Interview de Christophe Bouchard, Ambassadeur de France à Madagascar : « Les Îles Éparses ne doivent pas être un sujet de conflit, mais au contraire un sujet de coopération »

Interview de Christophe Bouchard, Ambassadeur de France à Madagascar : « Les Îles Éparses ne doivent pas être un sujet de conflit, mais au contraire un sujet de coopération »

Indépendance, relation entre Madagascar et la France, Îles Éparses, coopération économique… L’Ambassadeur de France à Madagascar nous apporte ses points de vue.

C’est un fin connaisseur des rouages de la diplomatie qui a été nommé le 6 août 2019, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à Madagascar. Succédant à Véronique Vouland-Aneini, Christophe Bouchard a pris ses fonctions dans un contexte particulier avec en point d’orgue les premiers pas dans les discussions franco-malgaches sur les Îles Éparses. Il nous a reçus dans ses locaux à Ambatomena. L’Ambassadeur n’a éludé aucune question.

Comme beaucoup de pays africains, Madagascar célèbre le soixantième anniversaire de l’indépendance cette année. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est une date importante. Pour Madagascar, bien sûr, comme pour les autres pays africains qui célèbrent en même temps leur indépendance. L’année 1960 aura été une année décisive dans ce mouvement mondial de décolonisation qui était tout à fait nécessaire. À Madagascar, il s’est fait, si l’on prend la période 1958 – 1960, de façon harmonieuse. C’était un mouvement nécessaire qui a eu lieu à peu près en même temps dans tous les pays, à l’exception de pays où cela a été plus compliqué et où le mouvement d’émancipation a duré jusque dans les années 70.

Je crois que, comme tous les anniversaires, cette commémoration doit être une occasion pour chacun de se pencher sur l’évolution du pays. Les promesses de l’indépendance ont-elles été tenues ? Parce que c’était une période de grands espoirs. Comment les pères fondateurs regarderaient-ils la situation ? Trouveraient-ils finalement la concrétisation des espoirs et des aspirations qu’ils avaient formulés en 1960 ? En France, on aime aussi beaucoup les commémorations, celles des moments heureux mais aussi des moments difficiles. Elles donnent l’occasion de se pencher sur son histoire pour pouvoir en tirer des enseignements pour l’avenir.

Vous avez parlé de mouvement. Vous avez évoqué l’histoire de la colonisation comme étant un pan de l’histoire française. Cette commémoration tombe dans un contexte mondial particulier. Comment la diplomatie française se déploie-t-elle avec un lourd passé colonial dans un pays comme Madagascar ?

C’est vrai que la France a fait partie de ces nations, au même titre que la Grande-Bretagne, le Portugal ou l’Espagne, qui, à une période de leur histoire, se sont inscrites dans ce mouvement de colonisation. Et puis au XXe siècle, devant l’exigence légitime d’émancipation des peuples, il y a eu une prise de conscience dans les pays colonisateurs du fait que ce système ne pouvait pas durer. Très tôt d’ailleurs, en France comme dans d’autres pays, il y a eu beaucoup de secteurs de la société qui étaient contre ce système et qui ont aidé ces pays et ces peuples à aller vers la décolonisation, cela même si l’État continuait sa politique de colonisation. Pour un pays comme la France, il a fallu gérer avant et après les indépendances, et aujourd’hui faire un travail de mémoire. Je pense que la France a fait ce travail.

Plusieurs présidents de la République se sont exprimés, y compris le président Emmanuel Macron, de façon très claire sur cette période. Je crois qu’un pays se doit de regarder tous ses moments de l’histoire, les moments glorieux et les moments plus difficiles, et faire ce travail pour analyser ce qui s’est passé. Nous sommes maintenant en 2020. Il faut s’appuyer sur le lien très fort qui reste de cette période, car il y a une diaspora française importante à Madagascar et une diaspora malgache importante en France. Il faut regarder si on peut faire ce travail de mémoire ensemble. Ceci étant, il faut regarder vers l’avenir, et il ne faut pas que ce travail de mémoire nous bloque dans ce que nous faisons aujourd’hui. Notre travail diplomatique est de regarder ce qui se passe en 2020 et ce qu’on va faire ensemble en 2030 ou en 2040. Le passé est important, mais on ne peut pas rester dans ce passé, dans une période qui est maintenant très ancienne. Je retiendrai cette formule du président algérien Houari Boumédiène : “Il faut tourner la page sans la déchirer”. Je crois que c’est une bonne formule. Avancer ne signifie pas oublier ou faire l’impasse sur ce qui s’est passé. Je crois que les populations, ici, à Madagascar comme en France, attendent autre chose que simplement regarder en arrière. On doit tirer les atouts pour travailler ensemble grâce à cette proximité qui vient de l’histoire et ne pas nous bloquer sur ce qui s’est passé il y a un siècle ou il y a 60 ans.

D’aucun s ‘estiment que l’Afrique est sortie de la colonisation pour entrer dans une nouvelle ère : le diktat du capitalisme. Est-ce une fatalité d’après vous ?

Il ne faut pas mélanger les concepts. L’indépendance signifie que le pays est souverain et fait ses choix politiques librement. Après, chacun a son jugement sur le meilleur système à adopter. Madagascar a fait des choix différents au fil de son histoire, depuis l’indépendance. Ils ont été faits en pleine souveraineté. On ne peut pas dire que les pays soient passés de la colonisation à tel ou tel système économico-politique.

Ce sont deux choses complètement différentes. L’important, c’est qu’il revient au pays de décider quel système économique ou politique il veut suivre, sachant que indépendance ne veut pas dire isolement. La France est certes indépendante, mais elle a choisi de s’unir avec l’Europe. Elle est aussi tenue par le système des relations internationales. La France, comme Madagascar, fait partie des Nations Unies et d’autres organisations globales ou régionales. L’important est que ce sont des choix faits par le pays, qui ne lui ont pas été imposés.

Comment percevez-vous la percée chinoise en Afrique et à Madagascar ?

La présence de la Chine en Afrique est un fait que tout le monde reconnaît. Il faut avoir une attitude positive par rapport à cela. Il nous semble qu’il faut percevoir cette relation autrement que comme une simple relation de concurrence. Ce concept a été relayé par le président Emmanuel Macron depuis son élection. Des projets en matière de lutte contre le réchauffement climatique sont cofinancés par l’Agence française de développement (AFD) et des banques chinoises de développement. Ils visent à financer des projets de transition énergétique dans des pays d’Afrique. On peut travailler ensemble avec la Chine et développer des coopérations triangulaires.

Il est clair qu’il y a des aspects qui sont plus concurrentiels : la concurrence économique ou la concurrence commerciale. Nous devons nous appuyer sur cette concurrence pour faire valoir nos atouts. Par exemple, à Madagascar, nous avons cette proximité culturelle, linguistique et la qualité de nos entreprises. Je pense qu’il nous incombe d’être “aiguillonnés” par cette concurrence et de la considérer comme une chose tout à fait normale dans un monde ouvert, globalisé, où il n’y a plus de “chasse gardée”…

…Justement, la doctrine de la France a-t-elle changé maintenant, en parlant de la « chasse gardée » ou de « pré carré» ?

C’est effectivement un terme qui appartient aux années 60 ou 70. Il ne veut plus dire grand-chose aujourd’hui. Il y a clairement des pays avec lesquels nous avons des relations, des liens plus forts qu’avec d’autres. Il est sûr que sur le continent africain, nous avons un lien plus privilégié avec les pays africains francophones. Mais cela ne veut pas dire qu’il y ait une chasse gardée car tout le monde est le bienvenu.

Ce qui a sans doute changé depuis plus de vingt ou trente ans est que la France a également développé des relations avec les pays d’Afrique anglophone ou lusophone comme le Nigeria, l’Éthiopie, l’Afrique du sud, l’Angola… Nous y avons aussi implanté de grands projets, culturels, économiques. En gros, il y a aussi une globalisation de la présence de la France avec l’ensemble du continent, même si, bien entendu, il ne s’agit pas de diluer cette relation privilégiée que nous avons avec l’Afrique francophone.

La France est-elle toujours cette « grande sœur », pour ne pas dire la mère patrie, si omniprésente ?

Ce sont aussi des concepts anciens et paternalistes. Nous nous voyons comme un pays ami. Nous avons des relations très fortes avec l’Afrique certes, mais très respectueuses comme il se doit entre pays indépendants. C’est plus une amitié, une proximité que nous voulons continuer à cultiver.

Abordons le sujet qui fâche entre Madagascar et la France : les Îles Éparses. Des symboles que le président Andry Rajoelina entend mettre en valeur, ces îles sont les têtes de pont. Leur restitution est-elle réaliste ou envisageable au vu des dichotomies qui surviennent entre les négociations et les actions sur terrain, notamment les déclarations tonitruantes du président français ?

Il existe un différend entre la France et Madagascar sur le plan juridique, sur la souveraineté de ces îles. Notre souhait est de ne pas nous laisser bloquer par ce différend, mais de trouver ensemble des solutions. Les Îles Éparses ne doivent pas être un sujet de conflit, mais au contraire un sujet de coopération. C’est pour cette raison d’ailleurs que les deux présidents ont décidé de mettre sur pied une commission mixte pour essayer de trouver comment avancer ensemble. Les circonstances ont fait que la deuxième réunion n’ait pas pu avoir lieu.

Elle devait suivre la première réunion organisée à Madagascar en novembre. Mais dès que les conditions de transport reviendront à la normale, les négociations reprendront. En tout cas, notre souhait est de travailler avec les autorités malgaches pour essayer de trouver ensemble cette issue pour un développement commun. Nous verrons quelles sont les solutions que l’on pourrait trouver ensemble dans le cadre de ces négociations.

L’ambassade est-elle actrice dans les négociations ? Facilite-t-elle les discussions ?

Oui, nous sommes acteurs dans les négociations. Je fais moi-même partie de la délégation française pour la commission mixte. Le travail de l’Ambassade est, à la fois, d’expliquer et de relayer auprès des autorités malgaches les positions françaises et également d’expliquer et de rapporter aux autorités françaises la situation du débat dans la Grande île. Et d’une manière réciproque, de son côté, l’ambassade de Madagascar à Paris en fait autant, sûrement. Nous sommes des facilitateurs.

La France est dans une démarche de dialogue et de coopération. Je vous renvoie aux propos du président Emmanuel Macron lors de la conférence de presse, aux côtés du président Andry Rajoelina à Paris (29 mai 2019, NDLR), et qui disait clairement que, compte-tenu de l’importance de la relation entre la France et Madagascar et de la volonté de la France d’appuyer Madagascar, il faut faire en sorte que ce sujet ne constitue pas un blocage pour la coopération entre les deux pays. Bien au contraire, c’est un sujet sur lequel nous pouvons travailler ensemble. Et cela au regard de l’importance des problématiques, autant pour la France que pour Madagascar, en particulier sur la question environnementale.

Il est à préciser que la problématique majeure des Îles Éparses aujourd’hui repose sur la préservation de l’environnement. En tous cas, c’est notre perception et nous souhaitons travailler le plus possible avec non seulement les autorités malgaches mais également les scientifiques malgaches. Concrètement, tous les acteurs concernés et impliqués ont intérêt à ce que l’environnement de cette zone très particulière et très privilégiée soit préservé, pour les générations actuelles et futures.

Donc les positions peuvent-être conciliées et conciliables ?

Nous l’espérons, c’est précisément l’idée de la tenue de cette commission mixte. Il se trouve que les circonstances ont fait que toutes les démarches ont été ralenties, contrairement à ce que nous avions imaginé il y a à peu près un an déjà. Mais espérons que la crise sanitaire actuelle sera passée pour que nous puissions nous rencontrer et reprendre bien sûr les travaux, avec la volonté vraiment d’aboutir à un accord.

Sur le plan économique, quels sont les enjeux, les priorités, les chantiers de l’émanation économique française à Madagascar ?

Notre ambition est de renforcer davantage la relation économique entre la France et Madagascar. Autrement dit, faire en sorte que les entreprises françaises puissent contribuer au travail et à la politique de développement économique de Madagascar. Dans ce sens, nous nous inscrivons tout à fait dans la volonté du président de Madagascar de développer le pays et de rattraper ces 50 ans de retard de développement. Donc, les chantiers sont nombreux. Les financements français peuvent participer d’une manière significative et concrète à ce travail de développement et de reconstruction. Les secteurs où nous pouvons apporter notre contribution d’ailleurs très sollicitée par les autorités malgaches : l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, etc. Il y a de grands projets sur lesquels nous travaillons déjà depuis des années.

À l’exemple de l’énergie, élément essentiel pour le développement, où l’enjeu est actuellement de produire et de promouvoir une énergie qui soit plus durable et plus écologique, donc moins carbonée, avec les projets de barrages de Sahofika et de Volobe notamment. Puisqu’il se trouve que l’énergie renouvelable, comme l’hydroélectrique, est à la fois beaucoup moins chère et propre comparée à l’énergie produite avec du fuel ou l’énergie thermique. Nous pouvons également parler des grands projets d’infrastructures avec les entreprises françaises qui, avec l’AFD, participent à des constructions et des réhabilitations de route. Ou encore les défis de l’industrialisation, à l’exemple des entreprises franco-malgaches œuvrant dans le secteur du textile ou dans les nouvelles technologies.

 À noter que ce sont des secteurs clés du développement de Madagascar, et actuellement, beaucoup de sociétés œuvrent déjà dans ce domaine de l’informatique et des télécommunications. La raison est sans nul doute que la Grande île est très en avance par rapport aux autres pays de la région en matière d’Internet avec la 5G qui vient de faire son entrée dans le pays. Ces sociétés constituent une source inégalable de création d’emplois. En somme, dans tous ces secteurs, nous essayons de faire en sorte que les entreprises françaises jouent pertinemment leur rôle dans la participation à une politique cohérente de développement de la Grande île. Madagascar est donc un pays avec lequel les entreprises françaises ont envie de travailler. On a vu l’année dernière, une mission d’entreprises françaises organisée par le Mouvement des entreprises de France (Medef), une première depuis quinze ans. Il y avait une vraie volonté de ces entreprises de venir à Madagascar.

De nombreux défis restent à relever, en même temps, d’autres volets intéressent beaucoup les entreprises, en particulier la qualité de la main-d’œuvre. Dans le secteur des “call centers”, de plus en plus d’entreprises choisissent d’implanter ici leurs bureaux francophones. Les entreprises du textile s’intéressent également à la Grande île. Madagascar est un partenaire économique important. Un autre avantage est la dimension régionale. La Réunion est tout à côté. Un lien économique particulier se tisse entre les entreprises de La Réunion et les entreprises malgaches. Madagascar est un partenaire naturel pour la France grâce aux liens historiques très profonds qui existent.

Récemment, il a été révélé qu’une partie de l’aide au développement dans les pays pauvres seraient détournée vers des paradis fiscaux. L’AFD fait partie des organismes qui appuient les projets de développement à Madagascar, des mesures particulières sont-elles mises en place pour éviter que ces aides, justement, ne financent les flux illicites ?Êtes-vous regardant sur ce point ?

Nous voulons que les aides profitent à ceux à qui elles doivent vraiment profiter. Je dirais que ce n’est pas seulement une préoccupation, mais une exigence, autant pour nous que maintenant pour tous les principaux partenaires financiers. C’est même une exigence légale et morale de faire en sorte que l’aide internationale soit utilisée à bon escient ; vis-à-vis de l’opinion publique avant tout, de la population française, dont les contribuables sont les sources de financement. Nous devons convaincre nos propres populations qu’il faut continuer l’aide internationale. Le président Emmanuel Macron s’est engagé à ce que le pourcentage de l’aide internationale française soit augmenté à 0,55% du PIB. Les détournements sont au cœur des préoccupations actuellement. Dans le cadre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par exemple, il y a des normes qui sont de plus en plus strictes, des conditions sont imposées et la surveillance est de plus en plus vigilante dans l’utilisation des fonds.

Les bailleurs multilatéraux, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), la Banque africaine de développement (Bad), la Banque européenne d’investissement (BEI) sont sur la même longueur d’onde et imposent des suivis très réguliers. Dans ce sens, nous pouvons aussi avancer les appuis aux structures existantes. Puisque nous nous inscrivons là aussi dans la volonté du gouvernement de lutter contre la corruption et de mettre en place une politique de transparence.

Madagascar possède déjà des institutions consacrées à la lutte contre la corruption comme le Bureau indépendant anti-corruption (Bianco), le Samifin, le Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI)… Il est de notre devoir d’aider ces institutions pour qu’elles aient les moyens, en interne, de veiller à ce que ces fonds soient utilisés à bon escient. Autrement, tout le système de l’aide internationale pourrait être remis en cause.

Globalement, comment appréciez-vous l’exercice du pouvoir actuel. Avançons-nous dans la bonne direction?

Ce n’est pas à moi d’en juger. C’est aux Malgaches de porter un jugement sur ce qui se passe à Madagascar. Justement parce que nous ne voulons pas nous ingérer dans les affaires intérieures du pays. C’est un débat qu’on laisse aux Malgaches. Il est important pour nous que Madagascar réussisse, comme le président Emmanuel Macron l’avait souhaité. Nous voulons le succès de la politique de développement actuelle.

Nous mettrons tout en œuvre pour apporter notre contribution avec d’autres partenaires internationaux. Ils sont, je crois, dans la même logique. Compte tenu du constat que le président Andry Rajoelina a fait sur le retard de développement, il faut maintenant que le pays puisse émerger. Notre souci est d’apporter notre contribution à cette émergence.

Du 18 septembre 2018 au 1er janvier 2019, une grande exposition sur Madagascar a eu lieu au musée Quai Branly avec plus de 350 pièces. Que pensez-vous de la restitution des œuvres d’art à Madagascar et à l’Afrique en général ?Quel est votre avis sur ce débat ?

D’abord, vous avez raison de mentionner cette belle exposition dans un musée qui a été conçu et imaginé par l’ancien président Jacques Chirac. Les cultures et les arts des pays d’Afrique, d’Océanie, d’Amérique latine et de l’océan Indien y sont mis en valeur. L’exposition a eu un immense succès à Paris. Ce qui montre d’ailleurs ce qui a été évoqué tout à l’heure : un lien affectif très fort existe entre Madagascar et la France. Cela m’avait beaucoup frappé avant d’arriver ici. Cette affection qu’il y a entre la France pour Madagascar explique aussi tous ces programmes de coopération, comme les ONG, les volontaires français, l’implication des collectivités locales…

 Madagascar est le premier pays dans le monde en termes de coopération décentralisée française. Pour en revenir à la question de l’art, l’exposition au Quai Branly a été un moment important. La restitution des œuvres d’art est un grand débat en ce moment. Le président de la République en a parlé peu de temps après son élection. Son discours à Ouagadougou – qui était son premier grand discours fondateur sur sa vision de la politique française vis-à-vis de l’Afrique – l’avait mentionné. Il a commandité un rapport à deux universitaires sur la question et il a dit très clairement que la France était favorable à la restitution des objets d’art. Néanmoins, cela doit se faire dans une optique qui doit être plus large que simplement la restitution. C’est vraiment dans une optique de coopération : la restitution pourrait prendre différentes formes. Des systèmes d’échanges pourraient être mis en place.

Il faut que les habitants des pays du Nord puissent aussi avoir accès à ces œuvres, parce qu’ils n’ont pas tous la chance ou la possibilité de venir dans les pays du Sud. Un travail avec les musées doit être effectué. La restitution suppose aussi qu’il y ait des infrastructures dans les pays d’origine qui puissent accueillir, mettre en valeur et conserver les œuvres d’art. La restitution est une politique globale sur laquelle nous n’avons aucun tabou. Récemment, des projets de loi visant la restitution d’objets d’art au Bénin et au Sénégal ont été présentés. Il est normal que ces objets reviennent dans leur pays d’origine et que les populations d’Afrique et de Madagascar puissent en profiter. Mais il faut que ce processus se fasse dans une optique de coopération globale.

Cela fait presque un an que vous êtes ici. Quelles sont vos
impressions?

L’impression qu’il y a tant de choses passionnantes à faire et à construire ici ! En tout cas, nous mettons tout en œuvre pour que l’ensemble des dossiers progressent. L’orientation globale avait été donnée juste avant mon arrivée, lors de cette visite bilatérale importante à Paris.

Au mois de février, Madagascar a reçu la visite de notre ministre des Affaires étrangères, Jean Yves le Drian. Cela faisait vingt ans qu’il n’y avait pas eu de ministre des Affaires étrangères en visite dans la Grande île. Malheureusement, la crise du Covid-19 depuis mars nous a un peu ralentis dans ce travail. Je suis aussi frustré de ne pas pouvoir continuer à découvrir le pays, de ne pas pouvoir me déplacer dans toute l’île, dans toutes les provinces et dans toutes les régions. C’est ce que j’avais commencé à faire durant les premiers mois.

Je crois qu’il est très important de voir toute la diversité du pays. Puis, nous menons aussi des projets économiques, culturels et éducatifs partout sur l’île. Je suis impatient que la situation sanitaire s’améliore et qu’on puisse recommencer à voyager dans le pays pour aller voir où en sont tous ces projets. Nous avons organisé beaucoup de visioconférences qui ne remplaceront pas les visites. Nous avons besoin que des délégations de Madagascar viennent en France, et que celles de France viennent à Madagascar pour faire avancer les dossiers. Nous espérons faire redémarrer au plus vite la machine.