Interview de Hemerson Andrianetrazafy, historien de l’art et artiste plasticien : « La “déresponsabilité” du citoyen a été le véritable maelström qui nous a broyés »

Interview de Hemerson Andrianetrazafy, historien de l’art et artiste plasticien : « La “déresponsabilité” du citoyen a été le véritable maelström qui nous a broyés »

Ils sont nombreux à être nés à la même année où Madagascar a retrouvé son indépendance. Nous sommes allés à la rencontre de l’un des plus illustres d’entre eux. Hemerson Andrianetrazafy est un artiste aux multiples visages.

Hemerson Andrianetrazafy est né le 2 avril 1960. Le jour où les accords franco-malgaches ont été signés à l’Hôtel Matignon entre le Premier ministre français Michel Debré et le président Philibert Tsiranana. L’artiste qui ne peut être enfermé dans une case a quasiment grandi avec la république malgache.

Il garde en lui cette colère latente qu’il mue en œuvres artistiques. Pour lui, l’avenir de la Grande île s’inscrit dans un avenir en commun. Un face à face passionnant avec ce grand témoin de l’histoire.

Grandir avec la République. Quel est le sentiment qui vous parcourt ?

C’est excessivement compliqué. Tout simplement parce que, atteignant l’âge de 60 ans et ayant vécu 60 années de soi-disant indépendance sans pouvoir se finaliser, ni se réaliser tout à fait ; j’ai vécu 60 années de frustrations, 60 années de combat incessant pour mettre en place non seulement l’idéal de l’homme que je voudrais devenir, mais aussi pour me projeter dans une société vis à vis de laquelle j’ai du mal à vivre. Le système est lourd et l’héritage est pesant. Je me considère comme étant le résultat de ces 60 années de la République. Je ressens à travers chaque fibre de mon corps, à travers les expériences que j’ai traversées, la lourdeur de notre mode de fonctionnement. Nous n’arrivons pas à nous réaliser en tant que nation et nous ne parvenons pas à nous réaliser en tant que compatriotes. Du point de vue institutionnel – au vu de l’histoire et des crises incessantes – nous n’avons pas d’horizon bien défini vers où aller. J’ai l’impression
de flotter !

Vous partagez un constat très amer. Est-ce que tout a été aussi noir ? À un certain moment, nous avions eu des périodes d’éclaircies emplies de promesses. Je pense notamment à la première République.

Effectivement, il y a eu des périodes fastes, notamment en 1972. Je me remémore l’enthousiasme des manifestants qui demandaient un changement radical de repères et de modes de fonctionnement. C’était aussi le cas pour les autres moments de forte émotivité dans la rue. Je pense à la fin des années 80, au début des années 90, à 2002 et 2009, etc. À chaque fois que les citoyens descendaient dans la rue, pleins de frustration, pleins de colère, ils espéraient un changement radical. On se réfère à chaque fois à ces adages : “izay be no basy”, “ny mita-be tsy lanin’ny mamba”. On croit que l’on va changer quelque chose. Mais finalement, on se retrouve toujours dans ce panier infect de la démagogie à outrance et cela ne nous amène pas loin parce que l’on bute continuellement sur le même problème, avec ce problème qu’est la difficulté de se formuler un avenir viable. On ne peut pas toujours formuler une société ou un devenir social à partir de frustrations.

Il faut se projeter dans les rêves, dans la créativité. Il est important d’avoir une prise de conscience extrêmement claire de la réalité : notre rapport à l’espace, notre rapport au temps, notre rapport à notre mode de fonctionnement. Il faut prendre en ligne de compte la dimension culturelle. Lorsque je parle de la culture, c’est tout ce que génère l’homme en tant qu’individu et en tant qu’homme social. Nous avons malheureusement cette incapacité à nous y projeter, tant et si bien que notre imaginaire et notre imagination s’alimentent tout simplement de ce qui se produit ailleurs en termes de concepts, par exemple. C’était déjà le cas dans le paradis socialiste prôné par “sa majesté” Ratsiraka Ier, c’est le cas actuellement avec l’IEM, où l’on essaie de voir un Madagascar radieux avec des infrastructures qui seront les pastiches de ce qui se fait en Occident ou en Extrême-Orient.

Finalement, même au niveau de notre mode de fonctionnement, il est un peu bizarre qu’au bout de 60 ans nos législations soient toujours formulées en français. Lorsqu’il s’agit de langage juridique, un peu suranné, archaïque, il est difficile pour un non spécialiste, justement, de pénétrer là-dedans. Comment peut-on appliquer ces mesures extraverties à une réalité qui est la nôtre ? Ce qui fait que nous sommes en face d’une société perpétuellement schizophrène : la réalité et ce qu’on prône sont différents.

À quand remontent vos premiers souvenirs « conscients » ?

Mes premiers souvenirs remontent au 25 décembre 1963. J’étais dans mon village maternel. Il pleuvait beaucoup. Mon père voulait qu’on le rejoigne à Manjakandriana. Il m’a obligé avec ma sœur à quitter le village sous une pluie battante avec l’eau ruisselante jusqu’aux mollets marqués par les blessures dues aux hautes herbes de l’Itasy. On a dû traverser tout un vallon pour rejoindre Soavinandriana. C’était là que j’ai pris conscience pour la première fois de mon existence.

Puis vinrent les années 1972, que certains appellent la seconde indépendance. Etait-ce réellement le cas ?

Au niveau de la perception collective, on considère que c’était une des étapes essentielles de l’émancipation de la Grande île vis à vis de la pesanteur coloniale de la France. D’un côté, cela peut se tenir parce que les revendications à l’époque étaient que l’on sorte de cette logique néo coloniale. C’était à la fois une démarche politique et culturelle.

L’indépendance politico- institutionnelle prônée en 1958 ou en 1960 ne changera pas grand-chose au rapport qui s’était entretenu entre le groupe de ce qu’on n’appellait plus les indigènes, les citoyens malgaches, et les Français qui étaient encore privilégiés. Le problème avec 1972 est que, sur le plan des médias, on a annoncé haut et fort la sortie de la zone franc, la remise en cause de l’accord de coopération par Didier Ratsiraka, alors ministre des affaires étrangères ; mais au niveau local, l’économie était encore entre les mains des grandes compagnies coloniales, comme la Compagnie lyonnaise, la Compagnie marseillaise… tout le système était encore entre les mains des Français.

Le glissement vers un régime socialisant les ayant fortement inquiétés, ces derniers ont trouvé d’autres parades. La plupart sont rentrés en Métropole, mais ils ont choisi de transférer leurs affaires entre les mains de la communauté indo-pakistanaise qui jouait auparavant le rôle d’intermédiaire sur le terrain. Durant cette conversion, nous les Malgaches, n’avons pas pris conscience qu’il fallait non seulement remettre en cause ce qui a été, mais qu’il fallait aussi formuler ce qui aurait pu être. À chaque fois qu’il y a de forts mouvements de contestation, nous avions buté contre ce mur : la différence entre un avenir viable et celui enviable. Cela a laissé le champ libre à la démagogie à outrance. La situation a permis à n’importe qui – pour peu qu’il ait une grande gueule – de se positionner par rapport à la prise de pouvoir qui était devenu le but ultime de toute démarche politique.

Il y aura surtout un après 13 mai 1972 du point de vue collectif. Le vahoaka a pris le pouvoir et le populisme s’y est immiscé. À rebours, le mouvement n’est-il pas regrettable au vu de la situation actuelle ?

Au fil de ces années qui se sont succédées, la notion même de sociabilité s’est effritée. Il n’y a plus de perspectives pour le commun. Tout un chacun est replié sur lui-même. Chacun ne jugeait les évènements qu’à l’once de ce qu’il ressentait. En termes de système, il faut dire que la seconde République n’avait pas favorisé l’émergence d’un espace public où l’on puisse se concerter. Il n’y a plus eu d’espace de dialogue et la vie politique a été carrément jugulée. On se souvient de la mise en place du mandatehezana. On ne pouvait faire de la politique que dans l’optique du parti, dans l’optique du Président : “tout pour la révolution !” Il n’y avait aucune alternative.

C’était là également qu’on s’était efforcé de mettre en place cette logique de la pensée unique qui va faire son chemin jusqu’au point où il y a des gens qui considèrent que, finalement, ce qu’ils croient, ce en quoi ils croient, constitue une panacée. Il a été impossible de faire émerger un semblant d’intelligence collective. Durant la deuxième République, il n’y avait plus d’espace de conservation à part le monde religieux. C’est à l’issue de la messe de dimanche que les concitoyens parlaient enfin. Ce qui explique l’émergence du Fiombonan’ny Fiangonana Kristiana eto Madagasikara (FFKM). C’est sous son impulsion qu’est née cette conscience collective d’un malaise social profond qui a provoqué les évènements de 89, 91 et 92 et qui ont vu la chute de la deuxième République.

La deuxième République est-elle la source de tous nos maux actuels ?

Il y avait tout d’abord ce mirage du “paradis socialiste” qui ne cadrait pas avec la pratique politique de l’époque. Le pouvoir était hyper centralisé. Le Président Didier Ratsiraka était le seul détenteur des décisions. Le Premier ministre n’était là que pour les apparitions télévisées. Les ministres en charge des différents portefeuilles étaient tout au plus des courtisans destinés à satisfaire le désir du grand chef. La nationalisation des entreprises a marqué cette période. Même les avoirs des entreprises privées avaient été nationalisés, comme dans le secteur du transport.

J’ai un ami d’Antsirabe qui avait été vraiment à deux doigts du suicide lorsqu’on a réquisitionné son parc automobile. Tout un ensemble de faits a généré un malaise social profond, qui a été entretenu et qui ne pouvait être masqué par les discours en vogue. La communication était entre les mains de ce système. Il n’y avait pas de communication en dehors.

Comment le jeune que vous étiez avait vécu ces années de difficulté économique et de privation ?

Je les ai mal vécues. Elles m’ont incité à me défaire de tout un système, à devenir rebelle, à ne dépendre de personne. Les problèmes ont commencé au sortir du service national hors forces armées. J’avais été envoyé pendant deux ans à Mandritsara, en tant qu’enseignant au lycée Victor Miadana. Au retour, j’ai fondé un foyer. Cela ne m’avait pas incité à intervenir au niveau du “commun”. J’étais devenu l’exemple parfait de cet égoïste qui évolue au sein de son monde. Mais ça ne m’empêchait pas de porter un regard sur la situation. Plus je faisais mes réflexions, plus je me disais : “non, je ne peux pas adhérer à ce système”. À l’arrivée, j’étais devenu un excentrique éjecté du système.

Comment l’excentrique que vous étiez a-t-il observé le délitement de l’économie de Madagascar ? Vos premiers souvenirs conscients remontaient à 1963, l’économie ne se portait pas si mal à cette époque, alors qu’au creux de la vague ratsirakienne, la Grande île était tombée dans un gouffre…

J’ai fondé une famille, au moment où je n’avais rien. Je faisais vivre ma famille avec 12 500 FMG qui étaient le montant de ma bourse au quota de deux-tiers à l’université. En ce temps-là, il était possible de survivre pendant un mois avec 12 500 FMG. Je ne dirais pas que c’était facile. C’était dur. Surtout lorsque tout était rationné. Les pères de famille se levaient à 3 ou à 4 heures du matin pour aller aux tsenam-pokontany afin d’avoir quelques poignées de riz ou une pincée de sel…

Ce qui me désole, c’est que jusqu’à maintenant toutes les institutions et les dirigeants qui ont essayé de gérer la société malgache aient gardé cette même logique issue de la politikan’ny kibo de Philibert Tsiranana : cette tendance à considérer que le Malgache est un “tube digestif ambulant”. Politikan’ny kibo, tsaky pôpy, vary mora maintenant. C’est une constante et on évacue l’option selon laquelle la première et la dernière richesse d’une société devrait être sa population. Mais lorsqu’on parle d’économie, en fait ce sont des potentialités qu’on jette
dans la rue.

Pour peu qu’on leur offre les moyens intellectuels et culturels, ces citoyens pourront participer à la mesure de leur vouloir ou de leur devenir. Il n’y a pas de réussite économique sans la participation et l’inclusion du citoyen de base. La “déresponsabilité” du citoyen a été sans doute le véritable maelström qui nous a broyés au bout de ces 60 ans. Lorsque l’on parle de vahoaka, c’est d’une entité qui n’est même pas un concept. Les citoyens qui se définissent comme “importants” ne s’assimilent pas comme vahoaka. Il suffit d’analyser les discours de ces personnalités qui se
croient importantes.

Comment analysez-vous ces crises politiques cycliques ?

Les descentes dans la rue sont un moment de folie. Les aspirations sont exacerbées. Nous arrivons toujours au même “process” : mouvement populaire, espoir, liesse, projection de tous les fantasmes en devenir. Puis surviennent des groupes qui canalisent et bouclent le système, que cela soit le Hery Velona, le TIM ou l’IRD.

Un espace nouveau a été ouvert quand le président Zafy Albert était au pouvoir. Ainsi, les citoyens ont pu se rassembler dans les partis politiques. A-t-on utilisé à bon escient cette liberté nouvellement recouvrée ?

Je ne pense pas. Je me souviens d’une certaine période sous le fameux slogan Tsy maintsy mipoaka ny sarom-bilany emprunté à Rado. Mais personne ne s’était posé la question : qui allait manger ? Nous avons changé de régime sans changer de système. Durant les périodes Zafy Albert, il ne s’agissait plus d’un système unique entre les mains d’un Grand Timonier, mais d’un partage des bénéfices entre les nouveaux privilégiés. La première démarche des députés avait été de quémander des privilèges: 4×4, indemnités, etc. Il n’y eut de la part de nos médias que deux jours de dénonciation.

Puis ils se sont tus. C’est devenu une situation normale qui se perpétue jusqu’à maintenant. Lorsque nous réfléchissons sur le destin commun, sur les actions qui affectent la communauté, il en ressort que nous manquons de culture politique au sens noble du terme. Durant les périodes Zafy Albert, il s’agissait de faire de la politique pour s’enrichir. C’est ce qu’on essaie de perpétuer
jusqu’à maintenant.

En 1996, Didier Ratsiraka est encore « ramené » au pouvoir. Est-ce que cela témoigne du fait que le Malgache pardonne facilement ou que le Malgache ait la mémoire courte?

Notre détachement par rapport au temps et à notre passé nous caractérise. Nous n’avons pas de point d’ancrage. L’histoire, qu’elle soit récente, ancienne, longue ou courte n’affecte ni le présent, ni la conscience collective des Malgaches. Nous avons tendance à oublier facilement notre passé, nous n’avons pas de lien par rapport à notre présent et nous avons du mal à nous positionner par rapport au futur. La société malgache navigue à vue, sans véritable projets structurants.

Par exemple, les projets proposés actuellement se résument en la mise en place d’infrastructures, plus ou moins rutilantes qui ne reflètent guère un développement soutenable. Personnellement, à l’issue de ces 60 années, je crois que nous ne pourrons avoir un avenir viable sans un retour à ce que nous sommes, aux sens fondamentaux du terme. Si nous ne prenons pas la peine de construire ensemble, nous manquerons de projection dans l’avenir et nous nous résignons sur le succès ponctuel. Alors qu’il faudrait nous lier à notre réalité spatiale tout en sachant quel type de société nous voudrions bâtir. Quel type de relation humaine voulons-nous prôner pour vivre ensemble?

Quel type de nation voudrions-nous devenir et comment pourrions-nous y parvenir? Certains ont toujours tendance à croire que les meilleures solutions viennent d’ailleurs. Il faudrait tout simplement encourager les discussions, mais également la créativité qui est malheureusement négligée à Madagascar. Il nous incombe de formuler notre idéal social tout en rétablissant l’harmonie de l’individu avec son terroir. Qu’on vive bien et qu’on se sente utile surtout là où
nous sommes.

En 2002, Marc Ravalomanana était présenté comme un modèle de succès. Il présentait un profil atypique car il était issu du paysannat. Mais, la population malgache l’a aussi éjecté en 2009, comment pourrait-on expliquer cette situation paradoxale ?

Marc Ravalomanana s’était présenté comme étant la contre-figure du Deba. D’ailleurs, cette appellation (de Deba) n’est pas gratuite. Elle est inspirée du langage filmique des années 70, désignant le chef de bande ou le méchant par excellence, celui qui est au cœur de l’histoire. Lorsque Marc Ravalomanana a été poussé de la mairie à la présidence, constituait-il l’autre facette ou juste le contrepoids du Deba?

Une fois arrivé au pouvoir, était-il réellement porteur de l’aspiration des Malgaches ? Il faut se rappeler que c’est un homme d’affaires. Il est bien normal qu’il ait dirigé Madagascar comme s’il s’agissait de son propre business. Ce qui n’a pas permis la résolution des problèmes de fonds auxquels le pays faisait face. D’où cette déconvenue dont l’issue a été son éviction.

2009 peut-il s’apparenter à 1972 du fait que le mouvement ait été porté par la jeunesse ?

Entre les années 90 et les années 2000, la situation a changé. Les mouvements sont toujours comparables avec la masse populaire, les protestations et les contestations ou encore la violence, mais la différence essentielle est que le mouvement de 72 avait pour issue une aspiration à la fois politique et culturelle. Il s’était basé sur un contexte de refus du néo colonialisme. 2009 est davantage la résultante de soubresauts internes et d’un dysfonctionnement de notre système. Ils se répèteront tant que le problème de fond n’est pas résolu.

…l’élection démocratique de Hery Rajaonarimampianina est quand même un motif d’espoir sur le fait que Madagascar en ait fini avec ses soubresauts réguliers ?

Nous espérons mettre en place une République. Le mal-être demeure au sein de la société ; l’avènement de Hery Rajaonarimampianina n’a pas changé les avanies du système, ni encore la vie ou la perception de la population. Un constat : à Madagascar, aucun régime n’a été capable de désenclaver l’ensemble de l’île.

En 2020, l’accessibilité de certaines régions s’apparente à une situation du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Les communautés sont tellement isolées. Ce qui ne permet guère d’espérer la moindre sécurité. En tous cas, le développement des activités hors de la ville pourrait tisser un autre rapport à l’économie nationale. Avec les possibilités technologiques actuelles, les moyens pour le peuple de se mettre en contact sont facilités pour développer l’innovation et l’entrepreneuriat dans toute l’île.

Le président actuel nourrit de grandes ambitions et affiche un nationalisme très marqué. Sommes-nous dans la bonne voie ?

Ses discours ne diffèrent pas de ce qui a été déjà énoncé depuis longtemps. Qu’on se remémore les années de gloire d’un certain Didier Ratsiraka, qui a entrepris également des démarches pour les Îles Éparses en son temps. On ne peut pas espérer un avenir radieux sans des véritables politiques concertées et des politiques sectorielles globales.

Il faudra se projeter dans le moyen et le long terme, en termes de démarche politique, pour qu’il puisse y avoir de la cohérence dans les actions. Il faut capitaliser les expériences et prendre en ligne de compte tous les acquis du passé. Depuis la deuxième République, le concept de fokonolona a été bien souvent occulté, alors qu’on clame souvent un retour aux sources qui va provoquer une autre réalité institutionnelle, politique, sociale et culturelle.

Que diraient nos pères fondateurs s’ils voyaient Madagascar dans cet état ?

La situation est à en pleurer ! J’ai eu le privilège de côtoyer mes grands-parents. Parmi lesquels il y a eu des combattants de 1947 emprisonnés à Antanimora. Mais l’image qu’ils se faisaient de l’avenir de Madagascar ne ressemblait nullement à celle du présent. En effet, ils projetaient une vision d’une société harmonieuse ; une société où ils seraient libres de décider de ce qu’ils feraient, où ils seraient libres de disposer de ce qu’ils possèdent.

Aujourd’hui, le patriotisme est une ironie pour le Malgache, qui ne dispose même pas de l’espace de terre qu’il a sous ses pieds. L’avenir se formule en commun et nécessite la promotion d’un espace public dans lequel tout le monde puisse discuter, prendre conscience des véritables problèmes et formuler les solutions durables pour l’avenir. La question est donc : qu’est-ce qu’on peut faire maintenant avec nos moyens ?