Économie : nos choix économiques ont-ils été pertinents ?

Économie : nos choix économiques ont-ils été pertinents ?

Avec un taux de pauvreté de 92% au seuil international, Madagascar est le seul pays qui n’a jamais connu la guerre mais qui ne cesse de s’appauvrir. C’est le seul pays qui présente une trajectoire économique résolument régressive.

Le PIB par habitant était estimé à 132 US dollars en 1960 jusqu’à atteindre 402 dollars en 2016 selon les données compilées par la Banque Mondiale en 2017. Madagascar n’a multiplié que trois fois son Produit intérieur brut (PIB) par habitant en presque 60 ans d’indépendance.

 Alors que, le PIB par tête de l’ensemble de l’Afrique subsaharienne, parti d’un niveau légèrement inférieur (117 dollars), était multiplié par quatorze (1 588 dollars) en 2015, soit un niveau quatre fois supérieur à celui de Madagascar. De plus, l’histoire politique de Madagascar nous rappelle que l’économie a été longtemps fragilisée par des récurrentes crises politiques et sociales. À chaque fois que le pays enregistre une hausse du taux de croissance économique, une crise politique majeure apparaît. Ce fut le cas au début des années 1990, 1970, 2000 et en 2009.

Arguments d’ordre macroéconomique

Comment peut-on expliquer ce phénomène ? Beaucoup de publications scientifiques ont apporté des éléments d’explication, dont l’ouvrage intitulé : Énigme et Paradoxe, Economie Politique de Madagascar1. Selon cet ouvrage, nombreux sont les facteurs de blocage qui expliquent cette trajectoire régressive. Parmi eux, on peut citer la faiblesse des corps intermédiaires entre la population et les dirigeants, l’individualisme des élites, l’atomisation de la population, le rôle ambigu des bailleurs de fonds et de la communauté internationale… D’autres facteurs, notamment d’ordre économique, sont aussi à l’origine de cette régression. Ce qui équivaut à dire que les choix stratégiques économiques n’ont pas toujours été efficaces. Trois arguments domaine macroéconomique confirment ce constat.

Il s’agit en premier lieu de la faiblesse du secteur primaire par rapport aux autres secteurs. En effet, le secteur primaire, notamment l’agriculture ne contribue qu’à 25% dans le PIB. Alors que le secteur tertiaire, notamment celui des commerces et des banques, contribue jusqu’à 55% à 60% au PIB national2. Pourtant, 80% de la population exercent dans le secteur primaire. Les politiques publiques ne sont axées que partiellement dans ce secteur. Peu de politique d’encadrement ou de mesures d’accompagnement sont élaborées pour la population rurale.

La population rurale est totalement délaissée par les pouvoirs publics. Elle est aussi faiblement capturée par le système économique, ce qui se manifeste par une faible monétarisation. L’intégration dans les marchés des acteurs des territoires ruraux est limitée. Selon les données de l’Instat, publiées en 2013, le revenu moyen d’activité en zone rurale atteignait à peine les 34 000 ariary en 2012. Un tel revenu (équivalent à moins d’un demi-dollar par actif occupé et par jour) dans l’agriculture indique clairement que ce dernier a été longtemps négligé, alors que c’est un rouage central dans le développement économique.

En effet, l’agriculture joue un rôle primordial dans la fourniture de facteurs de production, et notamment d’actifs, à l’industrie et aux autres secteurs modernes. Le secteur primaire constitue également une source majeure de capitaux pour une croissance économique moderne. En outre, des publications économiques3 ont montré dans les pays en développement – pendant les premières phases de développement – les ressources naturelles ou les produits agricoles constituent habituellement un avantage comparatif.

Apport des aides extérieures

L’apport des aides extérieures est également à pointer du doigt. Les projets de développement sont majoritairement financés par l’aide extérieure ou par des investissements étrangers. Prenons l’exemple de l’Aide publique au développement (APD), Madagascar figure parmi les pays d’Afrique qui ont reçu le moins d’aide en 2013, avec 21 dollars par tête4 . Ce qui fait que le volume d’aide est relativement faible en proportion du PIB, de l’ordre de 5% en 2013. Or, l’impact de l’aide est en fonction de la qualité des institutions et des politiques dans le pays bénéficiaire.

Malheureusement, l’aide entretient un rapport conditionnel avec la croissance économique, elle ne stimule que dans certaines circonstances et surtout dans les pays qui appliquent des politiques adéquates et qui disposent d’institutions autonomes et fiables. Ce qui n’est pas totalement le cas de Madagascar. Des réformes sur les domaines administratif et politique devraient avoir lieu, en particulier dans la lutte contre la corruption, et en matière de bonne gouvernance en général, si l’on veut que les aides extérieures contribuent de manière palpable au développement du pays. La réussite de telles réformes dépend des changements dans les comportements et les pratiques.

investissement dans le capital humain

D’après le Rapport mondial sur le développement humain (RMDH) paru en 2016, le niveau de l’IDH à Madagascar, en 2015, était de 0,512 – contre une moyenne de 0,523 pour l’Afrique sub-saharienne – , et de 0,717 pour le monde. Madagascar est ainsi classé parmi les pays à faible développement humain. La Grande île se situe au 158e rang sur 188 pays. Pourtant, l’investissement dans le capital humain est un choix stratégique important pour développer l’économie d’un pays. De nombreux ouvrages économiques ont largement montré que l’investissement dans le capital humain procure des retombées économiques importantes à long terme.

Si l’on prend par exemple le secteur éducation, une étude menée au sein du Cercle de réflexions des économistes de Madagascar (Crem), en collaboration avec l’Unicef Madagascar5 a démontré qu’une augmentation de 10 % de l’effectif des élèves du primaire augmenterait de 3,5% le PIB réel. Malheureusement, les statistiques actuelles ne reflètent pas ce constat. Selon, les données publiées par l’Unicef Madagascar6 , plus de 1,7 million d’enfants âgés de 6 à 14 ans ne sont pas scolarisés.

Et parmi les enfants inscrits dans l’enseignement primaire, seuls 40% d’entre eux terminent le cycle primaire, 20% l’enseignement secondaire de premier cycle, et 10% le lycée. L’État devrait ainsi financer massivement les différentes actions menées dans ce secteur. À titre d’exemple, afin d’atteindre une éducation de qualité pour tous, un montant total additionnel de 174 millions de dollars par an devrait être mobilisé dont 47 millions de dollars pour l’enseignement primaire et 127 millions de dollars pour l’enseignement secondaire7.