ces crises récurrentes si on les respecte. La clé de répartition au sein de l’Assemblée nationale en est une illustration. Le régime actuel aurait pu constituer sa majorité en respectant les législations. À partir du moment où il a procédé aux débauchages, la transhumance est favorisée. Malheureusement, nous savons que, demain, ces personnes vont trahir la cause parce que c’est leur pratique. Cela contribue fortement à l’instabilité ambiante. Il faut donc respecter les textes pour remédier à cette problématique.