Interview Vonintsalama Andriambololona, ministre des Finances et du Budget

Interview Vonintsalama Andriambololona, ministre des Finances et du Budget

« Les aides budgétaires permettent de soutenir notre croissance »

Vonintsalama Andriambololona, la première femme à la tête du ministère des Finances et du Budget, revient sur les questions relatives aux marchés publics, les investissements étatiques ainsi que les aides au développement.

Pour les observateurs et les citoyens, certains investissements publics semblent être superficiels, voire inutiles, avec des coûts exorbitants. Comment sont définies les priorités de l’État par rapport aux marchés publics à attribuer ?

Il faut savoir que les investissements de l’État sont définis une année à l’avance par chaque ministère. Ils sont définis selon les financements à disposition obtenus grâce aux recettes fiscales et non fiscales. Elles sont constituées de nos ressources propres internes et des aides budgétaires. Ce sont les institutions qui connaissent les priorités et les activités y afférentes afin d’atteindre les objectifs fixés pour chaque projet.

En effet, il faut rappeler que nous travaillons actuellement par le biais du système de « budget-programme » (C’est un mode de présentation des crédits budgétaires consistant à regrouper les actions d’un même ministère par programme en rapprochant pour chacun d’eux les crédits de toutes natures et les résultats physiques ou financiers attendus, le tout étant complété par une projection indicative portant sur plusieurs années, NDLR).

 À la lecture des documents publiés sur le site de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), nous avons constaté que les marchés publics étaient concentrés majoritairement dans la région d’Analamanga. Au regard de l’immensité du territoire malgache – et des déficits infrastructurels qui sont très importants dans de nombreuses localités –, comment peut-on expliquer cette situation et ce choix ?

La décentralisation des investissements et du budget est un processus difficile à mettre en place. Il faudrait que nous allouions, pour chaque région, des personnes compétentes pour leur gestion. Pour le moment, ce n’est pas une chose aisée, surtout en termes de ressources humaines. Toutefois, nous reconnaissons que la décentralisation économique est une étape importante que nous devons franchir dans le cadre de la bonne gouvernance durant ces prochaines années.

L’une des approches que nous nous efforçons de faire actuellement est de déconcentrer progressivement les services publics sectoriels. D’où l’existence des directions et des services régionaux. Mais, une fois de plus, je tiens à rappeler que les ministères sont plus à même de déterminer les investissements à faire selon leurs objectifs et leurs priorités.

Les tenants d’un discours nationaliste pointent du doigt notre forte dépendance aux aides étrangères. Pouvons-nous soutenir notre développement avec nos propres ressources ?

Je reconnais que pour le moment la réponse est négative. Nous n’avons pas encore assez d’épargnes et de ressources propres pour faire des investissements. Certes, le pays a beaucoup de potentiels en termes économiques. Cependant, ils restent à ce stade. Quand j’entends untel ou untel dire que « nous devons nous défaire des financements externes », je perçois cela comme étant une déclaration antiéconomique et anti-développement, pour le moment.

Le fait est que pour construire des infrastructures vitales comme les routes, les écoles et les hôpitaux, nous avons besoin de fonds importants. Malheureusement, nous ne pouvons pas attendre d’avoir suffisamment de financements intérieurs et de ressources internes pour commencer à travailler. Les investissements que nous réalisons à partir des aides budgétaires nous permettent de soutenir notre croissance.