Donnons la chance aux enfants malgaches de construire eux-mêmes leur identité culturelle

Donnons la chance aux enfants malgaches de construire eux-mêmes leur identité culturelle

Plus de 80% des Malgaches ne parlent que le malgache et plus de la moitié sont des jeunes de moins de 10 ans. En 1982, on a recensé 1 549 titres à Madagascar et en 2007, l’édition malgache ne compte que 1 400 titres dont 236 manuels scolaires, 33 livres parascolaires et 55 livres de littérature pour la jeunesse. En moyenne, 130 titres sont édités par an dont 90% ne seront pas réédités faute de moyens financiers.

En 2006, 1 082 tonnes de livres ont été envoyées à Madagascar, nécessitant la somme d’un peu plus d’un million d’euros pour leurs envois. Une partie de ces sommes consacrées aux envois seraient plus utilement dépensées dans l’achat de livres locaux, de meubles de rangement et même de bâtiments pour installer des bibliothèques car l’envoi massif de livres nuit à l’activité de la librairie, au développement de l’édition locale. Il n’encourage par la lecture quand il ne correspond pas au besoin réel et induit en erreur la majorité des lecteurs malgaches qui pensent que le livre est un produit qui se donne mais ne s’achète pas. Les écoles qui reçoivent des dons de livres de l’étranger n’achètent plus de livres édités localement même si cela leur permet de dégager un budget pour l’achat local et même si les offres sont différentes. Plus généralement, la majorité des quatre millions d’enfants malgaches scolarisés sont en milieu rural et que l’enseignement s’y fait en malgache et quelques fois en bilingue français/malgache. Or, pour donner le goût de la lecture aux enfants, il faut les faire lire dans leur langue maternelle. (…)

De nombreux centres de lecture sont implantés dans les zones reculées du pays, néanmoins, plus de 80% des livres s’y trouvant sont en français, alors que les animateurs de ces centres parlent à peine le français et de ce fait, ils ne pourront pas faire d’animations avec les livres. Plus grave, des enfants malgaches dans les établissements publics n’ont aucun livre en malgache à lire en classe, et des ONG font des actions en direction des enfants de rue apprennent à lire et à écrire à ces enfants avec des livres en langue française, langue qu’ils n’utilisent pas dans leur vie quotidienne. (…)

Il existe une Charte du don de livres qui régit les envois de don et qui recommande le partenariat avec les éditeurs locaux pour les achats de livres. L’acte de donation doit s’accomplir dans un vrai esprit de partenariat à deux sens pour le respect mutuel de chacun et le don entretient l’assistanat et ne conduit pas à un développement durable de l’édition malgache et la lutte contre l’analphabétisme. Éditer des livres en malgache qui parlent de la vie des malgaches susciterait plus d’intérêt aux enfants malgaches. Optons ensemble à partir de maintenant pour une nouvelle manière de « donner » : donnons la chance aux enfants malgaches de lire dans leur langue maternelle, de construire eux-mêmes leur identité culturelle ; aux auteurs malgaches de s’exprimer et à la culture malgache de s’épanouir dans la diversité.