Un sondage, pour quoi faire ?

Un sondage, pour quoi faire ?

Quand la rédaction de Politikà et la Fondation Friedrich Ebert avaient décidé de commander un sondage sur la présidentielle, les interrogations et les appréhensions avaient jailli. Elles étaient surtout liées à une certaine crainte des réactions des uns et des autres. Cette appréhension est infondée, pour la simple et bonne raison que pour les candidats, et pour les parties prenantes des élections, les résultats que nous vous dévoilerons dans ce numéro exceptionnel seront des outils stratégiques. Vous en conviendrez avec nous que, cette peur pavlovienne n’a pas lieu d’être si l’on évoluait dans une « vraie » démocratie, c’est un mot fort.

Logiquement, les résultats de ce sondage serviront aux candidats et à leurs états-majors à rectifier les trajectoires juste avant la campagne électorale qui s’annonce démesurée sous toutes les coutures. La durée de la campagne électorale peut paraître courte mais lors de la dernière présidentielle, nous avons vu qu’un petit laps de temps avait suffi à faire perdre les élections à Jean-Louis Robinson. Des sondages réguliers permettraient de revoir leur stratégie ou d’affiner les discours. Ils engagent aussi les électeurs pour faire leur choix.

Un sondage réalisé avec une rigueur scientifique est un thermomètre efficace au service de la société, surtout à Madagascar où les partis politiques et leurs leaders croient être les dépositaires de la vérité en parlant au nom du vahoaka. Nous avons légitimement sollicité l’institut ATW, habitué à cet exercice; d’ailleurs une interview fort éclairante de l’association Normar nous éclairera sur ses limites, ses utilités et ses portées. Mené dans le cadre d’entretiens téléphoniques, le sondage a fait appel à des panels répartis dans toute l’île. Les résultats nous vaudront sûrement l’inimitié, mais une revue comme Politikà a justement vocation de susciter le débat, quitte à diviser.

Le timing que nous avons choisi n’est pas fortuit. Nous voulons rehausser le niveau des débats, humblement à notre mesure. Un sondage n’est pas un outil figé. Il est amené à évoluer au fil des actions positives ou des impairs commis par les uns et les autres. D’où la nécessité de leur tenue régulière. Nous ne nous sommes pas limités à la seule question des intentions de vote, mais nous avons également sondé sur le bilan du mandat de Hery Rajaonarimampianina. Là encore, les résultats peuvent étonner – ou pas du tout d’ailleurs – mais ils sont forts éclairants sur les priorités et les nombreux points à améliorer. Politikà espère que les résultats du sondage seront des outils à utiliser à bon escient, non pas un épouvantail brandi pour faire peur ou pour faire fuir.