Interview de Môssieur Njo, écrivain

Interview de Môssieur Njo, écrivain

« Il faut créer un cercle vertueux à partir du livre »

Môssieur Njo, écrivain bilingue, est auteur du roman en malgache Lisy Mianjoria1. Il partage ses points de vue sur la lecture et la culture en général.

Les jeunes et les moins jeunes lisent de moins en moins, comment expliquez-vous cela ?

Je ne suis pas d’accord. On passe pratiquement tout notre temps sur Facebook. Ce qu’on fait sur Facebook, c’est surtout écrire et lire. On vit à une époque où on lit plus que jamais. Une preuve accablante contre ceux qui crient haut et fort à qui veut l’entendre que les jeunes et les moins jeunes n’aiment pas lire. En passant, n’avez-vous pas remarqué que ceux qui ont l’habitude de dire cela ne lisent pas tellement eux-mêmes ? On sait donc que les jeunes et les moins jeunes lisent. Le problème réside dans la qualité de leurs lectures. Il faut absolument créer et offrir de la qualité, de la diversité et de la quantité.

 Est-ce dû aux technologies ou à la lente décadence du niveau de vie ?

C’est surtout à cause des générations précédentes qui n’ont pas su ou voulu se battre pour que l’industrie et la chaîne du livre survivent face à l’inéluctable mondialisation et tout ce que cela implique comme combativité et comme protectionnisme , disons-le, « intelligent ». Blâmer les technologies, c’est comme blâmer les ascenseurs d’avoir tué les escaliers ou internet d’avoir tué la radio. En ce qui concerne la lente décadence du niveau de vie, on sait aussi que le livre permet de remonter la pente, ou du moins y contribue, même humblement. Il faut donc créer un cercle vertueux à partir du livre, sortir du cercle vicieux et des discours démagogues de sophistes en tout genre qui n’aboutissent à rien sinon à empirer la situation.

 Beaucoup considèrent les livres comme un luxe…

C’est une opinion non seulement erronée mais dangereuse. Elle perdure depuis quelques décennies, hélas. Dangereuse pourquoi ? Parce qu’on voit le résultat tous les jours. Une certaine partie non négligeable de la population pense que le livre est un produit de luxe, donc qui coûte cher alors que non, pas du tout. On trouve des livres à partir de 1 000 ariary, il y en a pour toutes les bourses. Certes, il existe des livres un peu plus chers, mais j’ai l’habitude de dire que le prix d’un livre en moyenne est à peu près comme celui d’une pizza. Une pizza, on la déguste en quelques minutes, aussi délicieuse soit-elle. Un livre peut durer des heures, des mois, des années, une génération et même plus.

 Comment réconcilier le Malgache avec les livres ?

Le Malgache n’est ni plus stupide ni plus intelligent que les autres peuples. Nous sommes comme tout le monde. Nous pouvons apprendre et désapprendre. Ce que nous avons acquis comme savoir, nous pouvons les perdre mais aussi les retrouver. Il y a quelques décennies, à Madagascar, le livre a prospéré comme dans tous les autres pays dignes de ce nom. Les solutions pour réconcilier les Malgaches avec les livres sont partout. Il faut tirer des leçons du passé : qu’est-ce qui a marché ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

En incluant la période de l’occupation française et la monarchie – écouter les chercheurs en tout genre, les éditeurs de bonne volonté, les professionnels du métier, mais aussi les écrivains – surtout l’avant-garde – et voir aussi ce qui marche ailleurs et ne pas copier bêtement mais adapter plutôt à notre réalité. Nous ne devons rien attendre des tenants du pouvoir public, mais nous orienter plutôt vers les initiatives privées bien que je n’imagine pas un seul instant un gouvernement marquer l’Histoire dans le bon sens du terme en négligeant le livre.