La fanfare finale pour la Grande Dame

La fanfare finale pour la Grande Dame

Le Coronavirus ? Mais oui ! la migration ? Bien sûr. La dette publique ? Toujours. Le changement climatique ? Sans doute. Tout préoccupe les Allemands en 2020. Mais aucun autre sujet n’a causé autant d’incertitude en Allemagne que la situation précaire de l’Union Européenne. L’Europe est-elle solidaire ? Les Européens se tournent-ils vers les populistes ? La zone euro éclate-t-elle ? Les frontières se referment-elles ? D’autres pays quitteront-ils l’UE après la Grande-Bretagne ? L’Allemagne est effrayée. La peur allemande règne dans le pays. Dans cette situation d’incertitude, la plus grande puissance de l’Europe prend la Présidence de l’Union Européenne. C’est une opportunité historique – et un risque énorme.

Le projet européen, unique au monde, a considérablement été avancé par l’Allemagne au cours des dernières décennies. L’histoire n’a semblé connaître qu’une seule direction : enfin la paix en Europe ! puis l’union économique, la libre circulation, l’union monétaire. Chaque fois qu’il y avait des problèmes, l’Allemagne a su trouver une entente avec la France concernant la démarche à suivre, ou sinon, octroya plus de financement à Bruxelles, ce qui a satisfait ses partenaires. Et maintenant ?

Durant cette crise due au Coronavirus, nous avons vu à quel point la communauté reste une entité fragile. Les frontières physiques ont été restaurées du jour au lendemain. Les appels à l’aide de l’Italie pour faire face à l’urgence sanitaire ont été délibérément ignorés. Et qu’en-est-il du règlement qui gère la redistribution des refugiés sur le continent Européen ? Inexistant. Une union de la dette pour compenser les investissements nécessaires n’est pas souhaitée par l’Allemagne, après tout, durant les dernières années, elle a fait du « schwarze Null » (littéralement le « zéro noir » : le budget de l’État doit avoir un déficit zéro, ou être en excédent) son credo.

Oui, l’Europe a toujours réussi à sortir des situations difficiles lorsque le courant passait entre les chefs d’État et de gouvernement. Cela est de moins en moins probable aujourd’hui, compte tenu du populisme croissant en Europe. Le commerce communautaire serait à l’ordre du jour en ce moment. Non seulement pour faire face aux défis actuels, mais aussi pour développer une nouvelle idée, un nouveau narratif pour l’Europe du XXIe siècle.

Les attentes envers la présidence allemande sont énormes, plusieurs goulots d’étranglement attendent d’être écartés. L’Allemagne serait « vouée » à diriger l’Europe, mais, seulement, le veut-elle ? On se demande aujourd’hui ce que pourra bien faire en six mois une présidence allemande. Personnellement, je ne suis pas particulièrement optimiste, et cela a aussi à voir avec le style politique d’Angela Merkel.

La Chancelière s’est forgée en Allemagne un style politique qu’on pourrait décrire de manière flatteuse comme une « force tranquille ». Elle est à la tête du gouvernement fédéral depuis 2005. Elle a accédé au pouvoir, quand Jacques Chirac était encore Président en France, et, entre-temps, elle a vécu une dizaine de Chefs de gouvernement italiens. Mais, à part le fait d’avoir fait cavalier seul durant la crise des réfugiés en 2015, personne en Allemagne ne se souvient d’une seule initiative politique majeure de la chancelière en 15 ans. Bien sûr, la continuité et la stabilité sont des éléments à ne pas sous-estimer en ces temps difficiles. Mais une force tranquille suffit-elle vraiment pour les problèmes de l’Europe ?

Angela Merkel ne se présentera plus aux élections fédérales en Allemagne en 2021 ; une ère touche à sa fin. C’est la dernière fois qu’Angela Merkel préside l’Europe. Par conséquent, elle n’a plus à être très prévenante envers son pays d’origine, mais peut utiliser la présidence pour faire avancer des projets qui ne soulèvent pas vraiment des tempêtes d’enthousiasme de la part de ses concitoyens, en particulier du parti conservateur. Parce que dans la situation actuelle, la stratégie habituelle d’attentisme de l’Allemagne envers l’UE ne fonctionne plus. Il n’y a tout simplement personne d’autre pour prendre l’initiative. Soit le gouvernement fédéral prend les choses en main, soit l’Europe court à un échec.

Jusqu’à présent, la plus grande contribution européenne d’Angela Merkel est d’avoir provoqué l’annulation du sommet du G20 aux États-Unis avant la tenue des Présidentielles américaines. Mais la Chancelière allemande doit encore prouver qu’elle a l’esprit européen. L’«European Green Deal» et les relations de l’Europe avec l’Afrique, notamment, exigent l’accomplissement de vrais progrès. Il reste donc à voir si la Grande Dame prendra cette occasion historique pour s’inscrire dans les mémoires de l’Europe. En avant ! il reste encore six mois.