36 candidatures à la présidentielle : la grande braderie de Madagascar

36 candidatures à la présidentielle : la grande braderie de Madagascar

46 candidats ont déposé leurs dossiers auprès de la Haute cour constitutionnelle (HCC) pour la course à la magistrature suprême. 36 ont été retenus. Une pléthore de choix dont Madagascar risque d’être coutumier.

Après les 33 concourants en 2013, 36 candidats sont en lice pour le scrutin de 2018. Au lieu d’être une garantie de meilleure représentativité de leurs choix et de leurs besoins, les citoyens pourraient être amenés à se poser des questions sur les dessous réels d’un tel foisonnement de candidatures qui banaliserait presque la fonction présidentielle.

Démocratisation de la fonction présidentielle

Pour Monique Andréas, présidente de la Plateforme des femmes politiques de l’océan Indien et Médiateur de la République, une telle pléthore de candidats serait, « le résultat d’une grande démocratie et d’une grande liberté d’expression ». En somme, c’est une expression de la forme qu’a prise la démocratie aussi bien à Madagascar qu’en Afrique. Car la situation de la Grande île est loin d’être inédite. « Le foisonnement, la pléthore et la surabondance des candidats appellent à des réflexions simples. Tout d’abord, nous pouvons constater une démocratisation de la fonction présidentielle. C’est à dire que, dorénavant, la fonction présidentielle, du moins en termes de candidature, n’est plus réservée à une élite politique et économique mais à toutes les catégories de malgaches », souligne le Magistrat Imbiky Herilaza.

Le renforcement et le durcissement des règles pour une candidature à la présidentielle n’a pas freiné les ardeurs des postulants. « Toutefois, ce nombre excessif de candidats à la présidentielle ne saurait être un gage de représentativité des choix des citoyens, nuance Monique Andréas. Quand on parle de démocratie, tout le monde est libre de réfléchir et de donner le programme adéquat qu’il pense mettre en œuvre dans le but d’améliorer les réalités de son pays ». Aussi, chaque parti devrait-il avoir au moins un programme avant d’aller vers les élections. Ce qui n’est pas le cas quand on ausculte à la loupe les 36 candidats.

 Attentes

« Être président est sans nul doute, le seul poste dans le monde pour lequel on ne demande pas de compétences précises », fait remarquer ironiquement le général Andriamisa-Ramihone Amédée, professeur de sciences politiques. Pour lui, et pour de nombreux analystes, « l’argent est le seul filtre ». Économistes, experts-comptables, artistes, professeurs, membres des forces armées, sociologues, entrepreneurs, disc jockeys, leaders d’associations et d’organisations confessionnelles, administrateurs, magistrats, syndicalistes, parlementaires etc., les Malgaches ont un large éventail de profils. Mais lequel correspond réellement aux attentes du peuple et saurait en défendre les intérêts ? Le choix s’avèrerait difficile.

Cependant, à bien y voir, les candidats présentés comme étant les « favoris » font ou ont fait partie du même système. Il n’y aura pas de rupture de pratique et de système. Dans une tribune provocatrice, mais qui vise juste, intitulée Faut-il continuer d’organiser des élections présidentielles en Afrique ? Le sociologue ivoirien Alfred Babo fait un constat clair et limpide sur les élections présidentielles en Afrique.

« Les présidentielles en Afrique ne débouchent que très rarement sur une alternance. En dehors de quelques pays comme le Ghana, le Mali, le Sénégal, le Bénin et le Malawi, l’alternance politique s’est faite soit par le biais des putschs ou soulèvements populaires lors du “printemps arabe”, soit-elle ne s’est pas réalisée. Le même président, le même clan ou système, trentenaire, voire cinquantenaire, demeure au pouvoir », note-il. Ses propos ont un écho particulier concernant le contexte malgache.

 Programmes différents

Qui dit 36 candidats dit 36 partis politiques avec 36 programmes différents, si programme il y a. « Qui pourrait faire la distinction entre les centaines de partis existants et choisir un programme en particulier ?, questionne Manassé Esoavelomandroso, historien et ancien président national du Leader Fanilo. Les grands pays ont deux ou trois partis politiques qui travaillent toute l’année, qui ont accès à tous les médias, qui critiquent lorsqu’ils ne sont pas au Gouvernement, qui expliquent les choses et qui proposent des solutions.»

Mais pour Madagascar, c’est souvent à la veille de joutes électorales que les formations politiques se font entendre. « Vu le laps de temps qui se présente, il est difficile de les écouter et de pouvoir faire son choix », explique notre interlocuteur. Comme le note Monique Andréas, « pour choisir, il faut d’abord voir le programme de chacun, programme d’amélioration politique et de tout ce qui est situation économique du pays ».

Ramasser des miettes

La question légitime est de savoir où étaient tous ces partis à la sortie de crise ? « En 2013, juste après les dernières élections, ces partis auraient dû débuter la formation à l’éducation citoyenne. Si ces partis avaient déjà une idée d’améliorer la situation économique et politique à Madagascar, c’était à cette époque de sortie de crise qu’ils auraient dû le démontrer », soutient Monique Andréas. « Toutes ces personnes ont contribué à ce système. Aucun ne s’y est opposé », rajoute Toavina Ralambomahay, premier opposant légal déclaré et auteur de l’ouvrage La loi sur le statut de l’opposition à Madagascar : un mal nécessaire. Il subodore que, « comme d’habitude, tous les prochains candidats vaincus arrêteraient leurs combats une fois les élections finies. Il y a un manque de sincérité. Les perdants, au lieu de s’opposer au nouveau pouvoir, vont de nouveau occuper des ministères ».

Les observateurs avisés supposent que toutes ces candidatures n’ont pour réel but que d’obtenir des portefeuilles ministériels et autres postes politiques. « Malheureusement celui qui revendique ou qui parle à vive voix a dans son collimateur un poste politique », dénonce Manassé Esoavelomandroso. Pour arriver à leurs fins, les politiques semblent ne reculer devant rien. C’est une formule qui a fait ses preuves.

Certains candidats qui n’ont quasiment aucune chance d’être élus veulent se positionner pour un fauteuil ministériel ou pour un autre strapontin : la place d’un sénateur désigné ou des hautes fonctions au niveau de l’État. Bien entendu, quelques postulants y vont par réelle conviction de pouvoir changer quelque chose dans le pays. Même s’ils savent pertinemment qu’ils ne vont ramasser que des miettes.